Entre le coeur et la raison avec Richard Bergeron

Richard Bergeron au volant du dernier modèle de la Tesla présenté au Salon de l’auto de Montréal
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Richard Bergeron au volant du dernier modèle de la Tesla présenté au Salon de l’auto de Montréal

Richard Bergeron ne possède plus de voiture depuis 33 ans. Ce n’est toutefois pas parce qu’il ne les aime pas, au contraire. À l’occasion de la 48e édition du Salon international de l’auto de Montréal, Le Devoir s’est entretenu avec lui au milieu des nouvelles venues qui prendront bientôt la route. Entrevue en mouvement.​

« Ostie qu’elle est belle ! » lance sans ambages Richard Bergeron. Devant lui, une rutilante Lincoln MKX trône à l’entrée du dernier étage du Salon de l’auto de Montréal. Tout autour, l’endroit grouille de monde. Partout, des modèles flambant neufs exposent les nouvelles tendances qui feront bientôt leur apparition sur les routes. « C’est impossible de ne pas reconnaître toute l’expertise qui se cache derrière les voitures, affirme le conseiller municipal en embrassant du regard la dizaine de véhicules qui occupent l’espace. Savez-vous pour qui travaillent les meilleurs ingénieurs, designers et plasticiens du monde ? Pour l’industrie automobile, et ces gens créent de fabuleux objets. »

Malgré sa passion évidente pour les voitures, Richard Bergeron ne se souvient plus de la dernière fois qu’il a mis les pieds au Palais des congrès dans le cadre du Salon de l’auto. « C’était avec un autre journaliste, ça c’est certain », laisse-t-il tomber en riant. Plus encore, il a « renoncé » à avoir une voiture à lui en 1983. Et même l’arrivée sur le marché des modèles électriques n’aura pas réussi à le faire flancher. « Je n’ai pas renoncé à la voiture, mais à la dépendance à l’auto ! Et de toute façon, en ville, je leur préfère de loin la marche ou le vélo », affirme celui qui a sillonné, été comme hiver, les rues de Montréal pendant plus de 17 ans. Depuis qu’il habite au centre-ville, à quelques minutes à peine de l’hôtel de ville, c’est toutefois à pied qu’il effectue la plupart de ses déplacements.

Et lorsque le travail ou le plaisir le force à se rendre plus loin, il loue. « Des autos rêvées qui demeurent un rêve, ça n’existe pas pour moi, explique-t-il, tout sourire. Quand je dois louer, je magasine ! Je fais le tour des concessionnaires avec lesquels je fais affaire et je choisis le modèle qui me plaît. C’est l’avantage de ne pas posséder de voiture, je peux toutes les tester. » C’est de cette manière que l’ancien chef de Projet Montréal a pu mettre à l’essai la Leaf de Nissan dès ses débuts et qu’il a pu faire vrombir le moteur d’une luxueuse Cadillac lors d’un rapide aller-retour Québec-Montréal. « J’ai besoin d’une voiture environ dix fois par année, précise-t-il. C’est donc dix voitures différentes par année et ça me coûte à peine 1000 $. La plupart des gens sont condamnés à conduire tous les jours le char qu’ils ont décidé de louer pour quatre ans ou pire, qu’ils ont acheté. Moi, je me fais plaisir. »

Paradoxe

 

Au Salon de l’auto, ce sont plus de 500 modèles qui sont présentés au public. Et c’est avec enthousiasme que Richard Bergeron les découvre, les admire, pour mieux les décrire ensuite à la journaliste néophyte qui l’accompagne. « Vous voyez ce modèle ? C’est La Ferrari, elle est magnifique… Mais elle vaut 1,7 million de dollars américains. La 488 GTB — qui remplace la 458 Italia, ma voiture de rêve — est un peu plus abordable », indique-t-il dans un éclat de rire, tout en désignant un autre modèle du constructeur italien.

L’homme politique sait bien que son amour pour les coupés sportifs et autres bolides motorisés en fait sourciller quelques-uns, mais pour lui le paradoxe n’est pas là. « Ce qui n’a pas de sens, c’est le fait qu’on vende des voitures qui peuvent rouler à plus de 300 kilomètres à l’heure dans des villes où il y a des zones de 30, déplore-t-il. Ce qui est absurde, c’est que, comme société, on soit indifférent au fait qu’une industrie fasse miroiter un rêve impossible où la vitesse et la puissance prennent toute la place. Et après on s’étonne que des jeunes se tuent au fond d’un rang au milieu de la nuit ? »

L’idéal serait de créer des espaces encadrés et sécuritaires destinés à utiliser ces modèles à leur plein potentiel. « Le risque existe parce qu’il y a un interdit qui ne demande qu’à être contourné, soutient-il. Tout le plaisir de posséder ce genre de véhicule réside dans la partie défendue. » Selon lui, si les gens avaient un endroit où « s’éclater pour vrai », les rapports sur les routes prendraient une tout autre allure. « Et je serais le premier à y aller », assure-t-il, le regard brillant.

Électrique et autonome

 

En arpentant les allées achalandées du Salon, Richard Bergeron décrit avec passion sa ville de rêve, cette vision urbaine où les voitures ne seraient plus reines. « On ne peut pas détester les autos, soutient-il. Mais il faut être conscient qu’elles nous empêchent d’avoir la ville qu’on souhaite. On mérite d’habiter dans une ville plus verte, plus sécuritaire et plus belle. »

À son sens, c’est la voiture autonome, intégrée au réseau de transport en commun, qui sera la pierre angulaire de la cité qu’il se plaît à imaginer. Les véhicules intelligents mèneront, selon lui, à une diminution du nombre de voitures en circulation. « Actuellement, nos villes parlent aux automobilistes, sont pensées pour eux, insiste-t-il. L’autonomisation des véhicules va complètement changer nos façons de concevoir l’urbanité parce que ce serait bête d’être propriétaire d’un de ces engins. Ça nous permettra de redonner aux autres usagers la place qui leur revient. »

Une possible intervention politique contre la mise en marché d’un modèle complètement autonome est la seule ombre à son tableau. « C’est toujours l’inquiétude, laisse-t-il tomber. Surtout que, lorsqu’on parle de voitures et de planification urbaine, tout est politique ! »

Espoir de changement

 

L’urbaniste est donc bien conscient que ses rêves ne se concrétiseront pas demain, mais il demeure convaincu d’être dans la bonne direction. Déjà, le chemin de l’électrification des voitures est, à son sens, tout tracé, la révolution amorcée par Tesla ayant ouvert la voie à suivre. « D’ici deux ans, tous les constructeurs seront capables d’offrir un modèle avec environ 350 kilomètres d’autonomie, explique-t-il avec assurance. Et ce n’est pas parce qu’on va manquer de pétrole, mais tout simplement parce qu’on est rendus là. C’est ce que le public veut. » Et selon lui, il ne fait pas de doute que les infrastructures destinées à la recharge vont rapidement suivre la cadence.

Plus encore, il constate depuis peu un ralentissement de la croissance du parc automobile par rapport à celle de la population, chose qu’il n’avait jamais vue auparavant. Selon les derniers chiffres qu’il a entre les mains, il y aurait même un recul de la motorisation sur l’île de Montréal. « J’y crois, moi, à cette nouvelle génération qui aborde sa mobilité différemment, affirme-t-il avec optimisme. Ça fait plus de 20 ans que j’attends ça et, là, je pense que ça commence réellement à bouger. »

1906
La première exposition d’automobiles à Montréal remonte au 21 avril de cette même année. C’était il y a 110 ans.

Source : Archives de Montréal
80%
C’est la proportion des visiteurs du Salon de l’auto qui sont des hommes.

Source : Salon International de l’auto de Montréal
400 000
C’est environ le nombre de véhicules automobiles neufs vendus chaque année au Québec.

Source : Statistique Canada


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