Un débat mal engagé

L'autoroute Laurentienne en direction sud, à Québec
Photo: Malimage / Creative Commons L'autoroute Laurentienne en direction sud, à Québec

Le débat sur l’élargissement de l’autoroute Laurentienne au nord de l’autoroute Félix-Leclerc est mal engagé. Il est vrai que cet axe est congestionné aux heures de pointe. Est-ce que l’élargir permettrait de régler le problème ? Non, puisque la congestion reviendra dans quelques années à peine. En contrepartie, il est vrai que peu d’autobus y circulent. Y intégrer une voie réservée au transport en commun et au covoiturage semble un projet aux retombées discutables, du moins à court terme.

L’étalement urbain est une menace réelle au sain développement de la ville de Québec. Le développement effréné dans le nord pèse lourd dans notre incapacité à protéger la principale prise d’eau potable de la Ville. L’ajout d’une voie de circulation sur la portion nord de Laurentienne, même avec une voie réservée au transport en commun, au covoiturage et aux véhicules électriques, serait une incitation directe à s’installer toujours plus nombreux dans les communautés localisées dans le bassin versant de la rivière Saint-Charles.

Depuis une soixantaine d’années, on construit les villes du Québec en s’appuyant sur le modèle autoroutier, avec les résultats que nous connaissons aujourd’hui : coûts d’entretien des infrastructures qui explosent, coûts associés à la congestion en forte croissance, augmentation des émissions de gaz à effet de serre, sans compter les effets, nombreux, sur la santé. Tous les outils de planification dont se sont dotées la Ville de Québec, l’Agglomération et la Communauté métropolitaine de Québec appellent pourtant à un changement de paradigme et pointent vers les mêmes solutions : il faut limiter l’étalement urbain, densifier, créer la ville des courtes distances et favoriser les transports collectifs et actifs.

Le vrai problème

L’autoroute Laurentienne coupe littéralement la ville en deux, avec pour effet de limiter le potentiel de développement de certains secteurs, notamment ceux situés au sud de la rue Soumande. La Ville de Québec l’a par ailleurs identifiée depuis longtemps comme une section autoroutière devant être convertie en boulevard urbain. Et non seulement les terrains actuellement situés dans les emprises de cette autoroute présentent-ils un potentiel de construction résidentielle et commerciale élevée, mais le succès de l’écoquartier de la Pointe-aux-Lièvres et du pôle Fleur-de-Lys–ExpoCité dépend de cette conversion.

Il faut cependant se garder de négocier cette conversion au profit d’un élargissement, de quelque forme que ce soit, dans la section nord de Laurentienne. Il ne faudrait pas que ce projet au nord vienne défaire ce que l’on tente de réparer au sud.

En plein processus de consultation publique sur son schéma d’aménagement et de développement, la Ville de Québec ne peut pas laisser passer la chance de réparer cette erreur urbanistique qu’est la section sud de l’autoroute Laurentienne. Pour une fois, osons des choix ancrés dans le XXIe siècle !

1 commentaire
  • François Beaulé - Abonné 19 mai 2016 10 h 03

    Densifier les banlieues

    Pour éviter l'étalement urbain, il ne faut pas seulement densifier la ville-centre mais aussi les banlieues proches et lointaines. Pour y arriver, il faut que l'État québécois oblige des normes de densité pour toutes les nouvelles constructions.

    À défaut, les gens vont s'acheter de l'espace à bas prix en allant se construire des maisons toujours plus loin du centre. L'étalement urbain et les importantes distances à parcourir favorisent l'automobile et la demande pour des autoroutes toujours plus nombreuses et plus larges.

    La densité des constructions devient suffisamment élevée quand elle permet le développement efficace du transport en commun. Une telle densité doit être imposée par le gouvernement du Québec. Pour arriver à un ensemble cohérent, il faut agir autant, et même plus, sur l'habitat que sur les transports.