Mobilisation pour les bancs publics dans Limoilou

Le quartier Limoilou fait l’objet d’un certain engouement depuis quelques années avec l’arrivée massive de nouveaux résidants.
Photo: Yan Doublet Le Devoir Le quartier Limoilou fait l’objet d’un certain engouement depuis quelques années avec l’arrivée massive de nouveaux résidants.

La décision de la Ville de retirer des bancs publics au coeur du quartier Limoilou a été très mal reçue par des résidants du quartier, qui craignent des dérapages liés à la gentrification. Sitôt informée de leurs doléances, la conseillère du district a demandé mercredi qu’ils soient tous réinstallés.

Jérémie Ratomposon, un jeune résidant du quartier, a été scandalisé de voir les bancs disparaître le long de l’avenue principale. « Ça s’est fait graduellement, mais il manque à peu près six bancs sur la 3e Avenue, explique ce père de famille. C’étaient des lieux de socialisation pour les personnes âgées. »

Mardi, seulement 11 bancs publics subsistaient sur la 3e Avenue, entre la 4e et la 12e Rue, en plein coeur du Vieux-Limoilou. Selon M. Ratomposon, la force de Limoilou tient justement à sa « mixité sociale ». Pour sensibiliser les élus, il a décidé de tenir une « corvée de fabrication de bancs publics pour contrer l’exclusion ». « On ne veut pas que Limoilou devienne un quartier touristique où l’on exclut les gens plus pauvres », dit ce résidant d’origine malgache, qui s’est lui-même installé dans Limoilou il y a trois ans.

Améliorer autrement

Or la Ville de Québec a réagi avant la tenue de l’événement. Mardi, la conseillère du district, Suzanne Verreault, a annoncé que les bancs seraient remis à leur place.

« La demande est faite, ça ne devrait pas tarder », dit-elle. La conseillère affirme avoir appris par les médias que les bancs avaient été retirés. La décision avait été prise au bureau d’arrondissement à la suite de plaintes. « Une commerçante s’est plainte de l’intimidation dont faisaient l’objet ses clients. »

Or Mme Verreault a l’intention de faire face à ces tensions autrement qu’en retirant les bancs. « Selon l’ampleur des plaintes, on pourrait demander au service de police d’exercer une surveillance ou peut-être d’aller parler à ces personnes. On va trouver un moyen d’améliorer la situation. »

« C’est vrai que le quartier Limoilou est en train de changer, ajoute-t-elle. Il y a peut-être une clientèle qui se sent un peu brusquée, mais moi, je veux qu’on protège l’âme du quartier. Celle d’une cohabitation et d’une grande mixité. »

Joint plus tard, M. Ratomposon a été ravi de la décision de Mme Verreault mais a dit qu’il tiendra son activité quand même. « On veut bien faire passer le message que Limoilou est un quartier inclusif. […] On fera don des bancs à la Ville et ils en feront ce qu’ils veulent. »

Deux poids, deux mesures

Par ailleurs, les règles ne semblent pas avoir été appliquées partout de la même façon sur la 3e Avenue. Ainsi, Le Devoir a pu s’entretenir avec une commerçante qui a souvent porté plainte mais dont le banc devant son établissement n’a pas été retiré par l’arrondissement. « Les bancs sont souvent accaparés par des itinérants. […] Il y a un monsieur en particulier qui intimidait ma clientèle. Il ne les harcelait pas, mais c’était tannant et ça sentait fort. Quand tu as un commerce en alimentation, ce n’est pas très attractif. »

Ne sachant pas à qui s’adresser pour régler le problème, la commerçante a fait appel aux policiers. Elle ne tient pas à ce que le banc soit retiré. « C’est sûr que je suis ouverte à d’autres solutions. Je ne suis pas d’accord qu’on enlève tous les bancs. Je trouve ça quand même agréable pour les résidants. Il y a beaucoup de personnes âgées qui s’en servent pour prendre un petit répit. »

Le quartier Limoilou fait l’objet d’un certain engouement depuis quelques années avec l’arrivée massive de nouveaux résidants — des jeunes familles pour la plupart — et de commerces et restaurants branchés le long de la 3e Avenue.

Selon une étude menée en 2015, cet engouement n’a pas été sans conséquence pour les résidants moins fortunés qui y vivaient déjà. Toutefois, les tensions entre les deux groupes auraient été limitées par la présence de nombreux logements sociaux. L’étude a été menée par l’Approche territoriale intégrée (ATI) de Limoilou, un organisme local de lutte contre la pauvreté.

Paradoxalement, le retrait des bancs survient alors que la Ville multiplie les aménagements urbains et les places publiques. Ces dernières années, une plaza et un piano public ont été aménagés le long de la 3e Avenue. Or, souligne Mme Verreault, « ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise d’aller s’asseoir dans une place publique à travers plusieurs personnes. Je ne veux pas commencer à exclure une catégorie de gens ».