Le début de la fin pour les véhicules à essence en libre-service


Chez Communauto, on estime que le nouveau règlement change les règles du jeu.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Chez Communauto, on estime que le nouveau règlement change les règles du jeu.

On compte près de 800 véhicules thermiques partagés — toutes compagnies confondues — sur le territoire montréalais. En vertu d’un nouveau règlement municipal qui doit être adopté ce lundi, il pourrait toutefois bien s’agir des derniers.

Si tout se passe comme elle le souhaite, la Ville de Montréal délivrera cette année ses dernières vignettes pour véhicules en libre-service (VLS) fonctionnant à l’essence. Dans un règlement qui doit être adopté ce lundi par le conseil municipal et dont Le Devoir a obtenu copie, la Ville de Montréal entend ainsi imposer un moratoire sur les VLS thermiques pouvant circuler sur son territoire.

En vertu de ce nouveau règlement qui a été présenté au comité exécutif la semaine dernière, les compagnies actuelles — Communauto et Car2Go — se verront tout de même octroyer un certain nombre de vignettes pour leurs voitures à essence cette année. Cette répartition sera faite en fonction de la quantité de véhicules dont ils disposent à ce jour, ni plus ni moins. Toutes les prochaines automobiles enregistrées à l’avenir devront toutefois être électriques.

1300 $
Le coût d’une vignette universelle que doit détenir une compagnie d’autopartage pour chaque véhicule en activité. Au cours de la dernière année, le prix de la vignette a bondi de 30 % par rapport à l’année dernière.

Source: Ville de Montréal

« Notre but est de limiter, petit à petit, le nombre de véhicules à essence en ville, précise le responsable du transport au comité exécutif de la Ville de Montréal, Aref Salem. L’objectif, et on le répète depuis 2014, c’est d’avoir une flotte de véhicules partagés 100 % électriques d’ici 2020. »

Cette décision reporte tout de même d’un an le début de la lente disparition des VLS thermiques dans les rues de la métropole. En mai dernier, l’administration Coderre avait pourtant annoncé en grande pompe son intention de réduire dès cet automne les flottes de véhicules partagés fonctionnant à l’essence. « En regardant le marché actuel, nous nous sommes rendu compte que le nombre de voitures électriques était déjà plus élevé que ce que nous visions à la base », explique le conseiller municipal.

Concurrence déloyale ?

Ce nouvel échéancier est cependant loin de faire l’unanimité. De fait, l’entreprise Communauto, pionnière de l’autopartage au Québec, estime que la Ville fait ainsi volte-face. « Ce règlement change les règles du jeu, lance Marco Viviani, visiblement fâché. Il y a près de deux mois, l’administration nous a demandé de revoir nos manières de faire pour accélérer notre virage électrique. Ça bousculait un peu nos plans, mais comme nous croyons à l’électrification, nous avons décidé de prendre les devants. »

460
Le nombre de véhicules en libre-service détenus par Car2Go que l’on retrouve sur le territoire montréalais. Pour le moment, ces véhicules sont tous thermiques.

Source: Car2Go

Pour se plier à ces nouvelles exigences, Communauto — dont la flotte compte déjà quelques véhicules électriques depuis 2011 — a revu sa stratégie d’achat de voitures dans l’optique d’augmenter le nombre de modèles électriques. Au cours des derniers mois, l’entreprise estime ainsi avoir déboursé plus de deux millions de dollars dans le but de se conformer aux nouvelles conditions. « Quand nous avons rencontré la Ville en mai, on nous a dit qu’on devrait avoir un certain nombre de voitures électriques dès l’automne, assure-t-il. C’est avec ces informations en tête que nous avons changé notre stratégie. Nous avons réduit le nombre d’automobiles thermiques que nous voulions acheter au profit de véhicules électriques. Avoir su que ce n’était pas nécessaire dans l’immédiat, nous aurions agi différemment. »

Pire encore, selon Marco Viviani, le nouveau règlement, dans son libellé actuel, créera une concurrence déloyale entre les deux compagnies présentement actives sur le territoire montréalais, notamment en gelant le nombre de vignettes pour véhicules à essence octroyées à chacune en date de son adoption par le conseil municipal. « Ça veut dire que les voitures thermiques que nous avons commandées, même si elles sont hybrides, ne seront pas considérées », lance-t-il. Selon lui, ce report vise à faciliter les choses pour leur concurrent, Car2Go.

Communauto n’exclut d’ailleurs pas la possibilité de passer par les tribunaux, si le règlement est adopté tel quel. « Ce que nous voulons, c’est que ce soit équitable ! »

Temps d’attente

Chez Car2Go, l’adoption imminente du nouveau règlement a, somme toute, été bien accueillie, l’entreprise n’ayant toujours pas entamé son virage électrique à Montréal. « Tout était encore à faire, explique le directeur de la division montréalaise de ce géant de l’autopartage, Jérémi Lavoie. Nous avions décidé d’attendre la version finale du règlement avant de nous lancer dans quoi que ce soit. »

325
Le nombre de voitures thermiques que compte la flotte de Communauto à ce jour.

Source: Communauto

Il ajoute que, à la lumière de ce qu’il a vu dans d’autres villes où Car2Go est présente, la métropole québécoise ne dispose pas, pour le moment, des infrastructures de recharge nécessaire pour accueillir autant de véhicules électriques dans ses rues. « Dans certains secteurs, les infrastructures de recharge sont loin d’être suffisantes, souligne-t-il. Plus encore, il n’y en a pratiquement pas dans les quartiers résidentiels, alors que c’est là que la plupart des gens rechargent leur voiture ou, dans notre cas, terminent leur course. » La Ville compte toutefois y remédier dans les prochaines années en bonifiant son réseau de bornes électriques, jusqu’à atteindre les 1000 promises d’ici 2020

Accessibilité restreinte

Le règlement, dans sa forme actuelle, n’est pas parfait, souligne toutefois le directeur de Car2Go. « L’arrondissement Ville-Marie demeurera fermé aux VLS qui ne sont pas électriques, souligne-t-il, en lâchant un soupir d’agacement. C’est un non-sens ! Pour une implantation efficace, c’est très limitant. »

En 2016, rares sont les villes qui disposent de services d’autopartage, mais qui, à l’image de la métropole québécoise, leur refusent un accès aux places de stationnement sur rue au centre-ville. « À ma connaissance, Montréal est la seule ville où l’on opère qui limite ainsi les activités des services d’autopartage », ajoute Jérémi Lavoie.

Interrogé sur la question, Aref Salem indique que rien ne devrait changer de ce côté, et ce, malgré les demandes répétées des compagnies concernées et des utilisateurs.

Or, qu’ils soient électriques ou non, les VLS ont un impact significatif sur la manière dont les villes se développent — et se développeront dans les prochaines années —, révèle une étude menée par le centre de recherches sur la durabilité des transports de l’Université de Berkeley, en Californie, rendue publique en juillet dernier.
 

« La réputation des VLS n’est plus à faire, souligne la chercheuse responsable Susan Shaheen qui a surtout travaillé sur le modèle développé et implanté par Car2Go dans cinq villes américaines et canadiennes. Ces véhicules contribuent à réduire le parc automobile, limitent la congestion routière et ont un impact clair sur la réduction des gaz à effet de serre produits dans les centres urbains. »

Dans toutes les villes étudiées, le centre-ville est toutefois toujours accessible aux VLS, peu importe l’énergie qui leur permet d’avancer. « Des fois, ça donne l’impression que Montréal a décidé de concentrer tous ses efforts dans l’électrification des transports, alors que l’autopartage est déjà un élément clé de la solution », renchérit Marco Viviani de Communauto.

« C’est comme si l’administration municipale montréalaise ne comprenait pas que, par définition, nous contribuons à réduire le nombre de voitures dans les rues et, dans la même lignée, à augmenter la qualité de vie en ville, renchérit le directeur de Car2Go Montréal, Jérémi Lavoie. L’électrification sera nécessaire, à terme. Mais elle ne devrait pas être un préalable pour continuer à opérer. »

Une rencontre entre les représentants des opérateurs et de la Ville de Montréal pour discuter des changements à venir est prévue dans les prochains jours.

 

9 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 22 août 2016 08 h 26

    RIdicule!

    L'administration municipale ne fait rien pour limiter le traffic automobile sur l'île! Dès que l'on parle d'aménagement il y a beaucoup d'improvisation. Effectivement ces deux entreprises contribuent à la qualité de vie à Montréal. A quand monsieur Coderre le moment où vous vous en prendrez au banlieusards qui viennent saturer nos rues, remplies de VUS, quand leur exigerai vous de posséder des véhicules électrifiés? Même l'idée de postes de péage semblaient vous faire peur!

  • Bernard Terreault - Abonné 22 août 2016 09 h 01

    Discriminatoire

    La Ville semble vouloir imposer la voiture électrique, qui coûte plus cher tout en étant moins pratique, seulement à Communauto et pas à l'immense flotte des autos privées. Du point de vue électrification, c'est une goutte d'eau dans la mer et du point de vue social c'est injuste. D'ailleurs, il ne faut pas se faire d'illusions, ni l'infrastructure locale ni le contexte mondial ne sont encore là pour l'auto tout électrique. L'hybride est la solution de transition qu'il faudrait généraliser en la rendant économiquement attrayante.

  • Jean Richard - Abonné 22 août 2016 09 h 20

    La voiture a horreur du vide

    « nous contribuons à réduire le nombre de voitures dans les rues et, dans la même lignée, à augmenter la qualité de vie en ville » – On entend souvent cet argument venant des promoteurs de la voiture en libre-service.

    Or, si c'était vraiment le cas, on aurait assisté à une diminution de la congestion. C'est pourtant le contraire qui se produit. La congestion continue d'augmenter et les automobilistes continuent à se plaindre du fait qu'il est de plus en plus difficile de se garer (car il y a aussi une légende qui circule voulant que les VLS libèrent 11 places de stationnement).

    Le déploiement des VLS ne pourra améliorer la qualité de vie à Montréal que s'il est accompagné de mesure strictes visant à RÉDUIRE et la circulation automobile, et l'espace occupé par cette dernière. Ce n'est malheureusement pas le cas. Les usagers des VLS viennent à 40 % du transport en commun (dont l'achalandage a fléchi en 2015), à 15 % du taxi, ce qui laisse seulement 45 % qui pourrait venir en partie de gens ayant renoncé à l'achat d'une voiture (en partie car dans ce 45 %, il y a des gens qui auraient pu se déplacer à pied ou à vélo). Bref, sur les 800 VLS en service à Montréal, environ 200 remplacent des voitures individuelles. Selon les chiffres avancés, ça voudrait dire environ 2000 espaces libérés. Il y a donc 2000 espaces de plus pour accueillir les voitures de la périphérie – est-ce que ça pourrait avoir un lien avec la baisse d'achalandage sur certaines lignes de l'AMT ?

    La voiture a horreur du vide. Le vide créé par le déploiement d'un seul VLS sera comblé presque immédiatement. Plutôt que de se comporter comme une marionnette de Québec en vendant son âme aux vendeurs de batteries, Montréal ferait mieux de mettre en place une politique de transport digne du XXIe siècle et non des années 50. Le VLS pourrait alors participer à ce changement, ce qu'il ne fait pas du tout en ce moment, l'augmentation de la congestion automobile ne présentant aucun signe de fléchissement.

    • Pierre Robineault - Abonné 22 août 2016 16 h 14

      "en vendant son âme aux vendeurs de batteries"!
      Merci de m'avoir fait rire, monsieur Richard. Et j'enchaîne. Quelle est ou sera la durée de vie de telles "battteries"? Qui sera en mesure de les recycler, si possible? Sinon comment en disposera-t-on? On semble en recherche d'une formule miracle, alors que la meilleure restera toujours un hyperdéveloppement d'un transport collectif efficace.

  • Jean Richard - Abonné 22 août 2016 10 h 05

    Essence contre électricité – Un débat non prioritaire

    Des chiffres...

    1,2 personne : c'est la moyenne d'occupation des voitures individuelles dans la région de Montréal. Parmi les deux exploitants de VLS à Montréal, un a choisi des voitures biplaces, mesurant 2,5 mètres de longueur, soit moins que la largeur d'un autobus. L'autre a choisi une grosse voiture dont 4 des 5 places ne seront que très rarement occupées, mais qui accaparent 4,5 mètres en longueur, presque le double de la première. Et 730 kg contre 1500, c'est la différence de masse entre les voitures choisies par les deux entreprises de VLS à Montréal.

    Si on considère son cycle de vie complet, de la matière brute à son recyclage total, le bilan environnemental de la voiture électrique face à celle à pétrole pourrait les mettre nez à nez. Il se pourrait même que la voiture électrique soit plus polluante, considérée à l'échelle globale.

    Mettre l'essence contre l'électricité au sommet et même en exclusivité des politiques de transport, c'est faire fausse route. Ici, dans le débat des VLS, on exclut deux problèmes environnementaux non sans importance : un immédiat, l'encombrement urbain de la voiture et un à moyen terme, la disposition de ces voitures en fin de vie utile.

    Un locateur de VLS se fait mettre des bâtons dans les roues parce qu'il n'est pas prêt à électrifier ses véhicules. Pourtant, face à ses concurrents, il offre un véhicule deux fois moins encombrant. Et il offre aussi un véhicule qui, en fin de vie utile, contiendra deux fois moins de matériaux à recycler (sans oublier qu'à sa naissance, il a consommé beaucoup moins d'énergie).

    Petite parenthèse par ailleurs : leur faible longueur permettrait aux voitures d'un des deux exploitants d'être garées à angle droit de la rue, comme les vélos Bixi. Cela non seulement optimiserait l'espace disponible, mais diminuerait les risques d'emportiérage pour les cyclistes. Les dimensions de la voiture rendent la manœuvre plus sécuritaire que le stationnnement conventionnel.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 août 2016 11 h 15

      Je suis un client de Communauto. Je me sers de ses voitures surtout pour aller faire du ski avec mon fils. Des skis (de fond) dans une Smart? Je m'en suis souvent servi pour aller en vacances avec mes deux enfants. Trois personnes dans une Smart?
      Il y a une dizaine de jours, j'ai utilisé Communauto pour déménager un piano, avec mon fils. Un piano (même démonté) deans une Smart?

    • Daniel Grant - Abonné 22 août 2016 11 h 34

      La voiture électrique a un problème d’offre et non pas de demande et les choses changeront très rapidement quand la production de batterie sera à son rythme normal.

      Le transport fossile est tellement polluant pour la biosphère qu’il est normal de s’y attaquer et toutes les façons d’arriver à l’électrification sont plus ou moins bonnes mais dans une meilleure direction.
      La production de véhicules génère de la pollution de la matière brute à la salle de montre, mais là s’arrête la comparaison entre l’essence et le VE (véhicule électrique).

      Le VE est Zéro Émission pendant toute sa vie et à la fin la batterie est réutilisable comme génératrice ou recyclable.

      De dire que le VE pollue autant que la bagnole à pétrole relève de l’intégrisme “extractiviste”, vous oubliez de dire qu’il y a une conscience qui se développe autour du VE quand on est prêt à en acheter un.

      Quand on est acheteur de VE on est aussi conscient que notre source d’électricité doit être propre, ce qui ne pose pas de problème ici au Québec, mais là où la source est au charbon ou à l’huile ou au gaz soit disant “naturel” c’est une horreur que le propriétaire de VE ne peut pas supporter très longtemps, alors soit qu’il est déjà alimenté au solaire et le VE est l’étape suivante ou vice et versa.

      Là où le réseau électrique est sale, est-ce pire de brancher un VE que de brancher un système d’air conditionné?
      C’est la responsabilité des extractivistes de produire de l’électricité propre à la centrale, on ne peut pas mettre ça sur le dos des VE.

      Pour l’instant le % de VE qui se branchent dans un réseau sale est minime et vu que le nombre de VE augmente en même temps que les sources d’énergie propres, l’idée fallacieuse qu’un grand nombre de VE seraient branchés au charbon ne tient pas la route.

      “Un déversement d’énergie solaire ça s’appelle une belle journée”

  • Benoit Fournier - Inscrit 22 août 2016 19 h 23

    Limiter les voitures privées

    Plus d'électrification des transports, c'est très bien.

    Ciblez Communauto en particulier, sans aucune mesure pour limiter l'usage des voitures privées, c'est inacceptable.

    On ne le répétera jamais assez : au rythme d'émissions actuelles, nous avons environ 15 ans pour éviter que le climat s'emballe de façon irréversible (Nature, 2013). Ça prend des mesures extrêmes pour donner une Terre habitable à nos enfants.

    Go vélo! Go métro! Go Communauto! Go Car2go!