Patrimoine: la Ville de Québec se donne de nouveaux pouvoirs

Le dossier du patrimoine a par ailleurs donné lieu à un échange particulièrement acrimonieux entre la conseillère Anne Guérette et la vice-présidente du comité exécutif, Julie Lemieux.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le dossier du patrimoine a par ailleurs donné lieu à un échange particulièrement acrimonieux entre la conseillère Anne Guérette et la vice-présidente du comité exécutif, Julie Lemieux.

La Ville de Québec se donne un nouveau pouvoir d’expropriation sur cinq lieux emblématiques de la colline parlementaire, dont l’Église Saint-Coeur-de-Marie, la Maison Pollack et l’Îlot Saint-Vincent-de-Paul.

Pour parvenir à ses fins, la Ville compte rouvrir le Plan particulier d’urbanisme (PPU) de la colline parlementaire (2010) et donner à ces lieux un statut protégé. En consultant ses avocats, elle a découvert que cela lui permettait d’exproprier les propriétaires s’ils ne respectaient pas ses conditions en matière de protection du patrimoine.

« Lorsque c’est inclus dans un PPU et que nous devons aller jusqu’à l’expropriation, il n’y a aucune contestation possible », a déclaré le maire Régis Labeaume.

L’Église Saint-Coeur-de-Marie (1920) est une immense église de style romano-byzantin fermée au culte depuis 1997. La Ville a déjà envisagé sa destruction pour permettre à un promoteur d’y construire des appartements.

Quant à la Maison Pollack (1909), c’est l’une des plus belles maisons anciennes de la Grande-Allée, mais elle « tombe en ruine en raison de l’inaction de son propriétaire », a déploré le maire lundi.

Quant à l’ancien patro Saint-Vincent-de-Paul (1895-1898), il a été détruit il y a dix ans par l’hôtelier Jacques Robitaille qui souhaitait y construire un hôtel. Or rien n’a été fait depuis.

Les deux autres sites sont l’ancienne école primaire Saint-Louis-de-Gonzague (1899), dans le Vieux-Québec, et une maison ancienne de 1877 située aux abords des plaines d’Abraham (surnommée « la petite maison blanche »).

Qu’adviendrait-il après les expropriations ? La Ville pourra donner aux bâtiments une vocation publique (des logements sociaux par exemple) ou encore revendre les bâtiments à de nouveaux promoteurs prêts à respecter les conditions édictées dans le PPU. Interrogé sur le mode de sélection de ces promoteurs, le maire a répondu : « On va aller en appel de propositions et, si on n’a pas de propositions, on y va de gré à gré. »

Vif échange entre deux élues

Le dossier du patrimoine a par ailleurs donné lieu à un échange particulièrement acrimonieux entre deux élues lundi. En fin de journée, la conseillère de l’opposition Anne Guérette a rendu public un courriel particulièrement hostile qu’elle avait reçu de la vice-présidente du comité exécutif, Julie Lemieux.

« Tu vas trop loin et tu manques totalement de respect par ambition », lui écrivait Mme Lemieux, n’ayant pas apprécié sa dernière sortie sur le bilan de l’administration Labeaume en matière de patrimoine. « Je plains tes collègues de devoir endurer ton arrogance et ta vanité. »

Dans un reportage diffusé à la télévision la veille, Mme Guérette reprochait à l’équipe au pouvoir de traîner les pieds dans le dossier de la « petite maison blanche ». « Toujours les mêmes faux arguments pour justifier l’absence d’action en patrimoine de la part de l’équipe Labeaume », dénonçait Mme Guérette, qui convoite actuellement la tête de son parti Démocratie Québec.

Mme Lemieux lui reprochait d’avoir alerté les médias pour en tirer un profit politique plutôt que de « faire son travail » en alertant d’abord les responsables de l’arrondissement. Invitée à s’expliquer, elle a reconnu y « être peut-être allée fort » et dit avoir écrit « sous le coup de l’émotion ».

«Je suis pour un 3e lien», dit Labeaume

Connu pour son opposition au projet de tunnel entre Québec et Lévis, le maire de Québec a tenu à faire savoir lundi qu’il était favorable à un autre lien entre les deux rives. « En passant, je veux réitérer mon appui à un troisième lien », a-t-il dit en insistant sur le « un ». « J’étais contre ce projet-là [de tunnel] parce que je savais qu’il n’avait pas de bon sens […], mais j’appuie l’idée d’un troisième lien. » Interrogé sur la nature d’un tel lien, le maire est resté vague. « On verra », a-t-il lancé.