Le réseau cyclable hivernal pas à la hauteur de ses moyens

«Dans la réalité, nous n’avons pas l’équipement nécessaire pour assurer un entretien de qualité», déplore la conseillère d'arrondissement Marianne Giguère.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Dans la réalité, nous n’avons pas l’équipement nécessaire pour assurer un entretien de qualité», déplore la conseillère d'arrondissement Marianne Giguère.

Cette année, l’arrivée des premiers flocons a pratiquement coïncidé avec la fermeture du réseau cyclable praticable d’avril à novembre, faisant par le fait même ressurgir les failles du réseau quatre saisons. Mais alors que la Ville de Montréal s’apprête à dévoiler la carte de son réseau hivernal, les arrondissements craignent de ne pas être en mesure de répondre à la demande.

Pour une troisième année consécutive, la planification du réseau cyclable quatre saisons — le fameux « réseau blanc » — relève de la ville-centre. Une fois défini, ce dernier est toutefois sous la responsabilité des arrondissements qui doivent s’assurer que le réseau déterminé par l’administration centrale soit fonctionnel tout au long de l’hiver. Cette centralisation, décrétée à l’arrivée du maire Coderre à l’Hôtel de Ville, vise surtout à uniformiser les opérations pour l’ensemble du territoire montréalais et, ainsi, éviter que des dichotomies persistent entre les différents quartiers.
 

D’apparence simple, cette manière de faire pose toutefois tout un casse-tête logistique aux administrations locales qui, faute de budget, peinent à maintenir en bon état le réseau hivernal. Accumulation de neige sur les bandes cyclables, pistes glacées et autres amoncellements rendent ainsi la vie parfois bien difficile à ceux qui enfourchent leur vélo 365 jours par années. Dans certains cas, des tronçons annoncés ne sont carrément pas déneigés, forçant les cyclistes hivernaux à emprunter, faute de mieux, les artères plus achalandées.

« Sincèrement, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, lance tristement Marianne Giguère, conseillère d’arrondissement dans le district De Lorimier du Plateau-Mont-Royal. Mais dans la réalité, nous n’avons pas l’équipement nécessaire pour assurer un entretien de qualité. Pas les moyens non plus d’en acquérir du nouveau qui nous permettrait de faire mieux notre travail. Sur le terrain, ça nous empêche d’offrir aux cyclistes d’hiver ce dont ils ont vraiment besoin : un réseau prévisible et libéré rapidement de toute entrave. »

209,5
C’est le nombre de centimètres de neige que reçoit, en moyenne, Montréal au cours d’une année.

Source : Environnement Canada

Même son de cloche du côté des arrondissements du Sud-Ouest et de Rosemont, où l’on nous confirme que les moyens n’ont pas été bonifiés au cours des dernières années — bien au contraire —, et ce, malgré l’alourdissement des tâches qui incombent aux administrations locales. « Nos budgets ont été amputés, déplore le maire de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie, François Croteau. On nous demande d’en faire plus avec moins… Ça donne ce que ça donne ! »

Interrogée sur la question, la Ville de Montréal a préféré ne pas commenter, refusant les demandes d’entrevue du Devoir. On nous a tout de même précisé que la carte du réseau 2016-2017 serait rendue publique dans les prochains jours.

180 000
Au Québec, c’est le nombre d’adultes qui font du vélo au moins une fois entre décembre et mars.

Source : L’état du vélo au Québec 2015

Axe nord-sud

Plus qu’un problème de ressources, c’est le manque de transparence et de communication claire de la part de la Ville que certains conseillers d’arrondissement déplorent. « Ça fait plus d’une semaine que le réseau régulier est fermé et nous n’avons toujours aucune idée de ce que sera le réseau blanc », note Marianne Giguère avec un léger soupir, également responsable des dossiers vélos pour Projet Montréal.

L’axe nord-sud, réclamé par la communauté cycliste depuis belle lurette, est un bon exemple de ce manque de communication qui existe entre la ville-centre et ses arrondissements. Fermé le 15 novembre dernier, en même temps que près de la moitié du réseau estival, cet axe, qui comprend notamment la piste Boyer qui s’étire sur les territoires de Villeray et de Rosemont, a finalement été rouvert en fin de semaine, à la demande de la Ville de Montréal.

395 km
C’était la taille du réseau quatre saisons l’an dernier. La Ville de Montréal a toutefois promis de le bonifier. Les détails de ces ajouts devraient être connus au cours des prochains jours.

Source : Ville de Montréal

« Le service des transports actifs de la Ville a communiqué avec nos services le 7 novembre dernier [soit à peine une semaine avant la fermeture officielle du réseau praticable d’avril à novembre], explique François Croteau en soulignant qu’on lui a dit que cette décision avait pourtant été prise par le comité exécutif en juin dernier. Ça nous a pris quelques jours pour nous ajuster, pour analyser la situation. Nous allons la déneiger parce que nous n’avons pas le choix, mais nous ne pouvons pas garantir dans quel état elle sera exactement. »

Le maire de l’arrondissement insiste d’ailleurs sur le fait que ses équipes ne disposent pas des machines adéquates pour assurer l’entretien de cette bande cyclable. « Ça nous prendrait une déneigeuse munie de balais, nous n’en avons pas et, malheureusement, nous n’avons pas l’argent nécessaire pour en acheter une, précise-t-il. Nous allons donc utiliser nos déneigeuses à trottoir, mais c’est le genre de travail qui va rendre la piste plus étroite à cause des accumulations de neige ou pire, qui va former une dangereuse couche de glace. C’est loin d’être optimal. »

Un lien réclamé

Si la première neige est synonyme de plaisir pour de nombreux cyclistes d’hiver, elle pose un problème de taille pour ceux qui habitent sur la Rive-Sud de Montréal, mais qui doivent tout de même se rendre sur l’île quotidiennement. De fait, l’arrivée des conditions hivernales sonne le glas des différents liens qui relient la métropole aux banlieues de l’autre côté du fleuve. Demandée chaque année, la piste du pont Jacques-Cartier fait présentement l’objet d’une réflexion de la part de la Société des Ponts Jacques-Cartier Champlain inc. Cette dernière a évalué au cours des derniers mois la possibilité d’entretenir cette piste à l’année. Les résultats seront d’abord présentés lundi à la communauté cycliste et, finalement, rendus publics mardi.

Les parents s'organisent

Les amoureux de vélo hivernal qui souhaitent tenter l’expérience avec leurs enfants sont, eux aussi, de plus en plus nombreux. La pratique suscite toutefois beaucoup de questions. Pour y répondre, et pour favoriser un échange sain, six cyclistes urbains ont lancé cette semaine un groupe Facebook destiné aux parents qui souhaitent initier leur progéniture aux joies du vélo quatre saisons. Une semaine à peine après sa création, déjà 125 personnes ont manifesté leur intérêt. À suivre…

Réseau rêvé

Une semaine après la première bordée de neige, alors que l’allure du réseau 2016-2017 est toujours inconnue, Le Devoir a interpellé les cyclistes chevronnés du groupe Facebook « Vélo d’hiver — Montréal » pour savoir de quoi aurait l’air leur réseau de rêve. Les réponses ont rapidement fusé, mettant en lumière les grands absents du réseau actuel. Plusieurs cyclistes ont d’ailleurs souligné les nombreux trous dans le réseau, un phénomène qu’un rapide coup d’oeil à la carte permet de rapidement constater. De fait, ici et là, les pistes disparaissent, refaisant surface quelques kilomètres plus loin.

Pour pallier ce problème, les cyclistes suggèrent notamment l’ajout de la piste de la rue Saint-Zotique au réseau, ce qui offrirait un tronçon est-ouest praticable au nord de la voie ferrée. Idem pour celles des rues Gouin, Clark, Saint-Urbain et du chemin de la Côte-Sainte-Catherine qui disparaissent toutes une fois le 15 novembre arrivé. L’ajout de ces tronçons permettrait pourtant de relier de nombreux quartiers entre eux.

Parmi les demandes des cyclistes, certaines sont revenues de façon plus marquée, soulignant l’importance de ces tronçons manquants. On peut, par exemple, penser à la piste du canal de Lachine qui, malgré les demandes répétées de la communauté cycliste, tant auprès de la Ville que du gouvernement fédéral qui en est responsable, demeure enneigée tout au long de l’hiver. Même chose pour la piste de la rue Notre-Dame qui offrirait aux cyclistes un nouvel accès est-ouest durant les mois plus froids.

1 commentaire
  • Jean-Luc Malo - Abonné 28 novembre 2016 14 h 02

    Prioriser les bonnes choses svp

    Les mairies d'arrondissement prétendent ne pas disposer de budget, qui vient évidemment du "central" (donc, facilement, on blâme le grand frère).
    Tout ceci revient à savoir quoi prioriser.
    Combien ces mairies consacrent-elles à l'entretien des rues pour les autos, à titre comparatif et combien pour les trottoirs?

    Jean-Luc Malo
    abonné