Guide de bonne conduite pour cycliste urbain averti

Entre les automobiles et les cyclistes, les piétons n’en mènent parfois pas large dans le combat sur le partage de la route.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Entre les automobiles et les cyclistes, les piétons n’en mènent parfois pas large dans le combat sur le partage de la route.

Loin d’être toujours évident, le partage de la route peut parfois être un véritable casse-tête pour les différents usagers de la route, tout spécialement en ce qui concerne la question du vélo. Pour mieux comprendre comment les choses se passent sur le terrain, Le Devoir est allé à la rencontre des usagers de première ligne, à savoir les cyclistes eux-mêmes. Portait autocritique de ce qui se fait — et ne se fait pas — sur la piste cyclable et ailleurs.

Nécessaire visibilité

Selon les données de Vélo Québec, près de 75 % des vélos qui circulent sur les routes du Québec ne sont pas munis de phares. Pourtant, avec les journées qui raccourcissent et la tombée du jour qui pointe son nez de plus en plus tôt, cette simple précaution — obligatoire en vertu du Code de la sécurité routière (CSR) — est essentielle. À cet effet, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) organise depuis cinq ans des campagnes de prévention pour sensibiliser les cyclistes à la nécessité de se rendre visible une fois le soleil couché. « Des fois, tout ce que ça prend, c’est un rappel, précise l’inspecteur André Durocher. Certains cyclistes ont l’impression que, parce qu’ils voient bien devant eux, tout le monde peut les voir. Mais c’est faux ! Dans le noir, ils sont pratiquement invisibles. »

54%
C’est le pourcentage de Québécois qui s’adonnent au vélo.

Source : Vélo Québec

Cette notion de visibilité ne se limite toutefois pas à l’ajout d’éclairage sur son vélo, loin de là. « Être visible, c’est aussi ne pas tenir pour acquis que les autres usagers nous ont vus, insiste la présidente et directrice générale de Vélo Québec, Suzanne Lareau. Ça veut dire qu’il faut éviter de se faufiler entre les voitures à un feu rouge, par exemple. Ou de se placer à la droite des véhicules aux intersections. »

Selon Pierre Rogué, porte-parole de la campagne Une porte, une vie, lancée en avril 2014 pour sensibiliser la population à l’emportiérage, cela signifie également que les cyclistes ne devraient pas hésiter à prendre plus de place sur la chaussée, pour s’assurer d’être vus de tous. « Rouler à droite, comme nous poussent à le faire certains aménagements, c’est souvent synonyme de danger, insiste ce cycliste aguerri. Personnellement, aux intersections, je ne me pose pas de question et je vais systématiquement me mettre devant les voitures arrêtées. C’est, de loin, l’endroit le plus sécuritaire ! »

Solution


« Démarrer juste avant le feu vert pour partir avant le trafic. S’arrêter à un feu entre le passage piéton et la ligne d’arrêt pour être devant les véhicules quand il n’y a pas de sas. » — Sébastien Carrillo, cycliste
 

Intersections, arrêts et piétons

Entre les automobiles et les cyclistes, les piétons n’en mènent parfois pas large dans le combat sur le partage de la route. Et si de nombreuses intersections particulièrement achalandées par les voitures sont difficiles à traverser, il en va de même pour certaines pistes cyclables.

En ce sens, plusieurs cyclistes urbains ont précisé qu’il était impératif de céder le passage aux piétons aux intersections. Pourtant, sur le terrain, il n’est pas rare de voir des piétons attendre pendant de longues minutes avant de pouvoir se faufiler, le pas nerveux, entre deux cyclistes pressés. « J’ai déjà été obligé de débarquer de mon vélo sur Boyer pour forcer les cyclistes à s’arrêter pour laisser passer des piétons qui attendaient, lance Pierre Rogué. Vous imaginez ? »

Selon Suzanne Lareau, il faut toutefois éviter de généraliser. « Au Québec, on se plaît à antagoniser les relations entre les piétons et les cyclistes, notamment en interdisant les vélos dans les zones piétonnes, note la présidente de l’organisme cycliste. Pourtant, dans de nombreux cas, si on ne faisait que se fier au bon jugement des gens, on éviterait bien des problèmes. »

Solution
« Utiliser le fait de ne pas être caché dans une boîte d’acier pour communiquer avec les piétons. Par exemple, quand je m’approche d’une intersection et qu’un piéton qui a pourtant priorité attend que je passe, je lui fais signe de la main de passer, je lui souris et je lui dis : “C’est à vous !” »
— Vincent Lacharité-Laframboise, cycliste
 

Enfants et pistes cyclables

Les témoignages de parents cyclistes préférant éviter les pistes cyclables lorsqu’ils sont accompagnés de leurs enfants sont nombreux. Commentaires discourtois, dépassements dangereux ou simples grognements de mécontentement sont quelques-uns des comportements qui découragent les familles d’emprunter les infrastructures conçues pour le vélo. Plusieurs leur préfèrent d’ailleurs les petites rues de quartier à sens unique. « Trop de cyclistes nous ont dit que les pistes cyclables étaient des zones de transit, que nous n’avions pas notre place là, raconte François, père de deux enfants de 5 et 8 ans. Au bout de quelques tentatives avec notre aînée, nous avons lâché prise. Nous sommes retournés dans les rues résidentielles. »

« Certains cyclistes oublient que les pistes cyclables appartiennent à tout le monde, déplore Suzanne Lareau de Vélo Québec. Après, c’est évident que la piste n’est pas un endroit pour apprendre à faire du vélo, mais ça demeure l’endroit le plus sécuritaire pour se promener ! »

Plus encore, selon elle, circuler sur les pistes cyclables fait partie d’un apprentissage nécessaire. « Si on veut que les jeunes deviennent des cyclistes prudents et responsables, il faut qu’ils puissent utiliser les infrastructures en toute sécurité. »

Solution
« J’aime encourager les jeunes enfants qui pédalent avec leurs parents » —
Stéphane Richer, cycliste

Dépassement et vitesse

Les matins de semaine, certaines pistes cyclables montréalaises ont des allures d’autoroutes congestionnées aux heures de pointe. C’est le cas, entre autres, des pistes Boyer et Rachel, qui permettent, respectivement, de traverser la ville du nord au sud et d’est en ouest. Sur ces tronçons particulièrement achalandés, il n’est pas rare de voir de longues files de cyclistes s’arrêter aux feux rouges. Pas rare non plus de voir un cycliste dépasser le peloton pour venir se placer en tête, au grand dam des autres. « Certains comportements n’ont pas d’incidence sur la sécurité, rappelle Suzanne Lareau. Ça ne veut pas dire qu’il ne manque pas de civisme ! Après tout, à vélo, comme en voiture ou à pied, il y a une question de savoir-vivre. »

Les dépassements peuvent ainsi être une importante source de frustration — et parfois de danger — pour ceux qui enfourchent leur vélo au quotidien. C’est le cas, entre autres, quand ils se font à toute vitesse ou, pire, par la droite. Ou encore quand ils sont effectués malgré le manque d’espace ou les cyclistes qui arrivent à contresens. « Ce sont des manoeuvres kamikazes, avance la présidente de Vélo Québec. Ça met dans une position à risque celui qui l’effectue, mais aussi les gens autour. À vélo, il faut apprendre à être prudent pour soi et pour les autres ! »

Et si vraiment le dépassement est nécessaire, il peut être pertinent d’au moins signaler son intention, soit à l’aide d’une clochette ou, tout simplement, en le disant haut et fort.

Solution

« Ne pas dépasser quand il n’y a pas assez d’espace pour le faire de façon sécuritaire sur une voie à double sens (pensez à la piste Rachel), respecter une distance entre les cyclistes qui permette d’arrêter à tout moment et, surtout, circuler à une vitesse qui me permette d’anticiper tout obstacle en ville. » — Dave Tremblay, cycliste
 

Téléphone : à vélo comme en auto​

À l’heure actuelle, il n’existe aucune infraction dans le CSR pour les cyclistes qui parlent au téléphone ou qui textent en pédalant. Ça n’en demeure pas moins dangereux, insiste l’inspecteur André Durocher. « C’est quelque chose qu’on voit quotidiennement, précise celui qui travaille comme policier à Montréal depuis plus de 30 ans. Ils n’ont pas les yeux sur la route, ne sont pas attentifs à ce qui se passe autour d’eux. Les cyclistes sont déjà vulnérables ; en textant ou en parlant au téléphone, c’est encore pire ! »

8078
C’est le nombre de contraventions remises aux cyclistes par le SPVM en 2014.

Source : Service de police de la Ville de Montréal

À noter toutefois qu’en vertu de l’article 440 du CSR, les cyclistes, au même titre que les automobilistes, n’ont pas le droit de « porter un baladeur avec des écouteurs ». L’oreillette unique, qui permet, entre autres, de capter les bruits de la circulation environnante, est généralement tolérée par le SPVM.

 

7 commentaires
  • Céline Delorme - Abonnée 11 octobre 2016 08 h 16

    Question feux rouges

    citation: "Il n'est pas rare de voir de longues files de cyclistes s'arrêter aux feux rouges:" Que signifie ce commentaire? Est-ce étrange?
    Est-on supposé ne pas s'arrêter aux feux rouges?

    Selon mon expérience: je suis une cycliste expérimentée en ville, mais j'ai une très mauvaise habitude, selon certains; je m'arrête aux feux rouges, et aux stops, surtout s'il y a des piétons, alors que 90 % des autres foncent dans les piétons.

    J'ai eu deux accidents : vélo contre vélo cette année: les deux fois pcq je me suis arrêtée au feu rouge. et les vélos derrière m'ont fonçé dedans, à grande vitesse, en m'engeulant que je ne devrais pas m'arrêter pour si peu: seulement un piéton et un feu rouge. Aucun autre accident à mon actif...
    Je comprends qu'on doit s'arrêtrer au feu rouge seulement si des autos sont en train de passer: pas pour les piétons, ni si les autos sont un peu loin.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 octobre 2016 09 h 40

      Vous vous arrêtez même aux arrêts obligatoires? Même les automobilistes ne le font jamais!

  • Bernard Terreault - Abonné 11 octobre 2016 08 h 32

    Pas une mode passagère

    Je ne crois pas que le cyclisme soit juste une mode passagère. Avec le réchauffement climatique, il prendra de plus en plus de place comme mode de déplacement efficace. Il faudra donc réaménager nos villes en mettant sur un pied d'égalité trottoirs, voies cyclables, voies réservées au transport public et voies attribuées aux véhicules privés, en séparant même au besoin les voitures des camions lourds -- contrairement aux 50 dernières années où le seul but était de faciliter la circulation automobile avec des banlieues sans trottoir et des autoroutes qui isolent les quartiers les uns des autres ou bloquent l'accès au bord de l'eau pour les citadins, comme la 132 sur la Rive-Sud.

  • Gisèle Picard - Abonnée 11 octobre 2016 09 h 20

    piétons et piste cyclable

    J'utilise les pistes cyclables presqu'uniquement, la rue c'est pour me rendre à la piste. Pourrait-on dire aux piétons avec leur chien ou avec une poussette que la piste cyclable n'est pas faite pour eux et que ce sont les trottoirs qui sont indiqués dans leur cas.

    • Pierre Lavallée - Inscrit 11 octobre 2016 11 h 45

      Autres lieux, autres moeurs, chez moi ce sont les cyclistes que ne prennent jamais la piste cyclable. Pourrait-on dire aux cyclistes que la piste cyclable a été construite et payée avec nos taxes pour eux...

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 octobre 2016 13 h 59

      Une ligne de peinture coute tellement cher, monsieur Lavallée...

  • Philippe Hébert - Abonné 11 octobre 2016 09 h 53

    "Sur ces tronçons particulièrement achalandés, il n’est pas rare de voir de longues files de cyclistes s’arrêter aux feux rouges."

    Drôle de commentaire dans l'article, vous laissez sous entendre que c'est un problème que les vélos fassent leurs feux rouges...

    Aux dernières nouvelles, le code de la sécurité routière obligeait les piétons, cyclistes, automobilistes et tous les autres types de mobilité de s'arrêter aux arrêts et aux feux rouges.

    Ce qui veut dire que ce sont les tarés qui passent sur les rouges qui sont dangereux, pas ceux qui attendent patiament le feu vert!