Éviter le «tape- à-l’oeil» au parc La Fontaine

Le parc La Fontaine fera l’objet d’une consultation citoyenne d’avril à août.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le parc La Fontaine fera l’objet d’une consultation citoyenne d’avril à août.

C’était le parc La Fontaine de la « belle époque », au milieu du siècle dernier : celui des amoureux en complet-cravate et robe du dimanche qui marchent main dans la main, celui des gondoles et des chaloupes qui sillonnent l’étang où trône une immense fontaine multicolore. Le parc La Fontaine comme refuge, comme lieu de rencontre, où l’on fait le plein de calme et de beauté avant de replonger dans le quotidien.

Le petit film Au parc La Fontaine, produit par l’Office national du film (ONF) en 1947, montre ce lieu mythique et romantique dans toute sa splendeur. Aujourd’hui, plus de 120 ans après sa fondation, le parc La Fontaine est à la croisée des chemins. La Ville de Montréal lance cette semaine une vaste consultation sur l’avenir de ce trésor au coeur du Plateau-Mont-Royal.

L’architecte et urbaniste Gabriel Deschambault, membre fondateur de la Société d’histoire et de généalogie du Plateau, est un amoureux du parc La Fontaine. Quand on lui demande sa vision pour l’avenir, il lance une sorte de cri du coeur : « J’ai une vision classique du parc. N’essayons pas de réaménager le parc de fond en comble. Quand on se met à trop en faire, ça finit mal, ça devient tape-à-l’oeil », dit-il sans détour.

Pour Gabriel Deschambault, la cure de jouvence du parc doit permettre de ramener l’endroit à son essence même : « Un lieu de repos où apprécier la nature, se reposer, flâner, marcher. » Un lieu romantique, quoi. Il lâche le mot, quitte à paraître un peu fleur bleue.

Cette idée de refuge, d’oasis au coeur de la cité, est derrière la création du parc La Fontaine, du parc de l’île Sainte-Hélène et du parc du Mont-Royal, les trois premiers grands espaces verts aménagés par la Ville de Montréal à la fin du XIXe siècle. Avant de devenir le parc Logan en 1889 (rebaptisé parc La Fontaine en 1901), l’endroit a hébergé une ferme puis un terrain d’entraînement pour l’armée britannique.

Une icône à restaurer

Le parc tel qu’on le connaît a connu son essor sous Émile Bernadet, qui a été surintendant des lieux entre 1910 et 1948. Il a fait aménager les premiers jeux pour enfants, la pataugeoire, le kiosque à musique, le pont rustique entre les deux étangs, le mini-zoo et surtout la magnifique fontaine lumineuse offerte en 1929 par l’entreprise Westinghouse pour promouvoir une nouvelle technologie d’éclairage.

Photo: Archives de la Ville de Montréal / CA M001 VM094-Y-1-01-D0660 Gondole au parc La Fontaine, en juillet 1970

La fontaine, « l’icône la plus importante du parc », n’est plus aujourd’hui qu’une pâle copie de l’originale, déplore Gabriel Deschambault. La cure de rajeunissement du parc devrait donner la priorité à rétablir le lustre de la fontaine, selon lui. « Il faut bien faire les choses et accepter d’y mettre le prix », estime l’urbaniste.

Compte tenu des ressources limitées et de la vocation des lieux, il recommande d’éviter les « idées de grandeur » et de rénover les équipements essentiels du parc : la fontaine, les escaliers, les sentiers et le Théâtre de verdure, notamment. Ce lieu de spectacles en plein air, inauguré en 1956, est fermé depuis deux ans parce qu’il a besoin de rénovations importantes. Le toit, le plancher et les loges du théâtre, par exemple, ont besoin d’une importante cure de rajeunissement.

« C’est stupide d’avoir fermé le Théâtre de verdure ! Rénovons le théâtre et n’essayons pas d’en faire une nouvelle Place des arts », s’emporte Gabriel Deschambault.

Ce lieu emblématique du parc La Fontaine faisait toujours « salle comble » (façon de parler, parce qu’il s’agit d’une scène extérieure) et accueillait jusqu’à 3000 spectateurs venus apprécier les concerts, les projections de film et les spectacles de danse offerts gratuitement.

La Ville envisage de démolir le théâtre et d’en bâtir un tout neuf au coût de 4,5 millions de dollars. Erreur, estime l’architecte : un bâtiment trop imposant cadrerait mal avec l’étang, la verdure et les arbres environnants, selon lui.

La sainte paix

De façon générale, les principes de prudence et de sobriété devraient guider le réaménagement du parc, fait valoir Gabriel Deschambault. Il préfère l’héritage « romantique » d’Émile Bernadet, premier surintendant du parc, à celui de Claude Robillard, qui avait « abandonné le patrimoine » pour « moderniser » et bétonner les lieux, entre 1951 et 1961.

Prudence et sobriété : par exemple, résister à l’envie de reproduire au parc La Fontaine les séances de tam-tam comme au parc du Mont-Royal. Résister à l’envie d’installer des chaises longues. Résister à l’envie d’aménager un quai imposant pour l’éventuel retour des gondoles et des chaloupes. Gabriel Deschambault précise : « Je dis oui aux embarcations, mais de façon discrète. »

L’enjeu, c’est le bien commun des Montréalais, notamment ceux de la classe ouvrière, qui quittent rarement l’île et ont besoin d’un havre de paix dans la ville.

La Ville de Montréal lance une consultation sur l’avenir du joyau du Plateau-Mont-Royal.


Le parc La Fontaine en cinq dates

1889 Fondation du parc Logan, ancêtre du parc La Fontaine, sur d’anciennes terres de l’armée britannique.

1910 Début de l’âge d’or du parc sous la direction d’Émile Bernadet.

1929 Inauguration de la fontaine lumineuse, cadeau de l’entreprise Westinghouse.

1951 Modernisation du parc sous la direction de Claude Robillard.

1957 à 1988 Le Jardin des merveilles, parc thématique qui abrite un mini-zoo, marque les souvenirs d’une génération.
4 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 25 avril 2016 06 h 55

    Je ne trouve pas que Montréal est une belle ville ....

    par contre, ses parcs quand ils sont bien entretenus, sont intéressats, reposants et inspirants. Montréal a plusieurs parcs de grande superficie et cela fait d'elle une ville très intéressante.

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 25 avril 2016 07 h 00

    Quoi faire?

    Restaurer et préserver. Surtout, ne pas dénaturer cette oasis au coeur de la ville.

  • Louis-Philippe Tessier - Abonné 25 avril 2016 09 h 01

    Entretien

    C'est de l'entretien qu'il faut. Tout comme au Parc Jean-Drapeau, l'entretien de base: peinture, réparation des équipements et ramassage des déchets laissent à désirer malgré la présence permanente d'employées de la ville.

  • Jacqueline Rousseau - Abonnée 25 avril 2016 09 h 51

    Merci Gabriel Archambault !

    Les sentiers et les escaliers délabrés laissés à l'abandon depuis trop longtemps .
    La pelouse non protégée est pelée un peu partout .
    Un parc qui mérite de retrouver sa beauté originale .
    Merci monsieur Archambault de souligner la réalité et les besoins du Parc Lafontaine .
    Vous avez mon appui .