La ville de demain sera-t-elle bonne pour votre santé?

À partir des différentes couches de données, les chercheurs tenteront de prédire les comportements des populations futures.
Photo: Lorraine Boogich Getty Images À partir des différentes couches de données, les chercheurs tenteront de prédire les comportements des populations futures.

Un système léger sur rail (SLR) sur le nouveau point Champlain, le prolongement des lignes de métro bleue, jaune et orange, un tramway jusqu’à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, un service rapide par bus sur les grandes artères de la ville, mais aussi des pistes cyclables, l’accroissement du parc de véhicules électriques et des prolongements d’autoroutes… Les nombreux projets de développement de transport qui sont sur les planches à dessin ont-ils le potentiel de rendre la ville meilleure pour la santé ?

C’est la question à laquelle tenteront de répondre des experts qui mèneront un exercice de modélisation sur le Montréal du futur.

« Ce que je me demande, c’est si on va vraiment changer les choses avec ce qu’on planifie. A-t-on vraiment réfléchi à la ville de demain ? Est-ce que les décideurs ont en tête les gains de santé ? »

La chercheuse Audrey Smargiassi réfléchit tout haut aux impacts du projet de recherche d’envergure dont elle entretient Le Devoir depuis une heure. Elle et son collègue Patrick Morency, tous les deux professeurs à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, sont arrivés à vélo à notre point de rendez-vous dans le Quartier des spectacles. Les chantiers sont nombreux ici. Les tours poussent, et des milliers de personnes sont appelées à venir habituer le quartier ou à y travailler dans les années futures.

« Il y a des projets de transport et d’aménagement de milliards de dollars qui nous lèguent une forme de ville. Ce qui importe, ce ne sont pas les petits chantiers, ce sont les gros projets qui structurent la ville, avec la place qu’on laisse ou non pour l’automobile », explique Patrick Morency.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La chercheuse Audrey Smargiassi et son collègue Patrick Morency, tous les deux professeurs à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, sont arrivés à vélo au point de rendez-vous donné par «Le Devoir», dans le Quartier des spectacles.

Les chercheurs vont modéliser différents scénarios à l’horizon de 2031 et de 2060 pour toute la grande région de Montréal. « Le statu quo est un scénario. La réalisation de tous les projets qui sont actuellement financés en est un autre. Celle de tous les projets sur les planches à dessin, un autre. Puis il y a des scénarios de rupture, par exemple, que se passe-t-il si le prix de l’essence double ? » explique Patrick Morency, qui est aussi médecin à la Direction de santé publique de Montréal.

Trois autres chercheurs sont impliqués, soit Naveen Eluru et Marianne Hatzopoulou, des experts en ingénierie de l’Université McGill, ainsi que Catherine Morency, professeure à Polytechnique Montréal et experte de la modélisation en transport.

Les données en renfort

Comment les chercheurs arriveront-ils à modéliser la ville du futur, selon plusieurs scénarios ?

Ils utiliseront d’abord des données démographiques pour savoir combien de personnes habiteront la région métropolitaine, et déterminer où elles risquent de s’installer. Ils doivent également recenser les projets immobiliers majeurs. « Si des milliers de personnes s’installent dans Griffintown plutôt qu’à Terrebonne, ça n’a pas la même incidence en matière de transport », explique Patrick Morency.

« En deuxième lieu, on va se demander où ces gens vont aller travailler et faire leur magasinage », ajoute-t-il. Ce sera une deuxième couche de données.

Ensuite, quelles seront les infrastructures de transport du futur ? Réseau routier, transport cyclable, infrastructures pour les piétons, voies de bus réservées… Les chercheurs feront un effort de recensement des projets, notamment avec des informateurs clés, d’autres données qui seront avalées dans les modèles.

À partir des différentes couches de données, les chercheurs tenteront de prédire les comportements des populations futures. « Si les gens choisissent leur auto, nous allons distribuer des volumes de voitures sur les routes. Selon la distance à parcourir, l’âge, le sexe, on peut aussi prédire l’utilisation du transport en commun », explique Audrey Smargiassi.

Ils pourront aussi tenir compte, dans les quelques scénarios qu’ils imagineront, de l’impact d’une hausse du prix de l’essence, par exemple.

De nombreux effets

En quoi un premier scénario, où des autoroutes nouvelles voient le jour vers des banlieues toujours plus lointaines, influencerait-il différemment la santé des Montréalais d’un autre scénario où on densifie la ville tout en transformant les artères principales pour faire de la place au transport en commun, aux vélos et aux piétons ?

Le transport influence la santé de plusieurs manières, explique Audrey Smargiassi. Il nous rend sédentaire ou actif. Il nous expose à des collisions et des traumas, mais aussi au bruit et à la pollution.

« On sait déjà que l’utilisation du transport collectif peut permettre d’atteindre les seuils d’activité physique recommandés, dit le Dr Morency. Mais combien ça prend de projets de transport collectif pour que la population atteigne les recommandations ? » demande-t-il.

Sans compter les effets collatéraux. « On a 20 fois moins de risques de collision comme passager d’autobus que comme automobiliste, illustre le chercheur. Mais si on augmente significativement le nombre de piétons sur les rues, ils bougent plus, mais on augmente aussi les risques de trauma, car il y a plus d’occasions de collision. »

« Nous allons aussi regarder les impacts sur la santé des émissions de polluants », ajoute Mme Smargiassi. Des « cartes du bruit » seront aussi générées, car ce dernier a des effets connus sur la santé, dont le système cardiovasculaire.

Finalement, les chercheurs collaborent aussi avec le consortium Ouranos, qui a participé au financement du projet tout comme les Instituts de recherche en santé du Canada et le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie, pour un total de 600 000 $. Les experts modéliseront les futures émissions de gaz à effets de serre associés aux différents scénarios.

Une telle quantité de données sera générée que le projet devra compter sur la puissance des ordinateurs de Calcul Québec.

« Notre objectif est de voir l’ampleur de la réduction des problèmes de santé publique et leur répartition en fonction des différents scénarios », résume Patrick Morency.

« L’idée, c’est d’influencer les décisions politiques qui vont avoir un impact pour les années à venir », ajoute sa collègue.

8 commentaires
  • Gaétan Fortin - Inscrit 19 juillet 2016 08 h 04

    UN LSR !

    Un Rail System, n'est-ce pas un «train», un «matériel» léger.
    Je sais, la traduction mot-à-mot est maintenant la règle -
    Et cela, c'et la règle depuis que les logiciels de traduction
    dispensent nos fonctionnaires (fédéraux, surtout) ne
    connaître la langue.

    Comme ce «sécuritaire» qui remplace partout le «sûr».

    Oui, un peu irrégulier ce message. Mais trop, c'est trop.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 juillet 2016 08 h 34

      Je suis d'accord avec vous, monsieur Fortin. Les pires anglicismes ont l'air de français.

  • Jean Richard - Abonné 19 juillet 2016 08 h 46

    Montréal piétine et souvent recule

    « l’accroissement du parc de véhicules électriques et des prolongements d’autoroutes » – Tout est dit dans ce bout de phrase.

    Québec rêve de devenir une Alberta, une Alberta où le pétrole serait remplacé par l'électricité, et cette profession de foi envers ce modèle l'amène à miser sur la voiture électrique, qui deviendra une grande consommatrice d'électricité, comme elle est actuellement une grande consommatrice de pétrole. Hélas, Québec ne se rend pas compte qu'il y a là une forme de suicide économique. La profession de foi envers le transport motorisé individuel continuera à faire sortir du Québec des milliards de dollars, et même plus qu'avec les voitures actuelles au pétrole.

    Bref, le modèle retenu par Québec pour Montréal n'affiche pas la moindre rupture avec ce qu'on fait actuellement : des transports majoritairement individuels et énergivores, et un aménagement du territoire qui mise sur une banlieue extensible à l'infini.

    Et la santé dans tout ça ? On doit se poser la question suivante : qu'est-ce qui affecte le plus la santé humaine quand il est question de transport ? La réponse pourrait contenir les éléments suivants : le bruit, le stress, l'augmentation de la température dans les villes et la qualité de l'air. Les partisans de la voiture électrique mettront, avec erreur, la qualité de l'air au sommet des facteurs d'agression. Or, c'est probablement le moindre. Si le parc automobile était, comme en Europe, majoritairement diesel, on pourrait voir les choses autrement, mais ici, le diesel, c'est affaire de poids lourds et... d'autobus. La priorité en matière d'électrification devrait être accordée aux véhicules diesel. Ce n'est pas le cas : ils sont au contraire les derniers sur la liste.

    Une ville plus propre et plus saine ne peut pas passer par « l’accroissement du parc de véhicules électriques et des prolongements d’autoroutes ». On peut déjà parier que ce constat fera partie des conclusions d'une étude sérieuse sur le sujet.

    • Daniel Grant - Abonné 20 juillet 2016 12 h 14

      M. JeanRichard, il vaut mieux faire profession de foi envers des solutions d’avenir que de dire amen aux chantres du “drill baby drill”

      Quand on est drogué au pétrole ou gaz !!naturel!! (de fracturation) on ne regarde pas trop la provenance de notre dose quotidienne et c’est facile de dire amen à ces marchands de doute qui aiment torpiller les Véhicules Électriques VE.

      Heureusement que les énergies renouvelables progressent même pendant que le prix du pétrole est bas (le solaire est déjà moins cher que le gaz).

      Le pire qui peut arriver quand on “croit” aux solutions propres de la NASA et les vrais scientifiques est de léguer un environnement en Air propre, en Eau potable, en Terre non-toxique, en Faune et Flore saine et de vivre une croissance économique fondée sur les énergies renouvelables du 21 ième siècle.


      Le suicide économique est déjà en place M. JR avec les millions que les pétrolières investissent (où une partie de nos taxes y passent) pour nous faire croire que nous n’avons pas le choix de continuer dans notre dépendance au pétrole et de faire obstacle aux solutions dont fait parti le VE que vous aimez tant torpiller dans tous vos commentaires, ou donner des solutions qui ne sont réalisables que dans plusieurs décennies, ou de proposer des études par dessus études, le temps d'extraire le pétrole extrême jusqu'à la dernière goute.

  • René Lefèbvre - Inscrit 19 juillet 2016 10 h 39

    Babel 2016

    Toutes les grandes villes du monde sont devenues des tumeurs où les gens s'entassent les uns sur les autres comme des sauterelles. Ces centaines de millions de citadins sont les nouveaux misérables d'aujourd'hui, car ils n'ont plus de vie, à moins d'habiter Westmount. Ainsi, on peut clairement constater que Babel est pour aujourd'hui et non pas il y a des milliers d'années.

    Les habitants de Babel doivent toujours payer de plus en plus d'argent pour y habiter, et doivent s'entasser dans des logements de plus en plus réduits, dans des gratte-ciels de plus en plus hauts, presque dans les nuages, tout comme en Babel. Montréal ne fait pas exception à ce qui précède, car les architectes urbains semblent avoir été inspiré par les mêmes modèles partout dans le monde.

    Ceux qui croient que les grandes villes du monde d'aujourd'hui sont le modèle du futur sont aveugles et ne réalisent pas que cette voie est déjà invivable pour la majotiré de ces familles urbaines vivant les unes sur les autres. Ce modèle basé sur l'utilisation de la voiture ne peut plus continuer à prendre de l'expansion chaque année.

  • Denis Paquette - Abonné 19 juillet 2016 16 h 00

    le niveau des stress est déterminant pour toutes les especes

    mon opinion est que des chercheurs devrait établir une grille capable d'évaluer le niveau de stress car je crois c'est ce qui est déterminant, que savons nous de la fatigue occasionnée par les différents transports, c'est pourtant des fatigues qui ne sont pas insignifiantes meme si souvent elles passent inappercues , ma conviction est que ces niveaux augmentent continuellement, et possèdent des niveau de ruptures implicites, je me demande meme si les crisent que nous vivons actuellement n'en sont pas des conséquences, j'ai toujours pensé que le niveau de stress est déterminant pour toutes les espèces et spécialement pour les humains

  • René Pigeon - Abonné 19 juillet 2016 17 h 07

    les déplacements quotidiens entre le domicile, la garderie et le travail importent autant que le magazinage.

    « En deuxième lieu, on va se demander où ces gens vont aller travailler et faire leur magasinage ». Je suppose que la troisième couche de données sera les déplacements quotidiens entre le domicile, la garderie et le travail pour un conjoint et inversement, entre le travail, la garderie et le domicile pour l’autre conjoint.