La ville (et l’architecture) en mouvement

Détail de l’exposition Flux
Photo: Photogrammes – Irena Latek MedialabAU Détail de l’exposition Flux

Tissu visuel et sonore de paysages urbains, l’exposition Flux donne à voir — et à ressentir — la ville en mouvement. Une exploration signée MedialabAU (pour architecture et urbanisme) de l’Université de Montréal.

L’installation immersive plonge le visiteur dans les urbanités intensives des villes de New York, de Paris et d’Istanbul à travers un montage complexe de courts segments vidéo et une composition sonore spatialisée.

« Il s’agissait de créer une forme d’observatoire du paysage urbain et de l’espace public, mais à partir de leurs différents mouvements », explique la directrice du MedialabAU et professeure, Irena Latek. La description vaut pour Flux mais également pour l’ensemble des réalisations de ce laboratoire dédié à la recherche et à la création qu’abrite l’École d’architecture.

Depuis 2001, sa petite équipe tente de transposer les dynamiques propres à la ville en langage architectural. Car sa directrice rappelle que « le mouvement est une composante de l’espace »,dit-elle, en digne élève et proche de feu l’architecte Melvin Charney. Dans ses cours, en plus des approches plus classiques de l’architecture, elle propose aux étudiants des projets où la vidéo devient l’outil de conception.

« Nous avons besoin de développer les sensibilités à tout ce qui se passe dans l’espace, même à ses aspects éphémères, pour être mieux adaptés au mode contemporain, aux vitesses et aux déplacements que nous vivons. »

Sur cette base, le MedialabAU expérimente des formes inédites de l’architecture, en recourant aux outils technologiques, à l’image et au son.

Entre architecture et installation d’art numérique, Flux se compose d’un dispositif en apparence simple mais inédit. L’équipe a fabriqué un écran ni plat ni tout à fait circulaire, mais en forme de ruban de Moebius — comme un signe de l’infini — qui souligne la transformation perpétuelle de ces paysages urbains tout en pointant vers les architectures molles que permettent désormais les outils numériques et l’évolution des matériaux.

« On avait déjà expérimenté le cyclorama [écran circulaire] à la Société des arts technologiques, mais, même si c’est très immersif, ça reste un espace très fermé », souligne Mme Latek. Alors que son « écran de Moebius » permet d’y entrer et d’en sortir librement pour multiplier les points de vue.

Le dispositif accentue aussi la sensation de s’immerger dans l’urbanité tantôt bourdonnante, tantôt sereine des 14 lieux distincts captés dans les trois mégapoles. Foules en déplacement dans une rue new-yorkaise, touristes avides de la place de la Concorde et flâneurs de la place Galata se suivent et parfois se confondent ou imposent leurs contrastes. Un petit voyage de 25 minutes sans quitter le Centre d’exposition de l’Université de Montréal.

« On a choisi de travailler sur la ville occidentale pour des questions pratiques, mais aussi parce qu’elle produit des archétypes d’espaces publics très puissants, même si elle change beaucoup avec la mondialisation », poursuit la professeure.

Aux visions panoramiques (projetées à 360 degrés !) plus statiques, Flux juxtapose des paysages mouvants, à petite ou plus grande vitesse. Ici, le va-et-vient du skate park 2 au quai 62 de Manhattan. Là, le ballet des bateaux sur la Corne d’or d’Istanbul. La création sonore spatialisée (Simone D’Ambrosio) ajoute presque une quatrième dimension à l’expérience. Le résultat ressemble à un document sur les humeurs de la ville et l’âme de ses espaces publics, dont le visiteur s’imprègne autant qu’il l’observe.

Recherche ambitieuse

Flux est l’aboutissement d’une recherche de longue haleine en plusieurs étapes. Les 40 heures de prises de vue et de son visaient d’abord à créer des archives d’espaces publics et de leur animation pour inspirer de nouvelles formes architecturales, dans le cadre du projet Architecture de la ville en mouvement. « C’est comme poser la question à l’envers, explique Mme Latek. Normalement, on construit la ville à partir de l’architecture. Là, il s’agit de composer une architecture à partir de la ville. »

L’aventure implique aussi l’Institut Arts Cultures et Technologies (iACT) de l’Université, pour l’acquisition et la conception des équipements. Un système de neuf projecteurs et un programme informatique (Patrick Saint-Denis) permettent la juxtaposition quasi enchevêtrée des images.

Flux est le premier rejeton créatif de cette recherche. En décembre suivra Intervalle à la Cinémathèque québécoise, offrant un montage et un dispositif complètement différents. Le tout a reçu l’appui du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture, de la Fondation canadienne pour l’innovation et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Flux

Du 28 janvier au 8 mars, au Centre d’exposition de l’Université de Montréal dans le pavillon de la Faculté de l’aménagement, au 2940, Côte-Sainte-Catherine (ouvert les mardis, mercredis, jeudis et dimanches, de 12 h à 18 h). Entrée gratuite.

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