Plaidoyer pour un péage intelligent

Maquette du futur pont Champlain lorsqu’il aura été refait. Imposer un péage seulement à ce pont sans agir sur les autres ne sera pas très efficace pour améliorer la circulation sur et autour de l’île de Montréal, selon des experts.
Photo: source ministère de l’infrastructure Maquette du futur pont Champlain lorsqu’il aura été refait. Imposer un péage seulement à ce pont sans agir sur les autres ne sera pas très efficace pour améliorer la circulation sur et autour de l’île de Montréal, selon des experts.
Le gouvernement Harper tergiverse peut-être sur le nom du futur pont Champlain, mais il ne démontre aucune intention de reculer sur la question du péage. Plusieurs experts en gestion du transport, réunis cette semaine le temps d’un colloque, voient un potentiel à ce système et appellent les opposants à reconsidérer l’idée.
 

Pas de péage, pas de pont. C’est le message que martèle depuis plus d’un an le premier ministre Stephen Harper, qui compte bien aller de l’avant avec son projet, n’en déplaise au ministre québécois des Transports, Robert Poëti, et à tous les maires de la grande région de Montréal qui s’y opposent farouchement.

« Il faudrait ouvrir les yeux et arrêter de dire non rien que pour dire non. Le péage n’est pas une mauvaise chose, c’est un système qui peut se révéler très efficace pour régler les problèmes de congestion », déclare Jean-François Barsoum, spécialiste en systèmes de transport intelligents (STI) et consultant principal de l’équipe de recherche IBM Canada. Ce dernier a participé à l’implantation de STI à travers le monde et sera l’un des principaux orateurs au colloque #VillesIntelligentes, qui a lieu ce mercredi au Centre Sheraton et auquel participeront des décideurs et gestionnaires de divers ordres gouvernementaux.

 

L’exemple de Stockholm

M. Barsoum entend profiter de sa tribune pour vanter les mérites d’un système de péage « intelligent ». Il s’inspire du modèle adopté par la ville de Stockholm, en Suède, qui a permis de redynamiser la métropole en diminuant le trafic automobile jusqu’à 50 %. « Stockholm est un modèle intéressant pour nous, puisqu’il s’agit d’une ville-île, comme Montréal, entourée de ponts », fait-il valoir.


Photo: Sven Nackstrand Agence France-Presse
 

En 2005, la ville suédoise a ainsi imposé à ses quelque 20 ponts un système identique de péage basé sur un tarif modulé selon les heures de la journée. Par exemple, il en coûte environ 3 $ durant les « heures de grand trafic », la moitié moins durant les heures précédant ou la période de pointe ou y succédant, et pour le reste du temps, c’est gratuit. En parallèle, l’offre de transport en commun s’est accrue et la fluidité des déplacements vers le centre-ville est maintenant assurée en tout temps, ou presque. Le centre-ville a vu son activité économique augmenter. « Pourquoi les gens vont-ils au Dix30 ? C’est parce que l’idée d’être pris dans le trafic les décourage d’aller à Montréal. Un péage changera la donne », avance M. Barsoum.

En finir avec l’autosolo

« Le système de Stockholm est intelligent puisqu’il force les automobilistes à reconsidérer l’utilisation du véhicule, surtout pour se rendre au travail. Le problème avec le péage que veut instaurer l’administration Harper, c’est que son seul objectif est de rentabiliser l’infrastructure, il n’est pas réfléchi pour améliorer la circulation », explique M. Barsoum. Il rappelle qu’Ottawa a récemment indiqué vouloir imposer un droit de passage fixe d’environ 3 $. Le gouvernement expliquait qu’une telle somme serait « nécessaire pour rentabiliser la structure et en couvrir le coût d’entretien ». Selon l’expert en transport, ce système n’est pas efficace et ne fera qu’engendrer des débordements sur les autres ponts. Pour avoir un péage intelligent, il faut l’étendre à tous les ponts, poursuit-il.

Stéphane Guidoin, directeur des solutions de transport à l’organisme Open North, partage la même opinion que M. Barsoum. « S’il est appliqué à l’ensemble des ponts et tarifé selon les heures de pointe, le péage va enfin permettre un réel virage vers le transport collectif », lance celui qui participera aussi au colloque #VillesIntelligentes. Selon M. Guidoin, la difficulté d’appliquer ce système réside dans le fait que les ponts appartiennent à plusieurs gestionnaires, et que ceux-ci devront d’abord s’entendre sur un système de redistribution de l’argent. À Stockholm, la gestion des ponts a été confiée à une seule société, qui s’occupe notamment de répartir les profits, « une option très intéressante », souligne-t-il.

Prochaine étape: la taxe kilométrique

La majorité des experts en transport s’entendent sur une chose : péage ou pas, il faudra tôt ou tard que les dirigeants réfléchissent à un moyen de faire payer tous les automobilistes qui sont responsables du trafic, et pas juste ceux qui traversent les ponts. C’est du moins ce que pense Catherine Morency, qui dirige la chaire de recherche Mobilité, de l’école Polytechnique, et qui animera le colloque.

Selon elle, la solution réside dans une taxe kilométrique, qui remplacerait la taxe actuelle sur l’essence, principale source de financement des infrastructures routières. En installant un GPS dans les véhicules, il serait alors possible de tarifer chaque chauffeur en fonction de l’heure à laquelle il utilise certaines routes, de la nature des infrastructures, du type de véhicule, etc. « Les camions en Europe doivent déjà se soustraire à une telle taxe, et un projet-pilote est en cours en Oregon pour l’ensemble des véhicules. La technologie existe, c’est tout à fait possible et réaliste », conclut la professeure.

60 %
Pourcentage des habitants de Stockholm qui se disaient en faveur de la mise en place d'un péage, trois mois après son instauration en 2005. Avec les années, le taux d’approbation s’est maintenu autour de 70 %.
4 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 10 novembre 2014 08 h 08

    La seule solution.


    Il faudra bien s'y résoudre. Le péage intelligent sur tous les ponts est la meilleure solution...

    • dietrik reinhardt - Inscrit 11 novembre 2014 12 h 06

      On dira ce qu'on en veut. Pour être aller a stockholm, je peux vous assurer que c'est une ville où les gens sont heureux et où il me semble très agréable de vivre. Ils sont énormément plus taxés que nous les québécois... Il faut arrêter de regarder son porte-feuille personnelle et commencer à prendre des décisions qui vont bénéficier à l'ensemble de la société. Le péage modulé sur tous les ponts entourant montréal me semble donc être une excellente idée. On se doit d'être avant-gardiste! Réduire le nombre de voiture sur les routes n'a seulement que des points positifs

  • Maxime Charest - Abonné 10 novembre 2014 11 h 00

    La Solution

    Lé péage sur aucun pont est la meilleur solution ( si sa serait un nouveau pont et non un pont de remplacement sa serait déjà plus crédible) mais les conservateur ne veullent visiblement pas assumé leur responsabilité. ( Le pont est sous le responsabilité et il l'ont construit avec des matériaux de mauvaise qualité, sa duré de vie est fini et ils auraient du le remplacer a leur frais et si ils ne voullaient pas le remplacer trop vite, ils n'avaient qu'à investir beaucoup d'argent afin qu'il puissent résister le plus longtemps possible à l'épreuve du temps pour ainsi ne pas payé de nouveau après seulement 50 ans....)

    • dietrik reinhardt - Inscrit 11 novembre 2014 12 h 09

      C'est faux, je suis très loin d'être conservateur! mais le péage est la solution pour le futur! Il faut inciter les gens à lâcher leur voiture. Le transport en commun est la solution.