Un réseau cyclable quatre saisons qui rend frileux

Amoncellements glacés en bordure de rue, épandages d’abrasif insuffisants et bandes cyclables carrément oubliées, toujours enfouies sous la neige, sont quelques-unes des critiques soulevées par les cyclistes urbains.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Amoncellements glacés en bordure de rue, épandages d’abrasif insuffisants et bandes cyclables carrément oubliées, toujours enfouies sous la neige, sont quelques-unes des critiques soulevées par les cyclistes urbains.
Accumulation de neige sur les bandes cyclables, pistes impraticables et dangereuses plaques de glace, le réseau quatre saisons officiel rend frileux bon nombre de cyclistes hivernaux. Et en dépit des bonnes intentions de la Ville de Montréal, qui se targue de déneiger plus de 60 % de son réseau, certains cyclistes lui préfèrent la rue, même si cela implique de partager la chaussée avec les automobilistes.


Ils sont de plus en plus nombreux à enfourcher leur vélo tous les jours de l’année, beau temps, mauvais temps. De plus en plus nombreux à attendre avec enthousiasme la saison froide, impatients de parcourir les rues enneigées de la métropole.

La Ville de Montréal affirme disposer cette année d’un réseau cyclable quatre saisons de 395 kilomètres, une affirmation qui fait sourciller plus d’un cycliste d’hiver. Interrogés plus d’une semaine après la première bordée de neige de la saison, tombée à la veille de la nouvelle année, les irréductibles du groupe Facebook « Vélo d’hiver – Montréal » en avaient long à dire sur l’état du fameux réseau quatre saisons. Amoncellements glacés en bordure de rue, épandages d’abrasif insuffisants et bandes cyclables carrément oubliées, toujours enfouies sous la neige, sont quelques-unes des critiques soulevées par ces cyclistes urbains aguerris. « Les bandes cyclables quatre saisons sont un mythe », écrit Maxime Denoncourt, multiples photos à l’appui. « La rue est nettement mieux », renchérit Gabo qui emprunte normalement les pistes de Rachel et de Côte-Sainte-Catherine pour se rendre jusqu’à l’université.

Faute de moyens

La centralisation des activités de déneigement vise à uniformiser les opérations pour l’ensemble du territoire montréalais. Sur le terrain, les choses ne se passent toutefois pas tout à fait comme prévu. « Ce n’est pas que l’idée soit mauvaise, indique Marianne Giguère, conseillère d’arrondissement dans le district De Lorimier sur le Plateau-Mont-Royal. Mais la Ville nous demande de travailler tous en même temps, sur les mêmes tâches, avec les mêmes ressources qu’avant. » Selon elle, cela empêche les arrondissements de mettre plus d’efforts là où ils jugent que c’est important. « Pour le moment, nous n’avons plus la marge de manoeuvre qui nous permettrait d’attitrer une équipe aux déblaiements des pistes cyclables comme nous le voudrions. C’est bien beau d’annoncer un réseau quatre saisons, mais maintenant il faut l’opérationnaliser et le financer. »

Des rues d’Ahuntsic jusqu’à celles du centre-ville, en passant par le Plateau, Rosemont et Hochelaga, l’allure des pistes change toutefois à mesure que les cyclistes hivernaux déambulent dans la ville. Et si certains quartiers arrivent à déneiger leurs pistes au même rythme que les rues riveraines, d’autres peinent à maintenir la cadence. Ainsi, les cyclistes empruntant la piste de la Côte-Sainte-Catherine dans Outremont ont dû attendre plus d’une semaine avant de voir la neige retirée de la zone réservée au vélo. Considérée comme prioritaire, au même titre que l’importante artère qu’elle longe, cette piste aurait dû être déblayée au tout début des opérations. L’arrondissement et l’administration Coderre ont toutefois assuré qu’ils rectifieraient le tir lors de la prochaine tempête.

Les exemples venus d’ailleurs

« Le problème est pluriel, renchérit Marc Jolicoeur, directeur de la recherche à Vélo Québec qui s’est chargé, en 2013, d’élaborer un catalogue d’idées pour faciliter la pratique du vélo toute l’année. L’équipement actuel n’est pas nécessairement adéquat pour ce genre de manoeuvre et les techniques employées sont à revoir. » Selon lui, Montréal gagnerait à s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. « Pas besoin d’aller loin. Il suffit de regarder ce qui se fait à Ottawa ou, même, à Québec ! »

Ainsi, même si le réseau blanc de la capitale nationale est quasi inexistant — douze kilomètres, tout au plus —, les méthodes de déneigement préconisées seraient plus efficaces pour les cyclistes que celles déployées à Montréal. « L’un des problèmes souvent soulevés est que la neige est repoussée en bordure de rue en attendant d’être chargée, précise-t-il. À Québec, ils ont réglé ce problème et déblayent les deux côtés d’une même voie simultanément. »

Une mise à niveau de l’équipement ne serait également pas de trop, soutient Marianne Giguère, responsable des dossiers vélos pour l’opposition officielle montréalaise. « On pourrait s’inspirer de ce qu’ils ont à Ottawa, par exemple, dit-elle. Les machines là-bas sont munies d’une pelle à l’avant et d’une brosse à l’arrière. Pour déneiger les pistes cyclables, c’est ce qu’il y a de plus fiable parce que ça permet d’enlever ce qu’il reste de neige. » Sans cela, c’est cette neige qui, à force de gel et de dégel, se transforme en une mince et traîtresse couche de glace.

Repenser le stationnement

François Démontagne a eu une bien mauvaise surprise l’an dernier lorsqu’il a voulu récupérer sa bicyclette. Laissée dehors, tout près de chez lui, accrochée à un poteau de stationnement muni d’un anneau désigné, la frêle monture avait été happée par une chenillette, ces petites déneigeuses qui permettent, entre autres choses, d’entretenir les trottoirs. Il lui a été impossible de remettre son vélo, tout tordu, en état. « J’habite sur le Plateau, dans un appartement au deuxième étage, je n’ai pas d’espace pour rentrer mon vélo tous les jours. Je pensais qu’il était en sécurité. » Le cycliste a bien tenté de se faire dédommager par la compagnie mandatée pour déneiger cette portion du quartier, sans succès.

« Les cyclistes ont malheureusement la responsabilité d’entreposer leur vélo à un endroit qui n’entrave pas les opérations de déneigement », explique Marianne Giguère, de Projet Montréal. Car au-delà de l’état du réseau cyclable, c’est aussi au manque d’espaces de stationnement que les cyclistes hivernaux se butent quotidiennement. De fait, une bonne partie du mobilier urbain prévu à cet effet est retiré dès les premiers jours de l’hiver. « On aura beau demander aux cyclistes de faire attention, ils sont quand même en droit de s’attendre à ce que leur véhicule soit toujours utilisable quand ils en auront besoin, précise toutefois la conseillère d’arrondissement. Si on veut continuer à promouvoir le vélo d’hiver, il faudra trouver une solution rapidement. »

Pour pallier ce manque d’espaces, un nouveau projet devrait bientôt voir le jour. Conçue par Xavier Ochs et Martin Sorensen, la BixBox devrait permettre aux cyclistes de laisser — pour de courtes ou plus longues périodes — leur bicyclette au sec dans des conteneurs recyclés en échange de quelques dollars. D’abord imaginée pour prévenir les vols, l’idée de cette boîte à vélos nouveau genre a évolué devant la forte demande, jusqu’à prendre ses traits actuels lors du Défi Vélo Mtl qui a eu lieu en novembre dernier et qui visait à améliorer l’expérience vélo dans la métropole. « Notre objectif serait d’offrir un stationnement intelligent, sous la forme de conteneurs gérés à l’aide d’une application. »

Bien qu’encore embryonnaire, la BixBox prendra forme dans les prochaines semaines puisque les deux créateurs participeront cet hiver à l’incubateur Centech de l’École de technologie supérieure. Et l’idée suscite de l’intérêt, le duo étant déjà en contact avec certains partenaires potentiels, dont la Société de transport de Montréal. Si tout se passe bien, trois prototypes devraient faire leur apparition au printemps prochain pour tester in situ les besoins des cyclistes pour l’hiver suivant.

650 km
Le nombre de kilomètres de pistes qui composent le réseau cyclable montréalais.

Source: Ville de Montréal
209,5 cm
Le nombre de centimètres de neige que reçoit, en moyenne, Montréal au cours d’une année.

Source: Environnement Canada
Conçue par Xavier Ochs et Martin Sorensen, la BixBox devrait permettre aux cyclistes de laisser leur bicyclette au sec dans des conteneurs recyclés en échange de quelques dollars.