Une année riche en avancées et rebondissements

«Il y a eu un laisser-aller important au cours des dernières années [du côté des travaux de voirie], il faut maintenant le rattraper», explique Lionel Perez, le responsable des infrastructures au comité exécutif de la Ville de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Il y a eu un laisser-aller important au cours des dernières années [du côté des travaux de voirie], il faut maintenant le rattraper», explique Lionel Perez, le responsable des infrastructures au comité exécutif de la Ville de Montréal.

De la violente crise qui a secoué l’industrie du taxi aux premiers essais des voitures autonomes, en passant par l’augmentation des budgets fédéraux accordés aux transports collectifs, l’année 2016 aura été riche en avancées technologiques et en rebondissements de toutes sortes. À l’aube de la nouvelle année, l’heure est au bilan. Tour d’horizon.

Transports intelligents : révolution en marche

Malgré quelques ratés, les premières voitures autonomes ont bel et bien fait leur apparition sur les routes nord-américaines cette année. D’abord dans l’ouest des États-Unis, où les géants technologiques ont élu domicile, puis, tranquillement, dans de nombreuses grandes villes américaines. L’année à venir devrait toutefois voir ces nouveaux bolides « intelligents » se multiplier sur les routes du monde, de plus en plus de constructeurs automobiles souhaitant se lancer, à leur tour, dans la course.

Plus près de chez nous, l’Ontario fait figure de pionnière, les premiers essais routiers autonomes ayant eu lieu dans cette province en janvier. Au Québec, il faudra toutefois attendre la mise en place d’un cadre législatif tenant compte de ces avancées technologiques — notamment en ce qui a trait aux assurances — avant de voir les premiers modèles sans conducteur se promener sur nos routes.

Qui dit transport intelligent dit bien souvent aussi transport électrique. À ce compte, le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal ont poursuivi l’expansion de leur Circuit électrique respectif tout au long de l’année 2016. Ainsi, à ce jour, le circuit public compte un peu plus de 150 bornes sur le territoire de la métropole et plus de 760 points de recharge pour l’ensemble du Québec. Des efforts intéressants, croit l’ancien ministre Daniel Breton, aujourd’hui consultant en électrification, mais qui devront être redoublés dans les prochains mois si le Québec souhaite réellement atteindre l’objectif qu’il s’est fixé d’ici 2020, à savoir d’accueillir 100 000 véhicules électriques sur ses routes.

Qu’à cela ne tienne, l’année 2017 risque de s’avérer fort intéressante pour les « électromobilistes » convaincus, et même pour ceux qui hésitent encore à sauter la clôture. De fait, on promet de nouveaux modèles, qui doivent faire leur entrée sur les routes nord-américaines au cours des prochains mois, avec une autonomie similaire à celle des voitures à essence ; mais cette fois, à une fraction du prix de ce qui était offert sur le marché jusqu’à présent.

Transport partagé : nouvelles règles, nouvel échiquier

L’année 2016 n’aura pas été tendre envers l’industrie du taxi. Secoué depuis près de deux ans par une crise sans précédent, notamment par la montée en popularité du service de covoiturage urbain Uber, ce fragile secteur fondait beaucoup d’espoir dans la commission parlementaire sur le transport de personnes par automobile qui s’est tenue en tout début d’année. Cette dernière, qui aura d’abord donné naissance à un projet de loi qualifié de « pro-taxi », semble plutôt, en cette fin d’année, donner la part belle au géant californien, selon les partisans de l’industrie du taxi.

De fait, depuis quelques mois, Uber est à l’essai sur les routes des villes québécoises, mais cette fois encadré par un projet-pilote. Une décision qui est loin de faire le bonheur des chauffeurs de taxi, qui ont multiplié les moyens de pression au cours des derniers mois. Les résultats du projet-pilote devraient être connus au cours des prochains mois.

La nouvelle compagnie de taxis pilotée par l’homme d’affaires Alexandre Taillefer, Taxelco, a également pris beaucoup d’expansion au cours de la dernière année. Lancée à la fin de l’année 2015 sous l’enseigne verte de Téo Taxi, cette dernière a toutefois grossi en août 2016 en acquérant Taxi Diamond. Cette transaction a permis à l’entreprise de déployer ses services à une plus large échelle un peu partout sur le territoire de la métropole. Ultimement, l’ensemble de la flotte devrait être converti à l’électrique d’ici quelques années.

Transport collectif : à l’aube des possibles ?

En mal de financement depuis de nombreuses années, les transports collectifs peuvent, depuis cette année, compter sur de nouveaux fonds. Débloqués par le gouvernement fédéral dans le cadre de son programme de développement des infrastructures un peu partout au pays, ces fonds devraient permettre aux provinces d’aller de l’avant dans un certain nombre de projets mis entre parenthèses au cours de la dernière décennie.

Au Québec, cet argent pourrait être utilisé pour relancer le projet du prolongement de la ligne bleue à Montréal, pour développer celui du service rapide par bus (SRB) à Québec ou encore pour offrir aux transports interurbains le cadre financier qu’ils demandent depuis la cession des services en région d’Orléans Express. « Il y a tellement de projets qui attendent que des fonds se libèrent, note le président de Transport 2000, François Pépin. Ce n’est pas le choix qui manque. »

L’année 2016 aura également été marquée par le dévoilement du Réseau électrique métropolitain de la Caisse de dépôt et placement du Québec en avril. Adulé par les uns et vivement critiqué par les autres, l’ambitieux projet de quelque 67 kilomètres devrait voir le jour — si tout se passe bien — en 2021. Alors qu’une consultation publique sur son futur déploiement vient tout juste de prendre fin, de nombreuses inconnues demeurent. En tête de liste ? Le prix qu’il faudra payer pour embarquer à bord. Une information cruciale, surtout quand on sait que la Caisse a des impératifs de rendement, ce qu’on voit rarement quand on parle de transports collectifs.

L’année à venir sera également marquée par la disparition définitive de l’Agence métropolitaine de transport, la nouvelle loi sur la gouvernance des transports collectifs dans la région de Montréal ayant finalement été adoptée en mai 2016. En plus de réduire considérablement le nombre d’acteurs dans les prises de décision, cette réforme devrait, dans un monde idéal, mener à une harmonisation des coûts dans la région métropolitaine.

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C'est le nombre de ministres qui se sont succédé à la tête du ministère des Transports du Québec cette année.

Voirie : l’année de tous les chantiers

Les Québécois l’auront remarqué, l’année 2016 aura été lourde en travaux routiers. À Montréal, cette saison des chantiers prolongée a été particulièrement intense en 2016 et devrait se poursuivre tout au long de l’année 2017. « Nous n’avons pas terminé, c’est certain, lance Lionel Perez, le responsable des infrastructures au comité exécutif de la Ville de Montréal. Il y a eu un laisser-aller important au cours des dernières années, il faut maintenant le rattraper. »

À noter qu’un certain nombre d’améliorations ont été mises en place cette année pour faciliter la vie de l’ensemble des usagers. Travaux coordonnés, primes de rapidité et suivi virtuel des chantiers en temps réel en font partie. Pour le reste, il faudra, malheureusement, être encore un peu patients.

Transports actifs : un pas en avant, deux pas en arrière

Grandement menacée en 2014 par les compressions budgétaires du gouvernement québécois, la Route verte a finalement vu son financement rétabli en mars 2016. Mieux encore, ce dernier a été augmenté, un nouveau programme ayant été mis en place pour assurer l’entretien de ce service hautement couru par les amateurs de vélo. Bien heureuse de ce changement de cap, la présidente-directrice générale de Vélo Québec, Suzanne Lareau, souhaite toutefois que ce dernier se reflète sur l’ensemble du réseau cyclable. « Le nombre de cyclistes augmente chaque année au Québec, note-t-elle. Il serait plus que temps que les budgets accordés à l’expansion et à l’entretien du réseau suivent cette cadence. »

Dans un même ordre d’idée, une vaste coalition demandait en novembre dernier que le gouvernement du Québec embrasse pour de bon la « mobilité durable » qu’il a accolée à son ministère des Transports en augmentant l’enveloppe budgétaire dédiée aux infrastructures de transports actifs, tant cyclables que piétonnes. Une future politique du 1 %, à l’image de ce qui se fait déjà pour l’art public peut-être ? À suivre…

Aviation : un peu plus haut, un peu plus loin

Forte d’un achalandage touristique en provenance de la Chine de plus en plus important, Montréal peut compter, depuis septembre 2015, sur des vols directs en provenance de et à destination de Pékin. Galvanisés par ces premiers essais sans escales, les transporteurs aériens ont continué, tout au long de l’année 2016, à offrir des voyages pour des destinations de plus en plus éloignées. Un nouvel arrêt chinois devrait d’ailleurs s’ajouter à la liste, des vols en direction de Shanghai devant être offerts dès le mois de février prochain.

Un nouveau venu a également fait son apparition dans le ciel canadien en 2016. Lancée en juillet, la compagnie NewLeaf a décidé de faire le pari d’offrir des vols intérieurs à « très petits prix » un peu partout au Canada, de Vancouver à Halifax, en passant par Winnipeg et Hamilton. Un choix risqué qui n’a connu, au Canada, que de tristes échecs depuis le début des années 2000. Malgré les ambitions de ce nouveau transporteur aérien, aucun atterrissage n’a toutefois été effectué — et n’est prévu — en sol québécois jusqu’à présent.

À l’échelle régionale, les services comprennent encore de nombreuses lacunes. Pour y remédier ou, du moins, pour comprendre où le bât blesse, le gouvernement du Québec a annoncé en juillet dernier la tenue d’un vaste sommet sur le transport aérien régional. Ce dernier, qui devrait se tenir au cours des premiers mois de l’année 2017, aura notamment pour but d’améliorer l’accès au transport aérien dans les régions éloignées.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 28 décembre 2016 09 h 31

    Une année riche et pourtant pauvre

    Reculons de quelques années, plus précisément en celles où nous parlions de convivialité, du « small is beautiful ». Le discours de l'époque ressemblait à ceci : les outils dont vous perdez le contrôle auront tôt fait de vous asservir. L'asservissement, aux antipodes de la démocratie, peut être économique, social, politique et technologique.

    Technologique ? Alors, la voiture autonome, vous y croyez vraiment ? Y a-t-il vraiment des voitures autonomes ou n'y a-t-il pas des voitures qui seront contrôlées par quelqu'un d'autre, par des géants technologiques que malheureusement, on a tendance à vénérer comme des dieux. Et qui seront les gagnants et les perdants de cette mutation dont certains rêvent, cette mutation visant à remplacer l'intelligence humaine par l'intelligence technologique ?

    Social et politique ? Il est aussi passé derrière, du moins pour un temps, le combat contre les inégalités flagrantes observées dans diverses sociétés, y compris la nôtre. Comme s'il ne suffisait pas de trouver normal les inégalités de revenus, les inégalités d'accès au logement, on en ajoute avec des inégalités d'accès à la mobilité. Ainsi, dans les quartiers où la dépendance aux transports collectifs est la plus importante, on ne voit pas l'ombre de l'ombre d'un quelconque projet visant à améliorer ces derniers. On injecte des G$ pour que l'offre excède la demande dans les quartiers privilégiés et on ignore que la demande excède l'offre depuis longtemps dans les quartiers, comme par hasard, les moins nantis. Et pour en ajouter une couche avec la bagnole électrique, cette icône de la vertu verte imaginaire, on taxe les moins nantis pour subventionner les plus riches, comme si on était inconscient de la réalité.

    Derniers oubliés de 2016 : les transports actifs. Le message est clair : en négligeant ces derniers et en misant fortement sur le transport individuel, on réaffirme une volonté de coller aux années 50, époque où les centre-villes on entamé leur descente aux enfers.