Plaidoyer pour un réseau cyclable à l’année

À compter du 15 novembre, alors que les premiers flocons se font parfois bien discrets, le réseau cyclable de la métropole perd une bonne partie de ses kilomètres.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À compter du 15 novembre, alors que les premiers flocons se font parfois bien discrets, le réseau cyclable de la métropole perd une bonne partie de ses kilomètres.
Malgré les arbres de plus en plus dégarnis et la nuit qui pointe son nez de plus en plus tôt, la température clémente des derniers jours a donné à Montréal des airs de printemps. D’ici à peine une semaine, des centaines de kilomètres cyclables ne seront pourtant plus praticables, soit faute d’entretien, soit parce qu’elles n’existeront tout simplement plus.​
 

Beau temps, mauvais temps, ils sont de plus en plus nombreux à enfourcher leur vélo 365 jours par année. Plus encore, à le faire tant que la neige ne couvre pas le sol. Malgré cela, tous les ans, à compter du 15 novembre, alors que les premiers flocons se font parfois bien discrets, le réseau cyclable de la métropole perd une bonne partie de ses kilomètres.

« Quand on est cycliste, le 15 novembre est un jour noir, lance tout de go Marianne Giguère, porte-parole en matière de vélo pour Projet Montréal. Ce sont des axes majeurs qui disparaissent et c’est assez dommage parce que, sur les quatre mois que dure la fermeture [soit du 15 novembre au 1er avril], il y a beaucoup de journées où le réseau est parfaitement praticable. »

Une fois les dernières feuilles tombées, les cyclistes de certains secteurs de la ville se retrouvent donc isolés et contraints d’emprunter les artères qui leur offrent plus d’espace, au détriment de leur sécurité. C’est le cas des quartiers situés aux extrémités est et ouest, mais aussi des résidents du nord de l’île qui ont, dès lors, un accès limité au centre-ville. « La disparition de l’axe de la rue Boyer, au nord du parc Laurier, rend les déplacements des cyclistes de cette portion de la ville beaucoup plus ardus, estime la présidente de Vélo Québec Suzanne Lareau. Ça les force à faire des détours ou à emprunter des rues beaucoup plus dangereuses. »

Logistique et entretien

Même si l’administration Coderre est bien consciente que la neige arrive de plus en plus tard, une date est nécessaire pour retirer une partie de l’équipement qui, lui, ne survivrait pas à l’hiver. C’est le cas, entre autres, des bollards, ces poteaux flexibles qui délimitent les pistes durant la belle saison. Sur le terrain, leur retrait entraîne toutefois bon nombre de problèmes et de frustrations, notamment parce que les automobilistes récupèrent alors ces espaces pour se stationner.

« L’idéal serait carrément de supprimer ce type d’aménagement, estime Suzanne Lareau. De toute façon, ils sont souvent plus dangereux et ne font pas une vraie séparation claire entre la voie cyclable et l’espace réservé aux automobilistes. » La présidente de Vélo Québec suggère plutôt de délimiter les voies cyclables avec des zones hachurées au sol. « Ça permettrait d’étirer la saison en fonction de la température et, au final, ce serait moins coûteux. »

Solution transitoire

La Coalition Vélo Montréal croit toutefois que, si la disparition des pistes avec bollards est souhaitable, les voies délimitées par de la peinture devraient être transitoires. « Ça prend une démarcation permanente comme une piste en site propre ou encore séparée par un terre-plein, insiste Mathieu Séguin. C’est avant tout une question de sécurité. » Ce sont d’ailleurs ces types d’aménagement qui sont maintenant priorisés lors de l’ajout de nouvelles voies, notamment parce qu’ils sont plus faciles d’entretien.

À l’heure actuelle, l’entretien du réseau incombe aux arrondissements, ce qui explique les écarts entre les différents quartiers. « La Ville ne fait aucun suivi et nous manquons de ressources pour entretenir les voies, déplore Marianne Giguère de Projet Montréal. Depuis deux ans, on nous demande d’en faire plus — ce qui est louable parce que ça veut dire un réseau plus vaste —, mais on ne nous donne pas les moyens de le faire. »

Plus encore, soutient la conseillère d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, il y a un manque criant de connaissances en matière de déneigement. « On utilise des méthodes dépassées, soutient-elle. Montréal pourrait s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. À Ottawa, par exemple, des techniques de déneigement ont été développées expressément pour les pistes cyclables. » Ces changements nécessiteraient toutefois des investissements importants.

Message clair

Au-delà de rendre les déplacements à vélo plus compliqués, le « calendrier officiel » envoie un message contradictoire, autant aux cyclistes qu’aux automobilistes, croit Suzanne Lareau de Vélo Québec. « Ils sont nombreux à délaisser le vélo une fois passé le 15 novembre, affirme-t-elle, convaincue. Repousser la date encouragerait le transfert modal ! »

Et contrairement, à ce qu’on pourrait penser, les semaines précédant les premiers grands froids sont souvent les plus difficiles. « L’hiver, tout le monde fait plus attention et, surtout, les cyclistes sont moins nombreux, avance Mathieu Séguin de la Coalition Vélo Montréal. L’automne, les conditions de route sont encore bonnes, mais les automobilistes circulent comme s’ils étaient les seuls à avoir le droit d’être là. »

« La fermeture d’une partie du réseau envoie le message que la saison est terminée, renchérit Marianne Giguère avec un léger soupir. Ça renforce l’impression que le cycliste n’a plus sa place sur la rue, n’a plus sa place dans la ville. »

Un changement de ton est tout de même notable, le maire Coderre ayant clairement indiqué son intention de faire de Montréal la capitale nord-américaine du vélo. Exit donc le réseau blanc, Montréal dispose dorénavant d’un « réseau quatre saisons ». « Notre objectif n’est pas de fermer le réseau plus tard, note Marc-André Gadoury, responsable des dossiers vélo au sein de l’administration Coderre. C’est qu’il reste ouvert tout le temps. » En ce sens, la Ville devrait dévoiler d’ici le 15 novembre, l’édition 2015-2016 de la carte de son réseau quatre saisons. Et à en croire le conseiller municipal, les ajouts devraient être substantiels.

Montréal a toutefois encore beaucoup de travail à faire pour que, sur le terrain, les cyclistes puissent réellement prendre leur place toute l’année. « Le réseau doit, non seulement être élargi, mais il doit devenir prévisible, insiste le porte-parole de l’organisme. Ce n’est pas qu’une question de vocabulaire. On a compris leur intention, maintenant il faut passer de la parole aux actes. »

Fermeture des ponts

Si elles ne disparaissent pas le 15 novembre, les voies d’accès en provenance de la Rive-Sud de Montréal ferment lorsque la neige commence à tenir au sol. La Ville de Montréal n’est pas responsable de l’entretien de ces tronçons, qui relèvent plutôt de la Société des ponts fédéraux. L’élu montréalais Marc-André Gadoury assure toutefois que la Ville fait des pressions pour qu’au moins une des voies soit entretenue toute l’année.
260 km
L’an dernier, c’était le nombre de kilomètres de pistes cyclables entretenues toute l’année. En comparaison, le réseau cyclable ouvert du 1er avril au 15 novembre fait plus de 680 km.

Source : Ville de Montréal

50 000
Le nombre de Montréalais qui affirment utiliser au moins une fois leur vélo entre décembre et mars.

Source : Vélo Québec

Problématique québécoise

Les cyclistes montréalais ne sont pas les seuls à revendiquer une prolongation de la saison cyclable. Dans la plupart des villes québécoises, les pistes disparaissent — du moins en grande partie — dès le lendemain d’Halloween, pour ne rouvrir qu’en mai. À la fin octobre, les cyclistes de la Ville de Québec ont fait des demandes claires pour que la saison soit, au minimum, prolongée jusqu’à la mi-novembre. Idéalement, il faudrait aussi que la saison débute plus tôt, soit le 1er avril. Idem à Sherbrooke où une demande semblable a été faite cet été auprès du conseil municipal. Portée par la conseillère Hélène Dauphinais, le projet pourrait se concrétiser à l’automne 2016, le temps que le règlement soit adopté.
2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 9 novembre 2015 11 h 33

    Le minimum...

    Le minium, ce serait de ne pas utiliser les pistes comme dépôt de feuilles mortes puis de neige. En fait, près de mon travail, un déneigeur privé se sert du _trottoir_ pour déposer la neige retirée du terrain de son client!

  • Maryse Veilleux - Abonnée 9 novembre 2015 20 h 28

    Une évidence

    Avec les changements climatiques le vélo et les pistes cyclables deviennent un incontournable. Que ce véhicule puisse être utilisé à l'année serait pertinent dans le cadre de la révision des modes de transport en lien avec les changements climatiques