L’auto-robot: de la fiction à l’autoroute 10

La voiture prototype de Google a déjà parcouru de façon autonome plus d’un million de kilomètres.
Photo: Google La voiture prototype de Google a déjà parcouru de façon autonome plus d’un million de kilomètres.
Sortie au restaurant. La voiture vient vous chercher, vous dépose à la porte, puis va se garer plus loin en attendant le signal de retour. Ce scénario encore fictif deviendra très vite réalité, dans quelques années à peine. Bienvenue dans l’univers des véhicules autonomes, une technologie qui suscite l’engouement et… l’inquiétude.​
 

Cinq minutes après l’ouverture des portes, des dizaines de curieux s’agglutinent déjà autour de la Tesla rouge vif, une voiture électrique de luxe trônant à l’entrée du Salon international de l’auto de Montréal. Des milliers d’amateurs participent à l’événement qui a débuté vendredi et se poursuit toute la semaine.

Tapotant l’écran numérique à droite du volant, Martin Pinard est complètement fasciné par les avancées technologiques du modèle S de Tesla. « La fonction autopilote permet carrément de lâcher le volant, c’est fou ! Je ne sais pas si je suis à l’aise de laisser un ordinateur me conduire par contre », lance-t-il.

Au fur et à mesure que des options automatisées seront intégrées aux voitures, comme le stationnement parallèle et le freinage automatique, les conducteurs accepteront progressivement l’idée de l’auto-robot, croit Renaud-Pierre Bérubé, directeur des ventes à Tesla Montréal. « Lors des moments ennuyants, comme sur l’autoroute, les automobilistes vont finir par apprécier le fait d’avoir un système intelligent qui peut prendre entièrement le relais », dit-il. À l’heure actuelle, quelques voitures de luxe seulement, comme la Tesla, offrent à leurs conducteurs la possibilité de naviguer par elles-mêmes sur l’autoroute ou sur des routes où la signalisation est claire. Une nouvelle fonction permet aussi une régulation de vitesse pour aider le véhicule à avancer seul dans la congestion routière.

Mais comment fonctionne une voiture-robot exactement ? Pour se diriger dans l’espace, l’ordinateur de bord utilise les données fournies par un radar et un laser dont la rotation à grande vitesse permet un balayage de 360 degrés (jusqu’à environ 100 mètres autour de l’auto). En additionnant ces outils à un GPS et des capteurs ultrasons disposés autour du véhicule, le système électronique génère une carte 3D en temps réel qui guide la navigation. Si les prototypes de voitures autonomes sont capables de détecter des centaines d’objets simultanément (marquages sur la chaussée, panneaux de signalisation, piétons, autres véhicules, etc.), les ingénieurs ont encore du travail à faire, notamment pour améliorer la conduite dans des conditions hivernales et diminuer les temps de réaction.

Contre la montre

Sillonnant les allées du Salon de l’auto, l’ingénieur Pierre-Léo Bourbonnais constate que quelques modèles de luxe, dont le coupé S 5500 4Matic de Mercedes, possèdent une technologie capable, dans certaines situations, de réagir plus rapidement et avec des mouvements plus complexes qu’un conducteur humain. « Je connaissais l’existence de ces fonctionnalités, mais je ne croyais pas qu’elles seraient si vite intégrées aux véhicules de production… Les progrès sont considérables », observe le chargé de cours à l’École polytechnique.

Mercedes et Tesla sont ainsi loin d’être les seuls constructeurs à développer des voitures pouvant fonctionner sans intervention du conducteur. Audi, BMW, Volvo et Nissan, pour ne nommer que ces compagnies, sont aussi lancées dans une course contre la montre pour commercialiser d’ici 2020 des voitures-robots capables de remplacer intégralement l’humain. Chez Google, très en pointe dans le domaine, on a déclaré au mois de décembre dernier être en mesure d’offrir aux particuliers une auto autonome dès 2017, baptisée la « Google Car ».

La voiture prototype de Google, poursuit M. Bourbonnais, a déjà parcouru de façon autonome plus d’un million de kilomètres. Un seul accident s’est produit : un « conducteur humain » a percuté le derrière de l’auto-robot. « Je vous le dis, les voitures autonomes permettront d’éviter de nombreux accidents liés à l’erreur humaine, en particulier à l’inattention », affirme l’ingénieur. Qui dit pilotage automatique dit aussi fin des excès de vitesse ainsi qu’une optimisation de l’énergie lors des accélérations et freinages.

En plus de réduire les accidents, la nouvelle technologie permettrait de diminuer la pollution, en favorisant le développement de l’autopartage. « La notion de possession de la voiture va être appelée à changer, puisque l’engin peut servir à d’autres individus lorsque vous n’en avez pas besoin et revenir à vous par la suite », avance-t-il. L’expert prédit que le principal obstacle à l’adoption généralisée des voitures sans conducteur ne sera peut-être pas la technologie à proprement parler, mais l’acceptation de cette idée par le public.

Menaces et enjeux éthiques

Les voitures autonomes seront connectées à Internet, et éventuellement programmées pour communiquer entre elles. « On pourrait imaginer dans un futur proche un poste central qui connaisse précisément leur position et destination, afin de coordonner le trafic », déclare Camille François, chercheuse au Centre Berkman pour l’Internet et la Société de l’Université Harvard. « Plus les véhicules seront connectés à un réseau, plus ils seront vulnérables à des attaques informatiques malveillantes », ajoute-t-elle.

Si les constructeurs automobiles affirment avoir déjà mandaté des experts informatiques pour élaborer des logiciels de sécurité, Mme François pense qu’il faudra rapidement que les dirigeants s’intéressent aux enjeux informatiques et juridiques que posent les autos-robots. Par exemple, si deux voitures autonomes entrent en collision, qui est tenu responsable ? Est-ce que l’auto doit mettre en danger un passager pour en sauver un autre ? Qui doit programmer ces décisions ? L’État, un comité éthique ? Autant de questions toujours sans réponse, alors que les prototypes de voitures robotisées seront bientôt commercialisés.

« Ce n’est pas à l’industrie automobile seule de décider des règles qui façonneront l’avenir des voitures autoconduites, il doit y avoir un débat de tous les membres de la société », insiste-t-elle. Quelques états américains, dont le Nevada et la Californie, ont mis en place quelques réglementations pour permettre les essais sur route des prototypes de voitures autonomes. « Les États-Unis ont peut-être une petite longueur d’avance, mais tous les pays devraient commencer à réfléchir aux normes pour encadrer cette technologie qui, tôt ou tard, va s’imposer », tranche Mme François.



Consulter la vidéo promotionnelle à propos du prototype de Google:

80%
La portion des accidents routiers attribuables à une erreur humaine (SAAQ).


2035
L’année où les ventes de voitures autonomes devraient passer à 95,4 millions par an, contre 8000 en 2020. Elles compteront alors pour 75 % des ventes mondiales de véhicules légers, selon un récent rapport de la firme Navigant.

Source: www.navigantresearch.com

Québec manque-t-il le bateau ?

Alors que, partout le monde, des chercheurs sont sollicités pour développer les technologies des voitures-robots et réfléchir aux enjeux éthiques, rien n’est en cours au Québec, déplore Sylvain Castonguay, directeur général du Centre national de transport avancé (CNTA). L’organisme fondé à Saint-Jérôme a soumis il y a quelques années au gouvernement du Québec le projet Nomade : des voitures électriques en autopartage, appelées à devenir complètement autonomes, qui seraient fabriquées au Québec. Un accord avait été conclu avec l’ex-ministre péquiste des Ressources naturelles, Martine Ouellet, mais les élections étant arrivées trop rapidement, la subvention de 3 millions n’a jamais été soumise au Conseil des ministres. « J’ai rencontré la nouvelle administration, mais je n’ai aucun signe d’intérêt. Je vais soumettre le projet à d’autres investisseurs », soupire M. Castonguay.
1 commentaire
  • Bernard Muller - Abonné 20 janvier 2015 09 h 38

    Superlu!

    Il serait plus utile de favoriser le transport en commun, mettre des barêmes plus élvés pour le permis de conduire pour avoir des conducteurs plus alertes et avoir des voitures plus simples moins vulnérables et plus durables.

    Nous allons aller vers un voiture qui ne pourra plus circuler si son logiciel n'est pas à niveau!
    Vous voulez changer d'auto aussi souvent que de portable?.
    Ou alors les voitures sont toutes en commun et propriété de l'état ?