Bilan saisonnier du réseau blanc

À Montréal, le réseau cyclable de 680 kilomètres est ouvert et entretenu du 1er avril au 15 novembre.
Photo: Jacques Nadeau le Devoir À Montréal, le réseau cyclable de 680 kilomètres est ouvert et entretenu du 1er avril au 15 novembre.

Le soleil se fait moins timide, les journées allongent, tranquillement, la belle saison reprend ses aises. Avec elle, les portions endormies du réseau cyclable redeviennent praticables. Et bien que l’hiver ait été plutôt clément, l’heure est maintenant au bilan.

Mathieu Séguin enfourche son vélo tous les jours depuis quatre ans. Beau temps, mauvais temps, rien — ou presque — ne l’a encore convaincu de troquer son deux-roues pour un autre mode de transport. Depuis ses premiers coups de pédaliers hivernaux, le jeune homme a vu les choses évoluer, autant sur le terrain que dans les mentalités. « La communauté de cyclistes d’hiver grandit chaque année, les perceptions changent, les élus multiplient les annonces, ça bouge, lance le porte-parole de la Coalition vélo de MontréalLa Ville gagnerait à raffiner ses techniques et à s’inspirer de ce qui se fait ailleurs, mais, globalement, les choses se sont bien déroulées cet hiver. Après, est-ce que c’est en raison des plans municipaux ou de la température, c’est parfois difficile à dire. »

Effort de concertation

À la Ville de Montréal, Marc-André Gadoury, responsable des dossiers vélo au sein de l’administration Coderre, estime que l’entretien du réseau quatre saisons s’est tout de même bien déroulé. « Ce n’est pas parfait, c’est certain, concède l’élu de Rosemont–La Petite-Patrie, citant notamment le cas de la piste de la Côte-Sainte-Catherine dont le déblaiement s’est fait de manière plutôt sporadique tout au long de l’hiver. Mais, dans l’ensemble, il y a eu un réel effort de concertation de la part des arrondissements pour que le déneigement des voies cyclables se fasse au même rythme que celui des rues. »

1 %
C’est la part du budget d’entretien hivernal de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal dédié à la mise en place d’un réseau quatre saisons. À titre indicatif, le budget total est estimé à environ 8 millions.

Source : Arrondissement Plateau-Mont-Royal

Pour améliorer l’expérience des usagers sur le terrain, le conseiller municipal assure qu’il souhaite être plus à l’écoute de la communauté cycliste qui arpente le réseau au quotidien. Pour y arriver, deux sous-comités vélos — un sur les vols et un autre consacré à la sécurité et aux aménagements — seront mis sur pied dans les prochaines semaines afin d’aller recueillir les avis à la source. « L’objectif est d’aller chercher une expertise spécifique de la part d’organisations bien établies, mais aussi auprès de groupes citoyens comme Une porte, une vie, pour savoir quelles actions doivent être mises en place en priorité. »

Des idées au terrain

Dans l’ensemble, les cyclistes interrogés reconnaissent les efforts déployés par la Ville, mais sont convaincus qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que Montréal puisse réellement se targuer d’avoir un réseau quatre saisons digne de ce nom. « Malheureusement, ce qu’on voit c’est surtout un effort de communication important, mais très peu d’action sur le terrain, précise Laurent Deslauriers, cycliste invétéré depuis une dizaine d’années. Mais le rôle de la Ville est d’aller au-delà des beaux discours et de s’assurer que les gens puissent utiliser leur mode de transport. »

680 km
C’est le nombre de kilomètres du réseau ouvert et entretenu du 1er avril au 15 novembre. En comparaison, le réseau quatre saisons fait environ 395 km.

Source : Ville de Montréal

« À Montréal, nous n’avons pas de réseau cyclable, renchérit René Pruneau. Nous avons des tronçons cyclables, un réseau troué. Il manque des segments importants pour passer d’un quartier à un autre. » Un rapide coup d’oeil à la carte du réseau suffit pour confirmer ce que le cycliste avance. Ici et là, des pistes disparaissent, refaisant surface quelques kilomètres plus loin.

Malgré l’effort de concertation décrit par Marc-André Gadoury, il demeure de nombreuses disparités entre les différents secteurs de la ville. « Je réfléchis tout haut, mais ultimement, une vraie centralisation de ce service serait peut-être nécessaire, avance prudemment Marianne Giguère, porte-parole en matière de vélo pour Projet Montréal. Voire une équipe de cols bleus vraiment spécialisée et dédiée à l’entretien du réseau cyclable durant l’hiver. Un peu comme ce qui se fait pour la signalisation et l’affichage. Tant qu’on va laisser ça entre les mains des arrondissements qui, malheureusement, n’y croient pas tous avec la même intensité, le réseau quatre saisons demeurera un beau souhait. »

Déneiger les abords du canal

Bien qu’aucune promesse n’ait été faite, les projets de réfections des canaux historiques, annoncés cette semaine par la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, ont laissé planer l’espoir que la piste du canal Lachine pourrait à terme être entretenue toute l’année, ce qui est régulièrement demandé par la communauté du Sud-Ouest. Ce tronçon permettrait à plusieurs dizaines de cyclistes de se rendre plus facilement au centre-ville chaque jour.

Déneigement citoyen

Impatients de pouvoir enfourcher leur vélo, de nombreux cyclistes de Québec, pelles et balais à la main, ont pris les grands moyens samedi matin, entreprenant de nettoyer eux-mêmes le réseau cyclable. Symbolique, cette mobilisation est un plaidoyer citoyen pour que l’ouverture des pistes soit devancée par l’administration municipale. À l’heure actuelle, la Ville de Québec cesse d’entretenir les voies le 31 octobre et reprend son travail de maintenance le 1er mai, un mois après l’ouverture du réseau montréalais.

Durant la saison froide, les cyclistes québécois ont peu d’options s’ils souhaitent étirer leur saison cyclable, le réseau blanc de la capitale nationale étant quasi inexistant. Pour se rendre de chez lui, dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste, jusqu’à son lieu de travail dans Sainte-Foy, Samuel Gagnon doit emprunter quelques boulevards très achalandés. « Ce qu’il manque à Québec — et sans doute partout ailleurs —, ce sont des infrastructures qui répondent vraiment aux besoins des usagers, précise l’un des responsables de la Coop Roue-Libre. Ce qui empêche les gens de faire du vélo toute l’année, ce n’est souvent ni le froid ni la neige, mais plutôt le fait qu’ils ont l’impression que c’est dangereux. Donnez-leur un réseau sécuritaire et prévisible, et vous allez voir qu’ils seront beaucoup plus à enfourcher leur bicyclette 365 jours par année. »

Au rythme du fleuve

Catherine Marcil vit à Rimouski depuis l’automne dernier. Cycliste hivernale depuis trois ans, elle n’a pas cru bon d’arrêter lorsqu’elle a emménagé dans le Bas-du-Fleuve. Et elle n’est pas la seule à préférer sa monture métallique à la voiture pour faire ses déplacements quotidiens. Une piste qui longe le fleuve Saint-Laurent est même déneigée tous les jours. « Étonnamment, c’est presque plus facile ici, avance la jeune femme. Il y a moins de trafic, les voies sont plus larges, c’est vraiment moins stressant. Plus encore, on dirait que les automobilistes sont plus prudents. Peut-être parce qu’ils sont moins habitués à voir des cyclistes sur les routes l’hiver. »

À qui la piste?

Comme les trottoirs, les voies cyclables sont réservées à certains usagers de la route. En vertu du règlement municipal RCG-043-1, en vigueur sur l’ensemble du territoire montréalais depuis le 3 mars 2016, seuls les utilisateurs de bicyclette [y compris celles munies d’un petit moteur électrique], de patins à roues alignées, de fauteuil roulant, de triporteur et de quadriporteur peuvent circuler sur une piste cyclable. Les scooters, qu’ils soient électriques ou à moteur, n’y sont pas admis. Nouveauté cette année : les amateurs de planches à roulettes pourront, eux aussi, circuler sur les pistes en site propre.

Exit donc les piétons et les joggers. Ces derniers doivent demeurer sur le trottoir sous peine de recevoir une amende. De leur côté, les usagers des pistes n’ont pas le droit de rouler sur le trottoir. À noter que rien n’oblige toutefois les cyclistes à limiter leur trajet au réseau cyclable, ils peuvent, sans contrainte, circuler dans la rue.