Le transport dans l’oeil des usagers

Les citoyens d’une ville comme Montréal ont une relation privilégiée avec les transports.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les citoyens d’une ville comme Montréal ont une relation privilégiée avec les transports.

Prolongement des lignes de métro, électrification des camions et instauration de péages… Les Montréalais ont des idées plein la tête pour réduire la dépendance de leur ville aux énergies fossiles. Et la plupart d’entre elles sont dans le secteur des transports.

Lancée le 29 octobre dernier, la première phase de la consultation publique sur la réduction de la dépendance aux énergies fossiles de la métropole vient tout juste de s’achever. Ce premier coup de sonde, mis sur pied par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) d’abord à la demande des citoyens, puis sous le mandat de la Ville elle-même, permettra à l’organisme indépendant de soumettre à la délégation montréalaise qui doit prendre part à la conférence de Paris sur le climat dans quelques jours d’avoir en tête et en main un avis citoyen sur ces importants enjeux.

Sans grande surprise, la thématique des transports est celle qui suscite le plus d’idées, mais aussi le plus de réactivités. À lui seul, ce secteur génère, seulement à Montréal, près de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. « Cet intérêt marqué nous montre que c’est sans doute là qu’il y a le plus de gains à faire », indique la présidente de l’OCPM, Dominique Ollivier, en précisant que la Ville souhaite réduire ses émissions de 30 % d’ici 2030, en se basant sur les chiffres de 1990.

Relation privilégiée

Plus encore, selon le directeur de l’institut d’urbanisme de l’Université de Montréal, Franck Scherrer, c’est la relation privilégiée qu’entretiennent les citoyens avec les transports qui explique cet engouement. « Les gens se sentent interpellés lorsqu’on parle de parc automobile, de voies cyclables et d’autobus, lance-t-il, sans ambages. Ils sont les premiers à utiliser ces services, les principaux utilisateurs. » Au fil des années, de nombreux groupes militants se sont d’ailleurs formés dans ce domaine, faisant des citoyens de véritables experts de ce qui se passe sur le terrain.

Prolongation de la saison cyclable, autopartage et covoiturage 2.0, uniformisation des tarifs pour les transports en commun pour l’ensemble de la région métropolitaine sont quelques-unes des idées qui ont été soumises jusqu’à présent.

Cette expertise citoyenne comporte toutefois son lot de risques, croit ce spécialiste des consultations et débats publics. « Ces “citoyens experts” peuvent, dans une certaine mesure, faire de l’ombre à ceux qui ne s’impliquent pas, mais qui ont tout de même une expérience-terrain intéressante. »

Débat d’idées

L’OCPM n’en est pas à sa première consultation publique, loin de là. Actif depuis 2002, l’organisme indépendant a déjà mené plus d’une centaine de coups de sonde auprès de la population, de la réfection de l’ancien bain Mathieu au futur Quartier des gares, en passant par le projet du 2-22 rue Sainte-Catherine. « Depuis quelques années, on assiste à une véritable évolution de la participation publique, note Franck Scherrer. On est passés des projets locaux à des consultations beaucoup plus larges, où les tenants et aboutissants touchent plus de monde. »

À cet égard, la consultation actuelle est un exemple patent. « Ces enjeux concernent tous les Montréalais, affirme la présidente de l’OCPM. D’autant que, pour les élus, il est plus facile d’avoir de l’emprise sur certains secteurs. Mais quand on tombe dans les habitudes de vie des gens, c’est beaucoup moins évident. La consultation, c’est aussi le moment de voir ce que les citoyens, eux-mêmes, sont prêts à faire. »

Pour arriver à ses fins, l’organisme a mis sur pied une plateforme en ligne où la Ville, les entreprises, les groupes militants et les citoyens peuvent, tour à tour, prendre la parole et lancer sur la place publique leurs idées pour réduire la dépendance de la métropole aux énergies non renouvelables. Plus qu’un simple questionnaire, VertMTL s’articule autour d’un dialogue, d’un échange interactif entre les différents participants. « Le but était de donner la possibilité aux citoyens de se répondre, de réagir rapidement, un peu comme dans une vraie discussion », précise celle qui tient les rênes de l’OCPM depuis septembre 2014. Conçu un peu sur le modèle des réseaux sociaux, le portail Web permet ensuite aux participants de commenter et de voter pour les propositions soumises.

Par les citoyens

L’organisme de consultation a également décidé depuis peu d’inclure dans son plan consultatif des activités organisées par les citoyens eux-mêmes. « L’idée ici est d’offrir la chance à ceux qui n’ont pas l’occasion de se déplacer au moment de nos activités “officielles” de participer, de contribuer à la discussion, de leur côté, explique Dominique Ollivier. On peut, entre autres, penser aux femmes, aux familles avec de jeunes enfants ou aux personnes âgées. Ce n’est pas parce que nos plages horaires ne leur conviennent pas que ces gens n’ont rien à dire. » Et cette manière de faire porterait déjà ses fruits, la plupart des activités organisées dans les quartiers ayant été menées par des femmes.

Si les premiers résultats doivent partir dans quelques jours pour Paris avec le maire Coderre et les autres représentants de la métropole québécoise, la consultation se poursuit tout de même jusqu’au printemps 2016. D’ici là, la plateforme Web restera active, et l’OCPM compte tenir une série d’événements pour recueillir un maximum d’avis citoyens sur le sujet.

Un bureau montréalais pour les autobus et les vélos

La Ville de Montréal a annoncé cette semaine la création d’un bureau de projet consacré à la réalisation des mesures préférentielles pour les autobus et les vélos qui regroupera à un même endroit l’ensemble des ressources internes de la Ville qui travaillent sur ces dossiers. « Ces gens travaillaient déjà ensemble, explique Marc-André Gadoury, responsable des dossiers vélo au sein de l’administration Coderre. Mais, en les réunissant tous à la même place, nous sommes d’avis qu’il y aura une plus grande synergie. » Le principal objectif du bureau montréalais sera de mener à bien le « blitz » prévu d’ici 2017. D’ici là, Montréal entend doter le réseau d’autobus de 50 kilomètres supplémentaires par année. La Ville souhaite aussi implanter 150 km de voies cyclables d’ici 2018.
58%
La proportion qui revient aux transports dans la consommation d’énergies fossiles au Québec.

Source : Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal
60%
La proportion du total des interventions à la consultation publique qui concernent le thème du transport.

Source : Office de consultation publique de Montréal

Des idées qui retiennent l'attention

Taxer davantage les deuxièmes et troisièmes véhicules. Soumise par l’organisme sans but lucratif Villeray en transition, la proposition vise à mettre un frein à la croissance du parc automobile. Pour la même raison, le groupe citoyen a également proposé de limiter la publicité pour les automobiles.

Gérer et tarifer des espaces de stationnement. En s’inspirant de ce qui se fait ailleurs, Montréal pourrait réduire la place de l’automobile en ville en s’attaquant à la source, le stationnement dans la rue gratuit. L’idée est revenue à de nombreuses reprises au cours des échanges.

Assurer une densité à échelle humaine. Proposée à quelques reprises, notamment par le Centre d’écologie urbaine de Montréal, cette idée vise à favoriser les transports actifs et à dynamiser les espaces publics.

Favoriser le télétravail. En misant sur les technologies et en mettant en place des mesures incitatives pour les employeurs, certains emplois pourraient se faire de la maison. L’objectif serait de limiter les déplacements en voiture.


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