Des trottoirs garde-manger

À l’angle des rues Drolet et Beaubien à Montréal, le Jardinet des mal-aimées offre sa récolte aux résidants de Rosemont depuis juin 2013.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À l’angle des rues Drolet et Beaubien à Montréal, le Jardinet des mal-aimées offre sa récolte aux résidants de Rosemont depuis juin 2013.

Que ce soit par les hémérocalles qui cèdent la place aux plants d’aubergine ou par les fines herbes qui lézardent les surfaces bétonnées, l’agriculture urbaine prend d’assaut le Québec. Alors que l’an dernier les devantures gazonnées qui disparaissaient au profit de végétaux comestibles faisaient la manchette, il est de plus en plus courant de reconnaître le profil d’une tomate en bordure d’une rue passante.

 

Les Incroyables comestibles, mieux connus sous leur appellation anglaise, Incredible Edibles, sont nés d’un désir d’autonomie de la part des citoyens d’un petit village d’Angleterre. « La crise économique faisait rage en Europe et les gens cherchaient une façon de se réinventer », explique Nancy Vallée. Jardinière par intérêt, un peu par passion, beaucoup pour faire des gestes politiques au quotidien, elle a implanté le mouvement sur le Plateau Mont-Royal à Montréal.

 

À la même époque, Richard Archambault, un autre pouce vert déjà impliqué dans l’aménagement de la ruelle derrière chez lui, entreprend une démarche similaire dans Rosemont. Un an plus tard, il est difficile de tenir une liste exhaustive des jardiniers qui délaissent leurs plates-bandes pour investir l’espace public.

 

Si les Incroyables comestibles sont sans doute les plus connus en raison de leur propension à s’étaler, de nombreuses interventions agricoles poussent sans revendiquer la fameuse étiquette. Le Jardinet des mal-aimées, cette parcelle nourricière dans Rosemont, est du lot.

  

Les premières pousses

 

C’est devant un manque à gagner flagrant — une saillie de trottoir vierge — que Pascal Jean, un résidant du quartier, a décidé en juin 2013 de planter ses premières pousses. Depuis, tout un chacun est invité à mettre la main à la terre. « On ne prétend pas nourrir le monde. L’idée, c’était surtout de montrer aux gens que c’était possible, lâche-t-il avec un sourire. Après, c’est à tout le monde ! »

 

Apanage des grands centres, l’agriculture urbaine ? Que nenni. De Sherbrooke à Trois-Rivières en passant par Saint-Élie-de-Caxton et Drummondville, on retrouve de plus en plus de rhubarbe et de cerises de terre hors des sentiers battus dans de plus petites municipalités. Comme quoi il suffit d’une graine pour que le « rhizome » se répande.

1 commentaire
  • Andrée Dumas - Inscrite 2 août 2014 08 h 32

    Retour aux sources

    La hausse constante des denrées de même qu'un inquiétude quant au contenu de ce qu'on avale justifie bien un retour à l'autonomie dans la culture.
    Autrefois, chacun cultivait pour ses besoins, ça devrait redevenir ainsi pendant que nous avons espace et autres moyens physiques et climatiques.
    Quelle belle initiative que l'autosuffisance ! et Bravo pour les initiateurs !