Le vélo d'hiver, un plaisir transmis même aux plus petits

Léonard (4 ans) et Zoralie (2 ans) ont suivi l’exemple de leur père, David Viens, et s’adonnent désormais au vélo d’hiver.
Photo: David Viens Léonard (4 ans) et Zoralie (2 ans) ont suivi l’exemple de leur père, David Viens, et s’adonnent désormais au vélo d’hiver.

Alors que le nombre d’adeptes du vélo d’hiver ne cesse de grandir aux quatre coins du Québec, les parents qui initient leur progéniture aux joies du vélo quatre saisons se font, eux aussi, de plus en plus nombreux. Regard sur un phénomène en expansion.

David Viens avait à peine 16 ans la première fois qu’il a fait du vélo dans la neige. C’était il y a plus de 20 ans. Aujourd’hui âgé de 38 ans, père de quatre enfants, ce natif de Québec enfourche toujours sa bécane tous les jours, beau temps mauvais temps, pour se rendre au travail. Ce qui a changé avec les années ? Maintenant, ses deux plus jeunes, âgés de deux et quatre ans, le suivent.

Chaque année, le nombre d’adultes qui décident de prolonger leur saison cyclable augmente. Ainsi, en 2015, Vélo Québec estimait que plus de 100 000 Québécois bravaient l’hiver au guidon de leur vélo malgré la neige et le mercure dégringolant, un nombre qui, bien qu’il ne sera réévalué qu’en 2020 lors du prochain bilan quinquennal de l’organisme, ne cesse d’augmenter selon les observateurs.

Signe que cette petite révolution cyclable est bel et bien en marche, on croise aussi de plus en plus d’enfants de tous âges dans les rues enneigées. Emmitouflés dans des sièges qui leur sont réservés, à califourchon sur le banc d’un vélo cargo ou, tout simplement, bien en selle sur leur propre monture métallique, tout-petits et adolescents s’initient ainsi à ce petit plaisir hivernal. « Quand j’ai commencé à faire du vélo d’hiver il y a 20 ans, nous n’étions pas beaucoup, se remémore David Viens avec un léger rire. Aujourd’hui, on voit des cyclistes qui vont porter leur bambin à la garderie tout au long de l’hiver. »

Mode de vie

Même son de cloche sur le Plateau-Mont-Royal, où Valérie Houle et Alexandre Lussier, un jeune couple qui y a installé ses pénates il y a quelques années, croisent, presque tous les jours, d’autres parents qui arpentent les pistes enneigées avec leurs héritiers. Parents de deux enfants en bas âge, ils n’ont d’ailleurs jamais remis en question leur utilisation du vélo, été comme hiver. Bien au contraire. « J’ai même continué à en faire pendant mes grossesses, lance Valérie en couvant du regard ses deux petits. Pour nous, c’est une grosse partie du mode de vie que l’on a choisi. »

Le couple n’a pas de voiture, l’ensemble des déplacements se fait donc à pied ou à bicyclette, et ce, même quand les enfants sont de la partie. « Nous n’avons pas d’auto, et les transports collectifs ne répondent pas tout à fait à nos besoins, précise la jeune maman. Le vélo est le mode de transport le plus simple et le plus rapide qui existe pour nous. Ça n’a pas changé avec l’arrivée des enfants. »

Valérie Houle et Alexandre Lussier, comme bien des adeptes du vélo d’hiver, reconnaissent toutefois que ce n’est pas une solution pour tout le monde. « Je suis consciente que nous avons fait des choix de vie qui nous permettent d’opter pour le vélo au quotidien. Par exemple, c’est certain que la localisation de notre résidence, de l’école et de la garderie joue pour beaucoup. »

Propriétaire d’un condo dans l’est de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, la jeune femme enfourche son vélo tous les jours pour se rendre à son lieu de travail, situé au centre-ville. Avant de dévaler la pente qui l’y conduit, elle fait toutefois un arrêt à l’école de quartier pour y déposer Gabriel, son aîné. Son conjoint, Alexandre Lussier, se charge, de son côté, d’aller porter la petite Arielle, deux ans et demi, à la garderie, puis poursuit son chemin jusque dans le Mile-End.

Adapter sa conduite

Dans tous les cas, les parents interrogés sont unanimes. On ne fait pas du vélo hivernal avec les petits comme on en fait seul. « On adapte nos itinéraires, c’est certain, lance tout de go Valérie Houle, sous les hochements de tête de son conjoint, Alexandre Lussier. On est peut-être un peu plus nerveux, mais on va moins vite, c’est tout. On emprunte des plus petites rues moins achalandées. »

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Nombre de membres du groupe Facebook consacré aux parents qui pratiquent le vélo d’hiver avec leurs enfants. Lancé à la fin du mois de novembre dernier, ce groupe se veut un lieu d’échange et d’entraide pour ceux qui ont déjà opté pour ce mode de transport alternatif et pour ceux qui hésitent encore à faire le saut.

Source: Facebook, Parents — Vélo d’hiver au Québec

Les courtes distances et les trajets qui empruntent des rues résidentielles sont un « must » pour initier les plus jeunes à la pratique du vélo hivernal. Shanti Lessard-Larochelle l’a bien compris cet hiver quand son fils Louis-Alexandre, 13 ans, lui a annoncé qu’il voulait poursuivre sa saison cyclable malgré les premiers flocons. Elle-même adepte du vélo quatre saisons depuis quelques années, cette mère de trois enfants était, malgré tout, d’abord un peu frileuse à l’idée de laisser son plus vieux enfourcher sa bicyclette dans la neige.

« Au début, je le trouvais un peu jeune, raconte-t-elle, faisant taire du regard le rire de son aîné. Mais dans notre coin [Mercier-Est], il fallait qu’il prenne deux autobus pour se rendre à l’école, alors qu’en vélo ça prend à peine 15 minutes. Ce mode de transport s’était imposé en début d’année quand il est entré au secondaire, il n’y a pas vraiment de raisons pour que ça arrête. » Elle l’a donc équipé pour qu’il puisse continuer d’enfourcher son vélo tous les jours.

Regard des autres

C’est donc muni d’un vélo à crampons et à clous que Louis-Alexandre a entrepris ses premières balades en décembre, faisant ainsi fi des bordées de neige, du vent glacial et des regards curieux de ses camarades de classe. « À mon école, je suis le seul à en faire, je pense, avance Louis-Alexandre, le regard vif. Il y en a qui posent des questions des fois, mais ça ne me dérange pas. J’ai même un ami qui veut essayer maintenant ! »

« C’est de moins en moins “hors-norme”, croit Alexandre Lussier. À mon travail, il y en a au moins deux autres qui viennent avec des vélos munis de remorque. Sur mon chemin, je croise même quelques cyclistes qui tirent leur bambin avec une girafe. » Sorte de long coup métallique, cet attirail particulier permet aux parents d’adapter leur vélo pour qu’il fonctionne en tandem avec celui de leur enfant.

« Chez nous, c’est devenu un des plus beaux moments de la journée, affirme avec enthousiasme David Viens, de Québec. Ç’a transformé nos déplacements en jeu. De cette manière, le transit n’est plus juste un mal nécessaire, c’est un instant magique en famille. »

« Et au final, ce qu’on comprend, c’est que, pour ceux qui optent pour le vélo, ce ne serait souvent pas plus simple à pied, renchérit Valérie Houle en riant. Le plus long, ça reste encore de les habiller pour aller dehors. Alors, que ce soit pour les mettre dans une voiture ou sur un vélo, c’est le plaisir qui fait la différence ! »


1 commentaire
  • Hélène Gervais - Abonnée 3 janvier 2017 07 h 10

    Quand je vivais à Montréal ....

    je faisais aussi du vélo l'hiver avec mon vélo d'été, soit les mêmes pneus. Aujourd'hui ils sont mieux équipés je crois. Et j'aimais beaucoup cela, c'est certain que c'est un défi, mais qui nous tient vraiment en forme. Il faut dire qu'à Montréal il n'y a pas beaucoup de neige, et que ça aide. Par contre à la fin de la saison d'hiver, mon vélo était pas mal "maganné" :)