Engouement collectif pour le vélo d’hiver

L’événement Vélo sous zéro, organisé par Vélo Québec l’hiver dernier, avait été un succès: 500 cyclistes s’étaient rassemblés pour cette randonnée hivernale sur deux roues.
Photo: Source Vélo Québec L’événement Vélo sous zéro, organisé par Vélo Québec l’hiver dernier, avait été un succès: 500 cyclistes s’étaient rassemblés pour cette randonnée hivernale sur deux roues.
Le mercure chute, les premiers flocons tombent, le soleil disparaît en milieu d’après-midi… L’hiver est bel et bien arrivé. Plutôt que de ranger leur vélo au garage, un nombre grandissant de cyclistes ont décidé d’adopter l’hiver, et ce, même si une grande partie du réseau cyclable est fermée depuis le week-end dernier.
 

Au guidon de son fat bike, François Sylvestre se sent d’attaque pour affronter la neige. Le vélo aux roues monstrueuses connaît un succès grandissant au sein de la communauté cycliste. « C’est avant tout conçu pour ceux qui veulent faire du vélo de montagne en hiver, mais j’avoue qu’en ville, dans une tempête de neige, ça peut être très agréable », explique le propriétaire de la boutique de vélos ABC Cycles, sur l’avenue du Parc, à Montréal.

Si le fat bike est de plus en plus populaire, ce n’est rien comparé au phénomène du vélo d’hiver, poursuit M. Sylvestre. « Nos ventes de pneus à clous, qui sont conçus pour adapter les vélos “normaux” à l’hiver, ont considérablement augmenté en quelques années », témoigne-t-il.

Même son de cloche à l’Écoquartier Villeray, où un atelier d’initiation au vélo d’hiver a attiré plus de 50 personnes, la semaine dernière, à la grande surprise des organisateurs. « Nous avons dû refuser des participants, faute de place. Il y a un engouement clair pour le vélo d’hiver. Les gens comprennent que ce n’est pas un sport extrême, qu’il suffit d’avoir l’équipement adéquat et le tour est joué », explique Félix Lebrun-Paré, membre du regroupement citoyen Villeray en Transition. « Cette année, je me lance ! Je n’ai plus envie d’attendre l’autobus en gelant. En plus, la majorité du temps, il n’y a même pas de neige ni de glace sur la chaussée », lance Charlotte Brut, une participante à l’atelier.

Chou blanc

Alors que les cyclistes se préparent à l’hiver, la Ville de Montréal a pour sa part retiré les bollards des pistes cyclables dites « saisonnières », qui ferment chaque année le 15 novembre, pour ne rouvrir qu’en avril. La piste cyclable Christophe-Colomb–Boyer–Brébeuf, qui traverse la ville du nord au sud en traversant notamment Ahuntsic–Cartierville, Rosemont–La-Petite Patrie et le Plateau-Mont-Royal, est désormais fermée et les voitures peuvent s’y garer. « C’est absurde qu’il n’y ait aucun axe nord-sud qui reste ouvert l’hiver, alors que de plus en plus de cyclistes seront présents dans les rues », déplore Mathieu Séguin, porte-parole de la Coalition vélo Montréal.

« La Ville de Montréal, tout comme les autres municipalités du Québec, devrait s’adapter à l’engouement pour le vélo d’hiver et offrir un véritable réseau blanc avec des pistes sécuritaires et déneigées », déclare Marianne Giguère, porte-parole de Projet Montréal en matière de vélo. Celle-ci indique que, des quelque 650 km de liens cyclables aménagés sur l’île, seulement 45 km seront entretenus à l’hiver, dont les pistes permanentes du boulevard de Maisonneuve et des rues Berri et Rachel. Rappelons que, selon le Plan de transport adopté en 2008 par les élus montréalais, un réseau blanc de 63 km devait voir le jour, comprenant un axe nord-sud. « On est encore loin de ça », soupire Mme Giguère.

Interrogée à plusieurs reprises, la direction du transport de Montréal a refusé de dire au Devoir si le réseau blanc serait agrandi cette année. « Des annonces sont prévues sous peu », s’est contenté de répondre Andrée-Anne Toussaint, attachée de presse du responsable des Transports à la Ville, Aref Salem. À Outremont, les citoyens avaient été nombreux l’an dernier à réclamer le déneigement de la piste cyclable du chemin de la Côte-Sainte-Catherine. Encore une fois, il a été impossible de savoir si le projet pilote de déneigement se poursuivra cette année, l’administration indiquant que la décision sera connue dans les prochains jours.

Un réseau éclaté

« Le problème avec le réseau blanc, c’est que le déneigement est une compétence d’arrondissement… On dépend de la bonne volonté de chaque administration », affirme Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo Québec. À son avis, le manque de concertation entre les 19 arrondissements est un obstacle de taille. « Il faut un leadership fort de la ville centre pour assurer une cohérence d’un territoire à l’autre, et il n’est pas au rendez-vous », constate-t-elle.

Mme Lareau se désole du très lent développement du réseau blanc, qui ne concorde en rien selon elle avec l’engouement des cyclistes pour le vélo d’hiver. En l’absence de pistes déneigées, la majorité des cyclistes risquent de se retrouver sur les grandes artères, où la chaussée est rapidement déneigée. « Ce n’est clairement pas le scénario idéal en matière de sécurité », dit-elle.

« Moi j’ai terriblement peur qu’il faille un autre accident grave, tel que le décès tragique de Mathilde Blais, pour que les autorités s’activent dans le dossier du déneigement des pistes », renchérit Pierre Rogué, coordonnateur de la campagne Une porte, une vie. Ce dernier admet en avoir assez d’entendre les élus brandir l’argument budgétaire pour justifier le statu quo. « Les questions budgétaires ne devraient jamais compromettre la sécurité… Et la voiture ne devrait jamais être privilégiée aux transports actifs », tranche-t-il.

Les façons de faire

Depuis quelques années, le développement du réseau cyclable s’est surtout fait grâce aux bandes cyclables sur rue, moins coûteuses à mettre en place que les pistes permanentes, rappelle la conseillère municipale Marianne Giguère. « En théorie, les bandes cyclables peuvent être utilisées l’hiver, mais la Ville refuse de s’engager à assurer leur déneigement en tout temps, puisque la neige est souvent poussée du côté droit de la rue… Ne peut-on pas repenser nos façons de faire ? On est prêts à chercher, en collaboration avec les travaux publics, des méthodes alternatives de déneigement qui seraient plus favorables aux bandes cyclables», lance-t-elle.

Le vélo d’hiver ailleurs

Durant l’hiver 2013-2014, les pistes cyclables de la rue Rachel et du boulevard De Maisonneuve accueillaient environ 600 cyclistes par jour, soit 14 % de l’achalandage estival.

Minneapolis

La quasi-totalité du réseau de 290 km est entretenue l’hiver. Jusqu’à 25 % des cyclistes font du vélo quatre saisons.

Calgary

La totalité des 700 km du réseau cyclable est déneigée 24 h à 72 h après les chutes de neige. La plus grande partie du réseau est constituée de pistes cyclables en site propre.

Ottawa

Aucun entretien des 540 km du réseau cyclable. En principe, les 280 km de bandes cyclables sur rue sont déneigés. En pratique, des tas de neige s’y accumulent.

Source : Rapport de Vélo Québec préparé pour la Ville de Montréal
50 000
Lors d’un recensement, en 2010, Vélo Québec avait calculé que plus de 50 000 Montréalais utilisaient leur vélo l’hiver. Selon l’organisme, ce nombre a énormément augmenté depuis.
 
5 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 17 novembre 2014 07 h 27

    Bon hiver!

    J'ai pratiqué le vélo d'hiver il y a quelques années, mais, avec l'âge, on devient peureux.

    En fait, le principal problème, c'est le sel, qui massacre toute la mécanique extérieur du vélo.

  • Ronald Houde - Abonné 17 novembre 2014 08 h 51

    En période de resserrement économique... pensez vélo

    En cette période de remise en question des finances publiques, les transports actifs, et particulièrement le vélo, devraient faire figure de roi dans les budgets de transport et de santé. Par rapport au transport routier, les infrastructures cyclables ne coûtent qu'une fraction des infrastructures routières et offrent des bénéfices maintes fois démontrés sur la santé et la réduction de la facture publique. Donc, plutôt que de mettre la hache dans les budgets accordés à ce mode de mobilité et remettre à demain les projets d'expansion du réseau, ont devrait rediriger une fraction des coupures budgétaires et mettre en grande vitesse les plans de mobilité active. Ce n'est pas une question de rendre quelques bobos heureux. Ce n'est que du gros bon sens économique.

  • Céline Péchard - Abonnée 17 novembre 2014 11 h 30

    Vélo d'hiver à Montréal: par où commencer?

    Avis à tous, le groupe Facebook Vélo d'hiver Montréal (+ de 2700 membres) se fera un plaisir de répondre à vos questions sur la pratique du vélo hivernal: habillement, choix du vélo et des pneus, entretien, conseils pour les trajets, etc. Prolongez la saison de vélo à votre rythme et venez chercher des encouragements! https://www.facebook.com/groups/velodhiver

  • Luc Le Blanc - Abonné 17 novembre 2014 22 h 18

    Réseau blanc? Une fraude langagière

    Parler de Réseau blanc à Montréal est une fraude langagière: il n'y a pas de réseau proprement dit, seulement des tronçons disjoints d'un arondissement à l'autre. Par exemple, quand on roule sur la piste Rachel (côté Nord), on passe de tronçons déneigés à d'autres enneigés. Auquel cas il faut changer de côté de rue si on se retrouve à rouler à contre-sens (vers l'Est). Ce pseudo-réseau est blanc de toute la neige qui l'encombre. Chemin de la Côte Ste-Catherine, c'est pire: l'ajout d'une piste en site propre a rétréci la rue, et en hiver, si la piste n'est pas déneigée, on roule entre deux autos, car il n'y a plus de place à côté. Nos élus se traînent les bottes, continuent à ne voir que l'auto, et attendent un mort hivernal pour défiler aux micros le coeur sur la main en disant «Plus jamais ça» comme après le décès de Mathilde Blais. Photo-op en instance!

  • M. Félix Houde - Inscrit 19 novembre 2014 10 h 41

    Dangereux

    Partager la route avec les autos en hiver, c'est hyper dangereux... Il y a moins d'espace et les autos risquent à tout moment de vous toucher... Pire : les plaques de glace! Je suis tombé plusieurs fois en raison de plaques de glace sous la neige, et j'ai été extrêmement chanceux qu'aucune voiture ne circulait derrière. Elles auraient pu me rouler dessus. Je n'encouragerais pas les autorités publiques à favoriser ce type de déplacement en hiver... Il ne s'agit pas d'une pratique démocratique, mais d'un sport extrême. Une clavicule cassée, c'est assez dans mon cas.