New York brandit le transport en commun contre les GES

Le réseau de transport en commun new-yorkais permet à la métropole des États-Unis d’éviter l’émission de 19 mégatonnes de CO2 par an.
Photo: Metropolitan Transportation Authority Le réseau de transport en commun new-yorkais permet à la métropole des États-Unis d’éviter l’émission de 19 mégatonnes de CO2 par an.
Qui l’eût cru ? De toutes les villes américaines, c’est New York, et sa grande région de 20 millions d’habitants, qui a le plus faible taux d’émission de gaz à effet de serre (GES) par habitant. Son secret ? Un large système de transport collectif, constamment repensé par l’équipe de Projjal Dutta, l’homme derrière la « stratégie verte » de l’autorité new-yorkaise des transports.
 

« Il y a une fausse croyance selon laquelle les mégapoles sont forcément polluantes. Au contraire, elles sont densément peuplées. C’est ce qu’il faut pour être vert », lance Projjal Dutta, architecte d’origine indienne et directeur du développement durable à la Metropolitan Transportation Authority (MTA) de New York.

Le Devoir s'est entretenu avec M. Dutta, de passage à Montréal cette semaine pour participer à la conférence internationale Smart City Montreal. Recruté il y a huit ans, l’homme qui détient un diplôme du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) a comme mandat de diminuer les émissions de GES de la Grosse Pomme. Un défi de taille. Surtout quand on considère qu’aux États-Unis, le secteur des transports compte pour 40 % des rejets de CO2 dans l’air.

« Tout est possible », affirme M. Dutta, qui n’a jamais douté de la capacité à innover des quelque 70 000 employés de la société de transport new-yorkaise. « Nous avons les moyens d’innover, mais aussi de partager nos bonnes pratiques. On espère ainsi influencer les autres dirigeants du secteur des transports », dit-il. Conférencier prisé aux quatre coins du globe, M. Dutta dévoile à qui veut bien l’entendre les détails de sa « stratégie verte ».

« Ça peut sembler banal, mais croyez-moi, c’est efficace ! », s’exclame-t-il avec une pointe d’humour. L’architecte résume ainsi sa vision : trouver les outils pour mesurer en GES et en argent les bénéfices du transport collectif, utiliser ces données comme arme de persuasion politique, puis, en parallèle, faire preuve de créativité pour rendre plus performants les équipements et véhicules déjà exploités par la société de transport.

Quantifier pour persuader

Le déplacement d’un New-Yorkais à travers le réseau de transport en commun permet d’éviter les émissions nettes de 4,5 kg de CO2, a calculé l’équipe de M. Dutta. Avec plus de 3,5 milliards de déplacements annuels, la MTA estime que, chaque année, l’émission de 19 mégatonnes de GES est évitée.

« Oui, vous allez me dire qu’on sait tous que les transports collectifs sont meilleurs pour l’environnement. Mais traduire cette réalité en chiffres, et en données économiques, c’est beaucoup plus compliqué », fait valoir M. Dutta. Ces calculs complexes sont nécessaires pour convaincre le gouvernement d’investir dans le réseau de métro et d’autobus et non dans les routes.

« Vous seriez surpris de voir à quel point, aux États-Unis, il en faut des chiffres pour persuader des dirigeants de changer leurs façons de faire, poursuit-il. Je suis persuadé que c’est à peu près pareil au Québec. »

L’investissement en transport en commun, ce n’est pas « payant » au niveau politique, conçoit M. Dutta. « Ça prend souvent plusieurs années avant de voir un réel changement de comportement des usagers, parfois une ou deux générations. » Mais à long terme, les économies faites sur le réseau routier et en santé sont gigantesques, dit-il, d’où l’importance de faire les calculs, aussi complexes soient-ils.

Alors que l’obésité ronge son pays, M. Dutta estime que de plus en plus de décideurs comprennent que les zones dépourvues de transport collectif « condamnent » les habitants à un mode de vie moins actif, basé sur l’automobile. « Je le répète sur toutes les tribunes : la solution, c’est la densité. Plus c’est dense, plus il y a de transport en commun. Plus il y a de transport en commun, plus la densité augmente… Et un jour, tout ou presque peut se faire en autobus, à pied ou encore à vélo ! », rappelle-t-il.

Innover à « petit prix »

En plus de convaincre citoyens et politiciens de délaisser la voiture, l’équipe de M. Dutta s’évertue à améliorer l’efficacité du réseau de transport collectif en matière énergétique. Le métro new-yorkais ayant plus de 100 ans, certains équipements datent d’une autre époque. Et même si le réseau fonctionne à l’électricité, la lourdeur des voitures de métro provoque une énorme perte d’énergie. « L’électricité comme telle ne produit pas de GES, mais la création de cette énergie, oui. Donc plus on diminue notre consommation d’électricité, plus on diminue le bilan global d’émission de CO2 », soutient-il.

Ainsi, les ingénieurs du MTA se sont creusé les méninges pour diminuer l’empreinte énergétique de leur entreprise. Allégement des voitures de métros, travaux sur les tunnels pour augmenter l’effet d’accélération naturel de type « montagnes russes » (et donc diminuer le travail des moteurs), installation de panneaux solaires sur les toits des stations pour assurer l’éclairage, récupération de l’eau de pluie pour nettoyer les autobus… Les actions sont aussi diverses qu’efficaces.

Faire mieux avec les équipements existants, c’est « la clé » de la réussite, affirme Projjal Dutta. « Évidemment, quand tous nos autobus seront électriques, notre bilan de GES sera bien meilleur, mais la réalité, c’est que ça peut être long, et il faut en attendant être proactif. »

Les changements climatiques forcent aussi les employés du MTA à faire preuve de débrouillardise. En 2007, une tempête a provoqué d’importantes inondations dans le réseau de métro, entraînant la fermeture de plusieurs lignes de métro à l’heure de pointe matinale. En 2012, l’ouragan Sandy a aussi brisé plusieurs infrastructures, se remémore M. Dutta. « C’est ironique, souligne-t-il, car le réseau de transport est un des meilleurs moyens de combattre les changements climatiques, mais c’est aussi une victime de premier plan. »

À Montréal aussi

La Société de transport de Montréal (STM) travaille aussi sur « une stratégie verte », affirme sa porte-parole, Amélie Régis. Depuis plusieurs années, elle concrétise un plan d’action qui vise à réduire son empreinte écologique et ses propres émissions de GES. Diverses mesures ont été mises en place : utilisation de biodiesel, acquisition d’autobus hybrides et de ventilateurs électriques, formation des chauffeurs à la conduite écologique, utilisation de l’eau de pluie pour nettoyer les autobus, etc. Ces actions ont permis de diminuer les émissions de GES entre 2011 et 2013 de 10,7 % par kilomètre parcouru, fait valoir Mme Régis.
«Il y a une fausse croyance selon laquelle les mégapoles sont forcément polluantes. Au contraire, elles sont densément peuplées. C’est ce qu’il faut pour être vert.» 

Projjal Dutta, directeur du développement durable à la MTA de New York
40 %
Le secteur des transports, qui consomme essentiellement des produits pétroliers, compte pour près de 40 % de toutes les émissions américaines de GES, et pour plus de 45 % des émissions québécoises.

Source : «État de l’énergie au Québec 2015», HEC Montréal
4,5
Le déplacement d’un New-Yorkais dans le réseau de transport en commun permet d’éviter des émissions nettes de 4,5 kg de CO2. En revanche, le déplacement d’un Montréalais en transport collectif n’évite que 1,4 kg.

Sources : MTA et STM
1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 23 mars 2015 12 h 21

    Qui l'eût cru?

    Mais c'était évident: une ville dense avec un bon système de TEC émet nécessairement moins de GES per capita qu'une campagne bucolique.