Le Train de l’Est, quelle galère!

L’AMT lancera enfin le service du train de l’Est, qui reliera la région de Mascouche au centre-ville de Montréal.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’AMT lancera enfin le service du train de l’Est, qui reliera la région de Mascouche au centre-ville de Montréal.
À 5 heures du matin, lundi, le Train de l’Est a sifflé pour la première fois. Il était temps, vous dites ? Depuis 20 ans, les citoyens de l’est de l’île se sont fait promettre ce tracé liant Mascouche au centre-ville montréalais. Après de longs retards et des dépassements de coûts faramineux, le train est en marche. Et encore, des pépins persistent.
 

Il y a à peine une semaine, Le Devoir a constaté que plusieurs des nouvelles gares du Train de l’Est ne comportaient aucun panneau de signalisation. Pas l’ombre d’une plaque annonçant le nom de la gare, ni d’affiches pour se diriger vers les quais… Normal ?

« Bien sûr que ce n’est pas « normal ». Les entrepreneurs responsables des gares avaient la responsabilité de la signalétique. Certains ont fait leur commande tardivement et les quelques fournisseurs ont été dépassés par la demande », explique Stéphane Lapierre, vice-président aux opérations à l’Agence métropolitaine de transport (AMT). Il assure toutefois que l’ensemble des stations seront identifiées pour le lancement officiel du train, ce lundi 1er décembre, soit par des panneaux temporaires ou permanents.

Un problème de plus

Catherine Sayard, qui a milité durant des années pour la mise sur pied du Train de l’Est, est peu surprise par ce « pépin ». « Bof, ce n’est qu’un petit problème de plus. Ce train a connu d’immenses ratés… Trop de gouvernements l’ont promis sans le réaliser, puis, quand il a été annoncé pour de bon en 2006, la gestion a été catastrophique », relate cette résidante de Terrebonne, qui a été la présidente fondatrice du groupe citoyen Accès Laval-Lanaudière.

Quand elle a acheté sa maison, en 1995, Mme Sayard attendait déjà avec impatience la ligne de train, promise à l’époque par le Parti québécois. « Je me réjouis qu’il entre finalement en service, je n’y croyais plus », soupire celle qui s’apprête, ironiquement, à déménager à Laval.

Inachevé

Bien que le train soit en marche, deux des dix nouvelles gares ne sont pas prêtes. Il s’agit de la gare de Sauvé, située tout près de la station de métro du même nom, et de la gare de Pointe-aux-Trembles, dans l’est de Montréal. La mauvaise gestion de l’AMT dans ce projet a été décriée à maintes reprises au fil des années.

L’an dernier, le vérificateur général du Québec, Michel Samson, a produit un rapport accablant au sujet du Train de l’Est. Il a critiqué le travail des gestionnaires de l’AMT, sous la direction de l’ex-président-directeur général, Joël Gauthier, qui ont de loin sous-estimé les coûts des travaux. D’abord évalué à 300 millions de dollars par le gouvernement libéral de Jean Charest en 2006, le Train de l’Est coûtera aux contribuables 671,4 millions.

« On ne peut réécrire l’histoire, mais je peux vous assurer qu’on a tiré des leçons. La gestion à l’AMT a été revue en profondeur pour éviter ce genre de raté à l’avenir », déclare Nicolas Girard, l’actuel p-d.g. de l’AMT, nommé à la tête de l’organisme par le gouvernement Marois en 2012. L’ex-député de Gouin fait valoir que, depuis son arrivée en poste, il a notamment réduit les effectifs de 10 % tout en augmentant l’offre de services de 20 %.

Poëti ne confirme pas sa «confiance»

Nicolas Girard rappelle que l’AMT se charge des projets de transport dans la grande région de Montréal. Dans les prochaines années, l’agence pourrait être appelée à s’occuper de la mise sur pied d’un système léger sur rail sur le futur pont Champlain ou encore du prolongement tant attendu de la ligne bleue du métro montréalais.

Est-ce qu’un simple changement de direction à l’AMT permettra d’éviter un dérapage aussi important que celui du Train de l’Est ? Questionné à ce sujet, le ministre des Transports du Québec, Robert Poëti, hésite à répondre. « J’ai entamé une grande réflexion sur la révision de la gouvernance des transports à Montréal, elle est loin d’être finie. Je ne peux donc pas me prononcer sur le cas de l’AMT ni sur celui de M. Girard », dit-il en entrevue au Devoir. Le ministre précise que « rien n’est coulé dans le béton », à savoir si l’AMT s’occupera bel et bien des prochains grands chantiers de transport.

M. Poëti admet être déçu d’avoir constaté, à l’automne, que les parvis de plusieurs gares n’étaient pas dotés d’un abri, laissant les voyageurs sans défense face aux intempéries. « J’ai demandé à ce qu’on en pose au plus vite. Toutes les gares en auront un d’ici la fin de l’année », assure-t-il.

Le ministre souhaite aussi que les nouveaux wagons soient ultérieurement équipés de Wi-Fi. À l’AMT, on explique que le projet de Wi-Fi a été considéré, mais que l’évaluation a démontré que l’opération serait trop complexe : plusieurs des zones traversées par le train sont dépourvues d’infrastructures de télécommunications. Toutefois, le Wi-Fi sera ultérieurement offert dans les gares. « Je trouve que ça manque un peu de vision… L’AMT pourrait bénéficier d’une plus grande contribution de la part du secteur privé, en créant des partenariats avec des fournisseurs de Wi-Fi », rétorque M. Poëti.

Les tarifs font grogner

Le ministre des Transports n’est pas le seul à être insatisfait des décisions prises par l’AMT. La mairesse de l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux- Trembles, Chantal Rouleau, conteste la grille tarifaire proposée par l’agence. Comme elle le fait pour les autres lignes de train, l’AMT a déterminé des zones de tarification basées sur la distance jusqu’au centre-ville. Les prix de la TRAM (trains de banlieue, autobus et métro) varient de 90 $ à 250 $. « C’est absurde que mes concitoyens doivent payer le même prix que ceux de Laval et Longueuil [125 $] alors que nous sommes sur l’île de Montréal », fulmine-t-elle.

Zone tarifaire contestée

À Terrebonne, le conseiller Stéphane Berthe déplore pour sa part que la gare de sa municipalité et celle de Mascouche ne soient pas dans la même zone tarifaire. Les usagers de la gare de Mascouche devront payer près de 200 $, tandis qu’à Terrebonne le tarif frôle plutôt les 160 $. « Beaucoup de citoyens se trouvent à mi-chemin des deux gares, nous craignons qu’il y ait un effet de congestion à Terrebonne. Nous continuerons de faire pression sur l’AMT pour qu’elle révise ses tarifs », soutient l’élu, qui est aussi le président du comité de transport de la MRC Les Moulins.

Le directeur général de l’organisme Transport 2000, Normand Parisien, unit sa voix à celle des élus municipaux. « Quand on impose des coûts trop élevés aux usagers du transport en commun, ça finit par avoir un effet dissuasif. » Il ajoute que, dès janvier 2015, les tarifs de l’AMT seront majorés d’environ 3 %. « Aller au-delà de l’inflation, c’est excessif. On a un nouveau service de train, qui pourrait motiver des centaines de personnes à délaisser l’auto en solo… N’y a-t-il pas moyen d’attirer les usagers plutôt que de les faire fuir ? », lance-t-il.

Le Train de l’Est en chiffres

  • – 671 millions, au lieu de 300 millions
  • – 13 gares, dont 10 construites pour le projet
  • – 52 km de travaux, dont 13 km de nouvelles voies de chemin de fer
  • – 11 000 passagers par jour, 2 millions de passagers attendus par an
  • – 2900 places non payantes de stationnement (700 de moins que prévu)

Cinq dates-clés

1995 Le PQ annonce le projet de train de banlieue Mascouche-Montréal, mais le laisse finalement sur la glace.

2004 Le nouveau p.-d.g. de l’Agence métropolitaine de transport, Joël Gauthier (ex-d.g. du Parti libéral du Québec), dit qu’il relancera le projet.

2006 Le premier ministre Jean Charest assure la mise en service du train pour 2009 au coût de 300 millions.

2011 Les coûts du projet sont maintenant évalués à 665 millions. Le Conseil du trésor ordonne la révision du projet bien que les travaux se poursuivent.

2012 Le PQ demande au vérificateur général du Québec d’enquêter, estimant «douteux» les dépassements de coûts.
5 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 1 décembre 2014 08 h 24

    Comme au temps de Joseph-Arthur Lavoie

    Le très compétent Ministre des Transports, ex-relationniste de presse à la SQ, a dit qu'il ne savait pas s'il y aurait des changements de gouvernance de l'AMT! Bien moi, je connais la réponse: M. Nicolas Girard, qu'il soit un bon administrateur ou non, devra partir parce qu'il ne fait pas partie de la bonne famille libérale, c'est un péquiste!
    Au Québec, la compétence importe peu, il faut être du bon parti! Comme au " Temps d'une paix".

  • Sylvain Auclair - Abonné 1 décembre 2014 13 h 33

    Gares Sauvé et Pointe-au-Trembles?

    Il me semblait que Via a depuis toujours des gares à ces endroits.

  • André Le Belge - Inscrit 1 décembre 2014 13 h 40

    Diesel, diesel

    Misère de misère, encore un autre train diesel (sauf dans le tunnel Mont-Royal) au pays de l'électricité. Une locomotive des années 50 remplaçant les locomotives à vapeur...

  • Caroline Laurin - Abonnée 1 décembre 2014 15 h 41

    Une tarification à courte vue!

    Non mais... plutôt que d'offrir des tarifs alléchant pour une première année de roulement, question de permettre aux usagés d'essayer le service, l'AMT met tout de suite les tarifs dans le plafond. Comment s'assurer que le service soit sous-utilisé au commencement... décourageant.

  • Bernard Muller - Abonné 2 décembre 2014 14 h 16

    Galère dites-vous?

    Gare de Repentigny ce matin pour le départ de 07:37...
    Parking plein. On retourne à la maison et on prends le bus comme avant. Car le bus n'est pas praticable pour aller à la gare :-(