À l’avant-plan du développement urbain du XXIe siècle

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Photo: AMT Le Devoir

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) organise deux événements d’envergure sur le thème du développement de la région métropolitaine en octobre. Le premier est l’Agora 2015, qui se tiendra le 5 octobre, une journée au cours de laquelle sera présenté au public le rapport d’avancement du Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD). La CMM sera par ailleurs l’hôtesse, les 6 et 7 octobre, de la Conférence thématique de Montréal sur les aires métropolitaines, rencontre de portée internationale qui s’inscrit dans la préparation du Nouvel agenda urbain de l’ONU. Entrevue avec le cabinet du maire de Montréal, Denis Coderre.

Vous présidez la CMM depuis 2013, y avez-vous trouvé un lieu de concertation qui permet d’aspirer à une vision d’ensemble du développement métropolitain ?

La CMM est un organisme arrivé à maturité. Aujourd’hui, les élus des 82 municipalités du Grand Montréal travaillent ensemble, font front commun et parlent d’une seule voix. C’est d’ailleurs dans notre intérêt de nous entendre. Car c’est ensemble que nous pourrons concilier les intérêts de la région et assurer une meilleure qualité de vie à tous nos citoyens. Au fil des années, la CMM s’est donné des plans, des programmes et des stratégies, dont le Plan métropolitain d’aménagement et de développement, le PMAD. Ce travail de concertation est possible grâce à la CMM. À titre de maire de Montréal et de président de la Communauté, j’ai beaucoup d’ambition pour la CMM. Je vous rappelle que le Grand Montréal, qui compte près de 4 millions d’habitants, représente près de la moitié de la population du Québec. C’est le coeur démographique, économique et culturel du Québec. Nous devons prendre notre place parmi les grandes métropoles du monde.


Comment se traduit dans une ville comme Montréal la mise en application du PMAD ?

Cela nous a permis de réaffirmer nos choix et d’aller plus loin dans le respect des objectifs d’un développement durable. Nous avons posé des gestes concrets pour mieux protéger nos espaces verts, pour mieux planifier l’aménagement de nos quartiers, en lien avec le développement du transport collectif, et pour mieux prendre en compte les risques des interventions humaines, notamment le long du réseau ferroviaire. Concrètement, ce que le PMAD a eu comme conséquence directe, c’est l’adoption d’un nouveau schéma d’aménagement et de développement, à l’intérieur duquel on a déterminé les densités minimales moyennes, pour les zones résidentielles à développer, et adopté des mesures de protection pour les bois métropolitains.

L’Agora 2015 est un exercice public qui vise à permettre de faire état de l’avancement du PMAD. Pourquoi la participation citoyenne au développement de la région métropolitaine était-elle importante ?

S’il est encore un peu tôt pour tracer un véritable premier bilan du PMAD, on doit constater que son influence auprès des instances politiques et des promoteurs de la région est déjà importante.

Je souligne que l’Agora représente un important exercice de participation citoyenne. C’est une occasion unique pour s’informer, échanger et proposer des idées quant à la mise en oeuvre du PMAD. L’Agora est également l’occasion de rappeler que le PMAD n’est pas uniquement le plan des élus ou celui de l’administration : c’est notre plan à nous tous, citoyennes et citoyens du Grand Montréal.

Je les invite d’ailleurs à consulter le rapport de monitoring 2015 sur le site Web de la CMM. Il brosse un bilan documenté de la mise en oeuvre du PMAD, qui compte une vingtaine d’initiatives mises en place au cours des deux dernières années, en ce qui concerne notamment les projets de type TOD ou Transit-Oriented Development [développement axé sur le transport en commun], le développement de la zone agricole, la mise sur pied d’un premier axe du Réseau vélo métropolitain et les différents projets de protection et de mise en valeur de la Trame verte et bleue du Grand Montréal.

Cette deuxième édition de l’Agora métropolitaine sera aussi l’occasion de réfléchir sur la façon dont nous pouvons aller plus loin dans la mise en oeuvre du PMAD.

Montréal sera aussi bientôt l’hôtesse d’une rencontre de portée internationale portant sur le développement des régions métropolitaines. Comment s’inscrit la Conférence sur les aires métropolitaines dans le programme Habitat III de l’ONU ?

Les régions métropolitaines sont en forte croissance sur tous les continents. Elles jouent un rôle d’importance à l’échelle nationale et internationale et sont des lieux propices à l’innovation et aux échanges. Elles permettent d’arrimer le local au global et de relever les défis d’aujourd’hui.

Si les enjeux sont souvent internationaux, c’est pourtant à l’échelle locale, régionale et métropolitaine que résident la plupart des solutions en ce qui concerne la gestion de l’énergie, la protection de l’environnement, la planification des transports, la sécurité publique, la lutte contre la pauvreté et l’itinérance, etc. Le palier local, régional et métropolitain devient donc important et stratégique pour planifier et gérer le développement. Et vu l’augmentation des populations urbaines, la tendance est mondiale.

La Conférence thématique de Montréal sur les aires métropolitaines a été sélectionnée par le Secrétariat d’Habitat III pour être l’une des onze réunions thématiques et régionales préparatoires à la troisième conférence des Nations unies sur le logement et le développement urbain durable qu’est Habitat III et qui se tiendra à Quito en 2016. C’est dans la capitale de l’Équateur que sera adopté le Nouvel agenda urbain, qui sera la feuille de route des États membres de l’ONU pour établir leurs politiques urbaines au cours des 20 prochaines années. La Conférence thématique de Montréal sur les aires métropolitaines, organisée par la CMM, est donc la contribution de Montréal à Habitat III.

Quelle est l’importance pour Montréal d’accueillir cet événement ?

La Conférence thématique de Montréal sera l’occasion de discuter d’un projet de déclaration visant à faire reconnaître la contribution significative des aires métropolitaines dans le développement de nos sociétés et dans l’atteinte des objectifs de développement durable. C’est également l’occasion de réaffirmer le rôle important du Grand Montréal sur la scène internationale.

Avec notre participation active au sein d’organisations telles que l’Association mondiale des grandes métropoles (Metropolis), Cités et gouvernements locaux unis etl’International Council for Local Environmental Initiatives,ainsi qu’avec la tenue du Sommet sur le vivre ensemble, qui a attiré des représentants de plusieurs métropoles de partout dans le monde, Montréal assume plus que jamais son rôle de premier plan sur la scène internationale.

Je suis fier de réunir à l’occasion de la Conférence thématique de Montréal des acteurs de premier plan, provenant de partout dans le monde, qui partagent l’objectif d’inscrire dans le Nouvel agenda urbain l’importance d’agir à l’échelle métropolitaine. Nous profiterons de cette conférence pour réunir aussi plusieurs maires du caucus des grandes villes de la Fédération canadienne des municipalités.


Comment l’aire métropolitaine de Montréal, à la population relativement modeste en comparaison de certaines mégalopoles, peut-elle tirer son épingle du jeu sur le plan international ?

L’expérience de la CMM est un précédent intéressant pour d’autres communautés, et nous sommes fiers de pouvoir contribuer au Nouvel agenda urbain en y apportant ce modèle de coopération qui nous réussit bien. Plusieurs régions dans le monde songent, en effet, à se doter d’une instance de planification métropolitaine pour relever les défis d’aujourd’hui. À ce chapitre, le modèle de gouvernance mis en place dans le Grand Montréal en inspire plusieurs dans un contexte où les gouvernements se définissent de plus en plus par leur plus grande proximité avec les citoyens. On se définit de plus en plus par nos gouvernements métropolitains et par nos villes plutôt que par les États nationaux.