L’austérité libérale mine la transition énergétique

Le Québec devra nécessairement investir massivement dans les modes de transports collectifs et dans l’électrification des transports individuels au cours des prochaines décennies s’il désire effectuer une transition énergétique efficace, souligne le rapport de l’IREC.
Photo: Getty Images Le Québec devra nécessairement investir massivement dans les modes de transports collectifs et dans l’électrification des transports individuels au cours des prochaines décennies s’il désire effectuer une transition énergétique efficace, souligne le rapport de l’IREC.

Le financement est le nerf de la guerre lorsqu’il est question de lutte contre les changements climatiques. Dans cette optique, les mesures d’austérité mises actuellement en avant par le gouvernement de Philippe Couillard minent l’efficacité d’une transition énergétique de plus en plus urgente dans le secteur responsable de la plus importante partie des émissions de gaz à effet de serre, à savoir celui des transports.

C’est la conclusion d’une nouvelle étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC). Selon le chercheur Gilles Bourque et son collègue chargé de projet Michel Beaulé, le Québec devra nécessairement investir massivement dans les modes de transports collectifs et dans l’électrification des transports individuels au cours des prochaines décennies s’il désire effectuer une transition énergétique efficace.

Selon l’étude qu’ils présentent, dont Le Devoir a obtenu copie et qui devrait être rendue publique plus tard cette semaine, nul besoin toutefois d’alourdir la charge fiscale de l’État pour y parvenir.

Déployées sous la forme de deux scénarios — l’un basé sur le « cours normal des affaires », c’est-à-dire reposant sur les investissements déjà prévus par les différents ordres de gouvernement, et l’autre développé autour de la transition qui pousse la réflexion un peu plus loin —, les mesures proposées pour financer ce transfert sont très variées. Parmi celles-ci, notons la bonification du système de transport collectif de la grande région de Montréal, l’électrification d’une portion de ce dernier et la mise en place de péages sur les axes achalandés permettant un accès à la métropole.

Ce second scénario propose aussi la création d’un système de bonus-malus qu’on trouve déjà dans certains pays, comme la France. « L’idée est de faire payer ceux qui consomment plus et de récompenser ceux qui le font moins, précise Gilles Bourque, sociologue économique de formation. Ce système est neutre pour les finances publiques puisqu’il n’implique pas d’utiliser des montants qu’on pourrait utiliser ailleurs. »

Selon Florence Junca-Adenot, directrice du Forum URBA 2015, même s’il est ambitieux, le scénario de la transition proposé par l’IREC demeure réaliste. « Leurs propositions se complètent, explique la spécialiste de la gestion urbaine. Contrairement à d’autres plans qui ne se concentrent que sur un aspect, celui-ci vient faire des liens entre des domaines qui fonctionnent souvent en vase clos, comme l’économie et l’environnement. »

 

Électrification des transports

Pour financer le tout, l’IREC estime également qu’il est temps que le Québec mise sur des ressources qu’il possède déjà, notamment l’hydroélectricité, qui pourrait lui permettre de se positionner comme chef de file mondial dans l’électrification des transports. « Nous avons déjà les ressources énergétiques et l’expertise pour effectuer cette transition », avance Gilles Bourque.

Au bout du compte, le Québec pourrait économiser environ 18 milliards de dollars par année en réduisant sa dépendance aux carburants fossiles. Au-delà des économies qui pourront, par la suite, être réinvesties à l’interne, le développement de cette industrie pourrait permettre la création de nombreux emplois.

Contexte politique

Selon les deux chercheurs, la population québécoise est prête à entreprendre ce virage. Le problème repose plutôt sur la vision politique actuelle, autour de laquelle s’articulent les décisions qui sont prises depuis quelques années. « Ça fait dix ans qu’on compose avec un gouvernement fédéral qui ne tient même pas compte des changements climatiques, le gouvernement québécois, avec ses mesures d’austérité n’avancera à rien et les municipalités, vous vous en doutez, ont les mains liées », énumère Gilles Bourque, avec une pointe d’agacement dans la voix. « La planète ne peut plus suivre », renchérit son collègue Michel Beaulé.

Les experts reconnaissent toutefois que leurs projections, qui s’étirent sur une quinzaine d’années, seront insuffisantes pour effectuer une transition complète. Ces dernières devront s’arrimer à un ensemble d’autres mesures, dans les secteurs de l’industrie et de l’aménagement notamment, pour réellement atteindre les objectifs fixés en matière de lutte contre les changements climatiques.

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