Le maire de Verdun rêve d’un nouveau pont

Le maire de Verdun, Jean-François Parenteau, pose devant le nouveau pont de contournement. Ce lien a été construit pour remplacer le pont de l’île des Sœurs, qui agissait comme extension du pont Champlain pour joindre l’île des Sœurs à l’île de Monréal.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le maire de Verdun, Jean-François Parenteau, pose devant le nouveau pont de contournement. Ce lien a été construit pour remplacer le pont de l’île des Sœurs, qui agissait comme extension du pont Champlain pour joindre l’île des Sœurs à l’île de Monréal.
Les résidants de l’île des Soeurs ont accès, depuis lundi, à un nouveau pont de contournement pour se rendre à Montréal. Créé en prévision des travaux du futur pont Champlain, ce lien routier ne règle en rien les problèmes de circulation des insulaires, affirme le maire de Verdun, Jean-François Parenteau, qui, appuyé par le ministre Jacques Daoust, multiplie les démarches pour construire un pont local. 
 

Fixant du regard les ouvriers qui s’activent sur le nouveau pont de contournement, Jean-François Parenteau ne peut s’empêcher de soupirer. « C’est une belle structure, on s’entend, mais ça me rappelle surtout que le mégachantier Champlain s’en vient avec tous ses désagréments », lance-t-il. Ce dernier rappelle que de nombreuses enclaves routières irritent déjà quotidiennement les habitants de l’« île-dortoir », qui dépendent des grandes infrastructures pour leurs déplacements quotidiens.

Travaux déjà en cours sur l’autoroute Bonaventure, chantier prévu dès 2015 pour le futur pont Champlain, entraves à venir sur la portion de l’autoroute 15 liée à l’échangeur Turcot… Les prochaines années s’annoncent infernales pour les habitants de l’île des Soeurs, affirme le maire. « Lorsqu’il y a des blitz de travaux, ça peut prendre jusqu’à deux heures pour traverser l’île des Soeurs, ça n’a pas de bon sens… Il faut se doter de notre propre pont, et vite ! », s’exclame-t-il.

Un pont local permettrait d’offrir une solution de rechange aux insulaires lors de travaux majeurs, mais son but premier serait de favoriser le transport actif, soutient M. Parenteau. « En construisant un axe liant Verdun à l’île des Soeurs, les insulaires pourront prendre le métro de l’Église en 15 minutes ou moins », explique-t-il.

Le ministre Daoust favorable

Le maire Parenteau affirme que Jacques Daoust, député provincial de Verdun et ministre de l’Économie, de l’innovation et des exportations, est tout à fait favorable au projet de pont local. « Nous en avons parlé à plusieurs reprises, M. Daoust comprend notre besoin et je lui ai demandé de faire avancer le dossier à Québec », soutient-il.

Au cabinet du ministre Daoust, on confirme que « le député de Verdun est sensible à la situation des insulaires » et que des échanges sont d’ailleurs en cours avec le ministre des Transports, Robert Poëti.

« Nous devrons analyser cette demande en considérant le contexte des finances publiques actuelles », répond pour sa part l’attachée de presse de M. Poëti, Valérie Rodrigue. L’arrondissement prévoit d’ailleurs déposer sa demande officielle pour le pont de service auprès du ministère des Transports d’ici au mois de février.

Dans un contexte de compressions budgétaires, cette demande est-elle vraiment réaliste ? « Oui, car ça implique de prendre de l’argent qui est déjà dans l’enveloppe de la sécurité publique et de le mettre dans celle des transports », répond le maire Parenteau. Ce dernier fait savoir que le pont éviterait la construction d’une deuxième caserne de pompiers sur l’île, puisque la seule en place aura bientôt atteint sa capacité maximale de desserte. « Si nous construisons le pont de service, nous n’aurons pas besoin d’une nouvelle caserne puisqu’il y en a une à Verdun qui serait située à côté du nouveau lien », avance-t-il.

Selon l’estimation sommaire de l’arrondissement, la réalisation d’un pont de service comportant une ou deux voies dans chaque direction, en plus d’une piste cyclable, coûterait environ 35 millions. « La valeur du pont et celle d’une caserne, avec les coûts annuels en salaire, s’équivalent », assure le maire Parenteau, qui évalue que le pont aurait une durée de vie d’au moins 40 ans.

« Il ne faut pas oublier que ce pont pourrait assurer un lien direct pour les services de secours en cas d’urgence », ajoute pour sa part Luc Gagnon, conseiller d’arrondissement à Verdun pour le parti Projet Montréal. Avec le vieillissement de la population, l’élu rappelle que les cas d’hospitalisations risquent de se multiplier et qu’à l’heure actuelle, les délais des services d’urgence peuvent être allongés par la congestion routière. M. Gagnon assure que les sept élus de l’arrondissement appuient tous ce projet, peu importe leur parti politique.

L’avis des citoyens

À l’île des Soeurs, la majorité des citoyens interrogés par Le Devoir semblent favorables au projet du maire Parenteau. « Un pont local ? Pourquoi pas, c’est tellement l’enfer, sortir et rentrer de l’île, ça ne pourrait qu’aider », lance Danny Côté, promoteur immobilier. Travaillant dans une clinique dentaire sur la Rive-Sud, Claire Thibodeau avoue qu’un tel pont ne changerait en rien « le gros trafic sur le pont Champlain », mais que ce lien l’encouragerait à se rendre plus souvent à Verdun. « Je crois que c’est une excellente idée, je pourrais me rendre plus facilement aux installations de la ville qui sont à Verdun, comme la piscine », remarque pour sa part la jeune mère de famille Isabella Kupracz.

Malgré l’enthousiasme d’un grand nombre, un groupe de citoyens s’oppose au projet du maire Parenteau. « Ce pont, ça fait plus de 40 ans que j’en entends parler ! », s’exclame Bernard Tessier, ingénieur à la retraite et membre de l’Association des propriétaires et résidents de L’Île-des-Soeurs. Celui-ci rappelle que les plans pour un tel lien routier existent depuis que l’entité municipale de Verdun-Île des Soeurs a été créée, dans les années 60. « Nous ne sommes pas contre l’idée d’avoir un lien, au contraire, nous croyons seulement que nous devons utiliser les infrastructures qui sont déjà à notre disposition », dit-il.

Ainsi, l’Association souhaiterait voir le nouveau pont de contournement devenir le « pont local ». Pour l’instant, le gouvernement fédéral prévoit détruire ce pont temporaire lorsque le nouveau pont Champlain sera achevé, rappelle M. Tessier.

« Mon comité, formé principalement d’ingénieurs, a évalué qu’il coûterait près de 40 millions pour détruire le pont de contournement… Pourquoi on n’essaye pas d’économiser et de maximiser les structures déjà en place ? », lance-t-il.

Quand on lui demande ce qu’il pense de cette suggestion, le maire Jean-François Parenteau répond que le pont de contournement ne pourrait remplir la fonction de pont local puisqu’il ne joint pas Verdun, mais bien le Sud-Ouest.

Des propriétés qui ne se vendent pas

Si les travaux routiers affectent les automobilistes de l’île des Soeurs, ils semblent aussi décourager les acheteurs. Cela fait plus d’un an que Jean-Claude Debaque tente de vendre son appartement situé sur la pointe sud de l’île. Il y a quelques mois, il s’est résigné à le louer. « Je ne suis pas le seul dans cette situation. Plusieurs propriétaires et courtiers m’ont confirmé que les acheteurs sont découragés par les enclaves à la circulation. Souvent, lorsqu’ils viennent visiter, il y a des travaux sur les ponts et ça prend une éternité pour se rendre », déplore-t-il. Selon les données de la Chambre immobilière du Grand Montréal, les délais de vente moyens à l’île des Soeurs sont plus longs qu’ailleurs (138 jours pour une maison unifamiliale et 143 jours pour un appartement en copropriété) et sont en hausse par rapport à l’an dernier. Les statistiques montrent toutefois que le prix des propriétés est stable.

52 % 

C’est le pourcentage de citoyens favorables à la création d’un pont local favorisant le transport actif, selon des chiffres recueillis lors d’une consultation publique tenue en mai 2014.


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