Un aller simple vers Mars

Le projet Mars One vise à coloniser la planète Mars à partir de 2024. Si le voeux de son son idéateur se réalisent, quatre volontaires prendront alors un aller simple pour la planète rouge.
Photo: Mars One Le projet Mars One vise à coloniser la planète Mars à partir de 2024. Si le voeux de son son idéateur se réalisent, quatre volontaires prendront alors un aller simple pour la planète rouge.

Coloniser la planète Mars dès 2024. C’est le rêve — et l’obsession — du Néerlandais Bas Lansdorp. L’ingénieur parcourt le monde pour promouvoir son projet, Mars One, réfutant en bloc les experts qui qualifient la mission de suicidaire. Il affirme qu’il faut une aventure aussi ambitieuse pour révolutionner l’industrie aérospatiale. Le Devoir l’a rencontré.

Exceptionnellement cette semaine, la rubrique « Sur la route » s’aventure dans l’espace, le temps d’un entretien avec Bas Lansdorp. De passage à Montréal pour la première fois, il prononcera un discours ce lundi au congrès annuel de l’Association québécoise des transports. Comme il le fait des dizaines de fois chaque mois, l’homme derrière la « Mission Mars One » tentera de convaincre ces centaines d’experts de la faisabilité de son projet : celui d’envoyer en 2024 quatre volontaires pour coloniser la planète rouge, sans retour possible, après un voyage dans l’espace qui prendra sept mois.

Pourquoi vouloir coloniser Mars?

Ce désir profond m’habite depuis le milieu des années 1990. Ç’a été soudain et depuis, ça m’obsède. J’ai vu à la télévision le premier robot spatial atterrir sur la terre rouge de Mars. Je me suis dit, il faut absolument aller y vivre. Je crois que c’est avec ce type de projet que l’humanité peut s’unir, avoir un but commun, et mettre de côté les différences.

Avez-vous consulté des experts?

Oui, durant des années. J’ai fait appel à des agences spatiales, des astronautes, des ingénieurs, des chercheurs… Ils m’ont aidé à concevoir un plan réalisable. Mon équipe, qui est à l’heure actuelle formée de dix personnes, dont un ex-recruteur de la NASA, participe à mettre sur une mission qui requiert uniquement des technologies qui existent déjà, et qui peuvent être achetées à des fournisseurs actuels.

Des études, dont une du Massachusetts Institute of Technology, affirment que la technologie pour équilibrer l’atmosphère de la colonie autosuffisante n’est pas au point, et que les pionniers mourront d’asphyxie.

Attention, les médias oublient souvent de préciser que c’est une poignée d’étudiants du MIT qui ont fait un rapport de 35 pages. Ce ne sont pas des experts. Un de nos fournisseurs, la compagnie Paragon Space Development, spécialisée en équipements spatiaux de survie, va bientôt publier un rapport détaillé qui démontre que ces inquiétudes ne sont pas fondées.

Répliquez-vous toujours aux critiques?

Non. Nous ne perdons pas de temps avec ceux qui ne font que douter, nous voulons de l’aide de ceux qui peuvent nous apporter des solutions. Notre stratégie est de publier des rapports au fur et à mesure : ça nous donne une énorme visibilité médiatique, et des experts de partout dans le monde viennent à nous et partagent leurs conseils.

Avez-vous conclu des ententes avec tous les fournisseurs nécessaires?

Pas encore. Mais ils sont très nombreux à montrer leur intérêt. Nous avons tissé des liens avec la société Space X, spécialisée en fusées [compagnie privée mise sur pied par le fondateur des voitures Tesla et qui fournit la NASA]. Ils ont déjà la technologie dont nous avons besoin, mais je sais qu’ils conceptualisent un engin spécifique à notre mission. J’ai très hâte de le voir. Leur engouement, et celui de dizaines d’autres entreprises de l’industrie spatiale prouve que Mars One encourage à voir grand, à repousser les limites de notre exploration de l’espace. Il faut un projet ambitieux pour se dépasser.

Certes, mais la technologie actuelle montre souvent ses limites. Un vaisseau spatial de Space X a d’ailleurs explosé lors d’un vol d’essai l’été dernier.

C’est vrai, ça montre qu’il y a toujours des risques… à tester de nouvelles technologies. Ce projet de Space X vise à concevoir un vaisseau spatial qui doit transporter des astronautes, et les ramener sur Terre ensuite. C’est ça la difficulté : créer les systèmes de transport de retour. Ils ne sont pas au point. Avec un aller simple, on règle ce problème. C’est pour ça que Mars One, ce n’est pas de la folie. C’est réaliste.

Plusieurs doutent que vous y arriviez avec «un aussi petit budget» que six milliards de dollars américains. Une mission humaine vers Mars de la NASA est estimée au plus bas à 50 milliards…

L’agence spatiale américaine ne prendrait jamais autant de risques que l’équipe de Mars One. Par exemple, la NASA voudrait sûrement élaborer un système de recyclage de l’eau dans le vaisseau menant à Mars. Nous, non. Nos colons devront vivre avec une réserve d’eau limitée. De plus, la NASA n’enverra pas ses astronautes pour un aller simple ; ça augmente considérablement la complexité de la mission.

Vous parlez souvent de trouver le juste équilibre entre coûts et risques. Jusqu’à quel point la vie des participants sera-t-elle en péril?

Il se peut que le budget soit augmenté, surtout si c’est pour rendre les facteurs de risque plus acceptables. Et j’insiste toujours sur le mot « acceptables ». Je ne dis jamais « sécuritaires ». Il n’y a aucun moyen de rendre une mission vers Mars sécuritaire, mais c’est possible de diminuer au maximum tous les risques qu’elle comporte. Les investisseurs qui veulent financer notre projet comprennent que beaucoup d’argent sera mis dans les robots qui iront sur Mars vers 2020-2022, avant les colons, pour s’assurer du bon fonctionnement de chaque technologie.

Une grande part de vos revenus viendra d’une émission de téléréalité qui suivra les colons, de leur entraînement sur Terre à leur vie sur Mars. Où en êtes-vous de ce projet?

Nous parachevons le modèle avec une compagnie de production, et plusieurs diffuseurs montrent de l’intérêt. Je n’aime pas le mot téléréalité… Le but ne sera pas de voir ce qui se passe dans l’intimité des colons ! Je veux que le monde entier puisse accompagner ces quatre courageuses personnes dans la mission spatiale la plus ambitieuse de l’histoire !

Un congrès audacieux

La participation du cofondateur de Mars One au 50e congrès de l’Association québécoise des transports donne le ton à un événement audacieux, affirme la présidente-directrice générale, Dominique Lacoste. « C’est un invité inusité, mais sa présence est à l’image de notre mission : mettre la table à toutes les idées possibles qui peuvent permettre des avancements dans le domaine des transports », explique-t-elle. Plus de 120 conférences d’experts d’ici et d’ailleurs seront données durant les trois jours du congrès, qui se déroule du 30 mars au 1er avril au Palais des congrès de Montréal. L’événement inclut le Salon des transports, où il sera possible de voir la voiture-robot la plus sophistiquée au pays.
«Il se peut que le budget soit augmenté, surtout si c’est pour rendre les facteurs de risque plus acceptables. Et j’insiste toujours sur le mot acceptables. Je ne dis jamais sécuritaires. Il n’y a aucun moyen de rendre une mission vers Mars sécuritaire, mais c’est possible de diminuer au maximum tous les risques qu’elle comporte.»

Bas Lansdorp
200 000
C’est le nombre de personnes, originaires de 140 pays, qui se sont portées volontaires pour le projet. De ce nombre, 100 ont été retenues. Mars One réfute les rumeurs selon lesquelles les candidats sont choisis en fonction de la somme de leurs dons.
3 commentaires
  • Marc G. Tremblay - Inscrit 30 mars 2015 12 h 36

    Mourir dans l'indignité

    Avons-nous vraiment besoin, sur notre planète terre en transformation climatique, de ce genre d'hurluberlus, avec leur unique idée fixe, pour enfin comprendre qu'il faut vraiment trouver ici des solutions pour continuer à prendre l'air librement, chez-nous dans chacun de nos patelins, afin que jamais nos enfants aillent à sortir dehors en scaphandre ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 mars 2015 18 h 47

      Ces hurluberlus ont découvert le feu, l'agriculture, l'Europe, l'Asie, l'Amérique, ont exploré le fond des océans, les montagnes et la Lune. Je trouve bien des défauts à son projet, mais pas au fait qu'il rêve.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 30 mars 2015 18 h 39

    Huluberlus? Visionnaire, ou Utopistes?

    A ce compte, les grands explorateurs etaient aussi tous des huluberlus dans l'aventure des grandes decouvertes.... Jacques Cartier, Champlain doivent se retourner dans leurs tombes. Cela ne serait qu'un petit pas mais un grand pas pour l'humanite ( Armstrong). Aussi n'oublions pas les retombees economiques dans tous les niveaux que cela pourrait nous apporter. Et en conclusion cela nous permettrait de mettre en perspective nos problemes terriens et peut etre de nous 'allier vraiment mondialement. Est-ce utopique?