Jouer avec la ville

L’habillage de la clôture d’entrée sur le site du SPOT
Photo: SPOT L’habillage de la clôture d’entrée sur le site du SPOT
Les yeux rivés vers le ciel, on oublie presque le tumulte de la ville. Au-dessus de la cour intérieure, une multitude de vire-vents blancs semblent flotter, formant une fascinante canopée tourbillonnante. Tout autour, les passants curieux se faufilent entre le mobilier urbain en riant, s’arrêtant de temps à autre pour jeter un oeil à ce nouveau terrain de jeu inusité. Plus loin, des enfants, jeunes et moins jeunes, se lancent un ballon coloré. Bienvenue au SPOT !


Cette sympathique place ouverte à tous (SPOT) prend tout juste racine dans le stationnement de l’ancien complexe funéraire Lépine Cloutier, en plein coeur du bouillonnant quartier Saint-Roch, à Québec. Située à mi-chemin entre la haute et la basse-ville de la capitale, à deux pas de l’échangeur de la route 175 sur l’asphaltée Saint-Vallier Est, cette nouvelle place publique se veut un espace de rencontre, de vie dans un quartier en pleine transformation.

Mis sur pied par les étudiants de l’École d’architecture de l’Université Laval, le SPOT proposera tout au long de la saison estivale moult activités pour inciter les gens du quartier et des environs à investir cet endroit mésestimé. Au menu : plage, cuisine de rue, cinéma en plein air et spectacles de toute sorte, entre autres choses.

« C’était d’abord pour sortir l’école des murs, explique la coordonnatrice générale du projet et étudiante en dernière année d’architecture, Élisa Gouin. Les architectes ne font pas que des plans, mais ils oeuvrent souvent en vase clos. Pourtant, une grande partie de notre travail sert la population. »

Sensibiliser tout un chacun au rôle de ces concepteurs de la ville donc, mais aussi révéler les possibles de lieux délaissés : « Le but est rapidement devenu de créer un espace public animé que les gens peuvent s’approprier sans avoir à débourser un sou », mis à part pour la nourriture et les boissons.

Et la cour intérieure de cet ancien complexe funéraire, dont les locaux sont maintenant occupés par Le réacteur, une centrale créative qui désire mettre sur pied un pôle innovant dans ce secteur de la ville, était l’endroit rêvé.

« C’est vraiment un incubateur artistique, souligne la jeune femme en embrassant les lieux du regard. Venir s’installer ici, c’était tellement logique pour nous. » Elle ajoute que la charge historique et la disposition des bâtiments en font un cadre particulièrement intéressant pour la création d’un espace public.

Touche locale

Que ce soit pour la programmation événementielle ou pour le menu du restaurant, le SPOT se veut aussi une vitrine pour la culture locale. C’est dans cette optique que les artistes qui prendront d’assaut sa scène sont presque tous issus de l’impressionnant bassin créatif de la capitale. « Le monde culturel de Québec est relativement petit, concède Élisa Gouin. Mais il se développe à une vitesse incroyable, il est plus vivant que jamais. »

Idem pour les plats qui seront vendus au restaurant mobile Le Paradis. Ce casse-croûte gastronomique éphémère, dont le menu a été élaboré par Pascaline Gouin et Yann Compéra, deux jeunes chefs tout juste diplômés de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec à Montréal, met à l’honneur des produits de la région.

Gravlax de truite aux épices du Grand-Nord, pops aux fraises de l’île d’Orléans et poutine à l’effiloché de dindon, entre autres, seront proposés à petits prix.

Au printemps, ce sont plus d’une soixantaine d’étudiants qui ont mis la main à la pâte afin de donner vie aux différentes stations maintenant accessibles au public.

En collaboration avec cinq firmes d’architectes — quatre de Québec et une de Montréal —, les étudiants ont été invités par le comité organisateur « à repenser le jeu », tout en l’intégrant à son environnement urbain.

Ce sont donc ces équipes, alliant professionnels et architectes de la relève, qui ont conçu tout ce qui sera permis de voir sur le site. Du carré de sable au ciel virevoltant, en passant par l’habillage coloré du bar et la marelle géante peinte au sol à l’entrée. « Nous voulions insuffler un soupçon de folie dans la ville, lance la jeune coordonnatrice. Folie qui apparaît lorsqu’on découvre ou qu’on redécouvre nos quartiers. »

Village éphémère

Un peu à la manière du Village éphémère montréalais, qui avait vu le jour au pied du pont Jacques-Cartier l’été dernier. « Le projet s’inscrit dans un courant bien plus grand que nous ! Juste à Québec, on sent que le changement s’opère », soutient Élisa Gouin en citant en exemple la nouvelle place publique de Limoilou, quartier voisin de celui où le SPOT prend vie.

Et cet engouement pour l’appropriation et la revitalisation des espaces urbains s’observe également bien au-delà des limites de la capitale, que ce soit à Montréal, à New York, à Berlin… « C’est un peu dans la mouvance des biergarten qui poussent un peu partout en Europe. C’est ce désir de créer quelque chose d’éphémère qui change complètement la face d’un lieu pour un temps. »

Le temporaire

 

Et ce n’est pas le potentiel qui manque, les espaces en friche qui appellent à l’implantation d’initiatives du genre faisant légion en ville.

Si le SPOT revient l’an prochain — et la rumeur tend à dire que oui —, ce devrait donc être ailleurs. « L’essence même du projet réside dans le temporaire, lance Élisa Gouin, qui compte passer le flambeau aux futurs finissants. Il faudra donc nécessairement bouger, changer de quartier, montrer que c’est possible partout. »

SPOT

707-731, rue Saint-Vallier Est
Québec
 

Du 19 juin au 15 août (jeudi au dimanche), de 10 h à 22 h.