Ferrandez est loin d’en avoir fini avec le Plateau

Luc Ferrandez souhaite poursuivre la métamorphose de l’arrondis-sement Plateau-Mont-Royal pour y améliorer la qualité de vie.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Luc Ferrandez souhaite poursuivre la métamorphose de l’arrondis-sement Plateau-Mont-Royal pour y améliorer la qualité de vie.

Gagner ses élections, c’est bien. Tenir ses promesses et appliquer son programme, c’est encore mieux.

 

Le maire Luc Ferrandez, souvent détesté hors de son fief, a été réélu haut la main dans le Plateau-Mont-Royal. Il a bien l’intention de transformer son arrondissement montréalais pour redonner plus de place aux piétons et aux cyclistes, embellir les espaces publics et bonifier la qualité de vie de ses concitoyens.

 

« On va implanter des pistes cyclables dans toutes les rues larges, annonce le maire Ferrandez. On va tracer des lignes au sol pour donner des espaces aux vélos partout où la largeur le permet. Dans Parthenais ou Gilford, il va y en avoir des dizaines. »

 

Moins de 10 % de tous les déplacements se font à vélo sur le Plateau. Dans certaines villes européennes, le transport actif génère la moitié de la circulation.

 

L’équipe de Projet Montréal qui a triomphé dans l’arrondissement aux dernières élections municipales a maintenant les coudées franches pour implanter la deuxième phase d’un ambitieux plan pour favoriser l’écomobilité dans le centre de l’Île de Montréal.

 

« Pendant la campagne électorale, Denis Coderre nous menaçait de mettre notre plan de circulation aux poubelles, explique au Devoir Luc Ferrandez, rencontré la semaine dernière. Sauf qu’Équipe Coderre a eu 10 % des votes sur le Plateau. J’ai rencontré Aref Salem, responsable du transport au comité exécutif, et il m’a dit qu’il devait bien reconnaître les voeux de la majorité. On avance sur des oeufs, mais on avance. On a rencontré les ingénieurs, les politiciens, on a fixé le plan et le budget. On est prêts. »

 

La première phase a permis de réduire la circulation de transit, par exemple en coupant l’accès à l’avenue Christophe-Colomb à partir de la rue Laurier. La seconde, implantée en 2015, va corriger les problèmes. « On va faire de nouveaux changements pour empêcher les automobiles de prendre Chambord, Marquette, ou Berri, dit le maire d’arrondissement. On va se donner un nouvel angle de passage par un corridor privilégié plus à l’ouest, autour des rues Saint-Hubert et De La Roche. »


Autour du métro

 

Les projets ne manquent pas pour continuer de transformer le quartier, petit à petit. Après avoir reconfiguré l’avenue Laurier, autour de l’école primaire et de l’église, l’équipe Ferrandez s’attaque à la place du métro Mont-Royal. La Société de Transport veut agrandir l’édicule pour y installer un ascenseur et déplacer les guichets au rez-de-chaussée. L’arrondissement va en profiter pour réinventer tout l’espace.

 

« L’avenue Mont-Royal a l’air du cal [blip], avoue le maire. Mais on ne peut pas refaire tous les trottoirs, c’est trop cher. Il faut compter environ 200 $ du mètre carré. Pour doubler l’espace piéton sur l’avenue, il faudrait des millions et des millions. On va quand même commencer par le parc des compagnons, à l’autre extrémité à l’est, et par la place du métro Mont-Royal. »

 

Pas question d’abattre les arbres de l’esplanade. Par contre, le maire souhaite éliminer la boucle de passage pour les autobus dans les rues Rivard et Berri pour rejoindre ou quitter le sud de l’édicule. La place piétonnière occupera l’espace gagné.

 

Les effets vont déborder sur l’avenue. Le stationnement serait interdit entre Saint-Denis et Saint-Hubert, pour faire place à des trottoirs élargis et à de nouveaux arbres. Les « platoiens », artistes, intellos ou badauds, livreront leurs propres idées dans le cadre de huit consultations dirigées par la firme Vlan Paysages.

 

« On propose un aménagement à l’italienne, avec une place qui irait jusqu’au pied du mur des immeubles. Après, tu installes des tables, des chaises, des bancs, la circulation est pacifiée, et la vie reprend. »

 

Voilà pour le projet phare. Et quoi encore ? Le maire promet de planter des arbres sur l’avenue des Pins ; d’étendre le terre-plein qui isole la piste cyclable dans la rue Rachel jusqu’à Rosemont ; d’en construire un rue Clark ; de refaire complètement, mais par petits projets, le parc La Fontaine.

 

Au centre, les deux sections de la rue Calixa-Lavallée devront disparaître de la même façon que le parc Laurier a récupéré l’absurde cul-de-sac asphalté qui prolongeait l’avenue Christophe-Colomb.

 

À l’ouest, l’avenue du Parc-La Fontaine devrait perdre ses trois voies en direction nord pour étendre le parc jusqu’au terre-plein. Les trois voies restantes deviendraient bidirectionnelles, si l’arrondissement s’entend avec Ville-Marie et la ville-centre. À l’est par contre, impossible de récupérer l’avenue Émile-Duployé qui coupe le parc en deux et isole la section près de l’avenue Papineau. « Tant qu’un autobus y circule, on ne peut pas y toucher. »

 

Plus au nord, le maire souhaite remodeler complètement la zone industrielle, près du Mile-End. « On voit la voie ferrée comme un espace mi-urbain, mi-champêtre où on peut faire des choses fantastiques. On repense l’aménagement de ces terrains et on a de grandes ambitions », explique-t-il.


Les écoles

 

L’idée de base est de favoriser les services de proximité, et les écoles cadrent dans le portrait. Maintenant, plus de neuf ados du Plateau sur dix fréquentent une école hors arrondissement. Un projet de revitalisation scolaire se développe autour du parc des Compagnons-de-Saint-Laurent, dans l’est de l’arrondissement.

 

« Le gouvernement du Québec veut construire une nouvelle bibliothèque et on veut l’implanter sur le terrain de l’école Jeanne-Mance, explique le maire. On songerait à donner les heures de l’aréna du parc à l’école pendant la journée. L’établissement développerait des programmes sports-études et culture-études. Nos écoles ne sont pas à la hauteur, et il faut réagir. »

 

Le Collège Mont-Saint-Louis, qui avait formé l’élite canadienne-française au XIXe et au XXe siècles, de Nelligan à Riopelle, a quitté son magnifique immeuble de la rue Sherbrooke pour déménager à Ahuntsic dans les années 1970. À moyen et long termes, après la fermeture de l’Hôtel-Dieu en 2017, Luc Ferrandez souhaite réserver une partie de l’édifice historique pour y implanter une nouvelle école secondaire.

 

Ce projet ambitieux se développerait sous le prochain mandat. Luc Ferrandez se représentera-t-il ? « Je voulais rester huit ans, répond-il. Si je n’ai pas terminé ce que je voulais faire et si personne ne se présente, on verra… »

17 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 17 février 2014 07 h 48

    Effet "pervers"

    Les arrondissements ont été créés pour essayer d'apaiser les villles fusionnées lors de la fusion. Ainsi Outremont ou Verdun ont gardé une marge d'autonomie. Mais ce qui n'était pas prévu c'est que des quartiers de "l'ancien" Montréal comme le Plateau et Rosemont (et peut-être d'autres à l'avenir) en ont profité aussi pour se particulariser. Autant cela fait-il maugréer les automobilistes, ce que la Plateau fait n'est pas différent de ce que font depuis des dizaines d'années les villes de banlieue ou d'ex-banlieue (ou des villes de la Rive-Sud où je demeure). Tout y est organisé pour détourner la circulation hors des beaux quartiers résidentiels.

    • Simon Vallée - Inscrit 17 février 2014 10 h 23

      Exactement. L'apaisement de la circulation est quelque chose que toutes les villes font. Les banlieues particulièrement sont expressément conçues pour dévier la circulation de transit sur quelques artères afin d'éviter que les rues résidentielles aient de la circulation de transit.

      Regardez les rues des banlieues sur les cartes comme Google Maps et vous verrez un véritable dédales de rues courbes qui finissent dans des intersections en T, forçant mille détours à ceux qui veulent continuer tout droit, voir même des culs-de-sac à satiété. L'île des Soeurs est particulièrement notable à ce niveau, toute sa partie sud n'est accessible que par un seul boulevard, toutes les rues perpendiculaires sont des culs-de-sac. Ça donne l'impression de suçons sur une branche.

      Le Plateau a la chance/malchance d'avoir été créée avant l'arrivée de la voiture, ses rues sont en forme de grille. Ceci est parfait pour les piétons, mais ça rend les rues résidentielles trop perméables aux voitures, et donc ça incite des automobilistes en transit à prendre des raccourcis sur des rues résidentielles. Luc Ferrandez ne fait dans le Plateau que l'écho de ce que font les banlieues, sauf que beaucoup d'automobilistes considèrent que c'est un droit acquis que d'utiliser les rues résidentielles du Plateau comme raccourcis.

      Le plus ironique dans tous ça, c'est que ce même beau monde qui se plaint des mesures d'apaisement de la circulation dans le Plateau quand ils le traversent supportent à 100% les mêmes mesures quand ils sont rendus chez eux. Personne n'aime la circulation automobile et la congestion là où ils habitent. Ces mêmes qui se plaignent de Ferrandez iraient manifester devant leur hôtel de ville pour demander leur propre Ferrandez s'il devait n'y avoir qu'une seule voiture à la minute en transit devant leur bungalow. C'est de l'hypocrisie pure et simple.

    • Jean Richard - Abonné 17 février 2014 12 h 44

      Sur l'île-même, dans le territoire de la ville de Montréal, il y a eu, bien avant quelques rues du Plateau, le boulevard Gouin dans Ahuntsic, qu'on avait scindé en plusieurs sens uniques opposés pour refouler les voitures sur Henri-Bourrassa et préserver la quiétude de cet ancien chemin de campagne qui longe la rivière des Prairies.

      L'a-t-on déjà oublié ? Et se pourrait-il que parmi les plaignards, il y ait des gens de Ahuntsic qui affectionnent leur voiture pour se rendre en ville au lieu de prendre les TEC ?

  • Benoit Fournier - Inscrit 17 février 2014 08 h 45

    Wow!

    Enfin du courage politique pour favoriser le bien-être de tous à long terme!

  • Jean Richard - Abonné 17 février 2014 08 h 50

    Une politique avec quelques faiblesses

    Si on veut améliorer la mobilité des piétons et des cyclistes afin d'augmenter la part modale des déplacements dits actifs, il faut en priorité corriger deux choses :

    - les enclaves et,

    - les points à risque d'accidents élevé.

    Les enclaves – Elles sont surtout pour les cyclistes. Le Plateau n'est pas un monastère urbain dans lequel on vit entre quatre murs en état contemplatif. Le Plateau, c'est un quartier montréalais, entouré d'autres quartiers. Or, à moins qu'on ne veuille pas de circulation cycliste et piétonnière de transit (car oui, on peut avoir des raisons de passer d'un quartier à un autre), force est de constater qu'on a peut-être mis beaucoup d'effort à favoriser la circulation sur l'axe Laurier, mais aucun sur l'axe qui lui est perpendiculaire et qui permet de traverser du Plateau à la Petite-Patrie.

    Exemple : un cycliste prend un vélo Bixi au coin de Maguire et Henri-Julien afin de se rendre dans Rosemont en passant par l'horrible piste cyclable de la rue Boyer. S'il est un peu téméraire, il se rendra sur Saint-Denis, une quasi-autoroute, et traversera sous la voie ferrée, une solution périlleuse. Sinon, il devra s'en tenir à un trajet tortueux, semé d'embûches, pour traverser soit par Clark, soit par Christophe-Colomb. La voie ferrée du CP est une honteuse enclave entre deux quartiers. Percer cette enclave est probablement plus urgent que d'aménager des voies cyclables inutilement larges sur Laurier (qui semblent accentuer les comportements délinquants non plus des automobilistes, mais des cyclistes).

    Les points à risques élevés ? Désolé, mais ce n'est pas sur le Plateau qu'en hiver, les trottoirs sont les mieux entretenus. Les erreurs de conception sont nombreuses (et on continue à les répéter) et on n'est pas pressé de remettre en question certaines techniques de déneigement qui sont pourtant à la source du problème.

  • François Desjardins - Inscrit 17 février 2014 10 h 42

    Enclave!

    Il se trouve que le PLateau est situé sur l'île de Montréal et que tout le monde paie pour ses besoins. Il se trouve que Ferandes semble vouloir que tout le PLateau soit une enclave.

    • Simon Vallée - Inscrit 17 février 2014 11 h 40

      En fait, c'est Montréal qui paie pour le reste de la province, et non l'inverse. Par exemple, les automobilistes montréalais paient des taxes sur l'essence et sur les permis et immatriculation comme ceux des banlieues, mais n'utilisent pratiquement pas le réseau routier provincial financés par ces sources de financement. En comparaison, les banlieusards utilisent abondamment les autoroutes et ne paient qu'une fraction de leur utilisation du réseau.

      Ferrandez ne veut pas transformer le Plateau en enclave, il veut simplement limiter la circulation de transit à quelques artères, ce que toutes les villes font. Le Plateau reste parmi les quartiers les plus accessibles de Montréal, accessibles à pied, en vélo et en transport en commun. Mais bon, si on considère que seuls les automobilistes comptent, on fait un portrait différent de l'accessibilité...

      Si vous voulez des enclaves, regardez plutôt ville Mont-Royal, qui a même des clôtures pour empêcher les piétons d'accéder à la ville. Ou l'île des Soeurs, ou la majorité des villes de banlieue qui ne sont pratiquement qu'accessibles par l'autoroute (si vous ne pouvez vous payer une voiture, vous n'êtes pas le bienvenu).

  • Johanne Bédard - Inscrite 17 février 2014 11 h 46

    Les chars

    Le « char » ! L'automobile, est aux Québécois ce que les l'Antiquité est aux Grecs. Impensable de s'en passer. À l'ère où l'on encourage l'activité physique, où l'on essaie de combattre l'obésité, on nous martèle à coup de publicité de bien manger, de marcher, d'aller jouer dehors, se déplacer en auto reste la devise à suivre. Oui, je comprends que certains ont l'obligation de se véhiculer autrement qu'à pied, en métro, en vélo, en autobus.

    Je comprends que les multiples activités se tenant à Montréal, exemple à la Place des spectacles, peuvent mettre en rogne les automobilistes qui doivent user de génie pour se déplacer dans la Métropole pendant les nombreux festivals. Oui, je les comprends. Mais, il ne faut oublier que Montréal grossit en population elle aussi. Il n'y a pas que la planète qui s'élargit en milliards d'humains. Cette réalité se traduit par de nombreux problèmes et de conséquences sur la qualité de vie d'un quartier. La volonté de préserver cette qualité de vie dont tous veulent bénéficier, n'est pas chose simple. La « tranquillité » des quartiers résidentiels est une nécessité et non pas un luxe, n'en déplaisent à quiconque. Les quartiers résidentiels sont les derniers endroits où, il reste, un tantinet de tranquilité, quand celle-ci n'est pas pertubée par des voisins qui manquent de civisme, qui font preuve d'agressivité, voire, de violence.

    Regardons plutôt du côté de l'Allemagne qui a compris que d'instaurer des quartiers verts était la chose à faire. On y voit de plus en plus de rues piétonnières ; les allemands se déplacent aisément à pied, en vélo, en transport en commun. Mais, leurs dirigeants ont su investir à la bonne place : dans le le transport d'humains et le transport routier : trains modernes rapides, autobus adaptés pour préserver l'environnement, circuits routiers savemment construits. Les habitudes de vie sont très difficiles à changer et les mentalités encore plus. Oserons-nous le changement pour une meilleure qualité de v

    • Simon Vallée - Inscrit 17 février 2014 16 h 09

      L'Allemagne est effectivement un bon exemple d'un urbanisme plus équilibré. On notera d'ailleurs que la majorité des villes allemandes n'ont aucune autoroute dans leur sein, les autoroutes, les fameuses autobahns, contournent les villes, elles ne les pénètrent pas. Les Allemands comprennent l'effet désastreux des autoroutes sur le tissu urbain et les gardent à l'écart des villes. Au contraire, ils ont investi dans des réseaux de transport en commun rapide qui forment de véritable toiles d'araignée, et s'étirant dans toutes les villes de banlieue, chacune possédant sa gare de stadtbahn (à mi-chemin entre le tramway et le train de banlieue).

      Ici, on n'arrête pas de construire des autoroutes dans les régions métropolitaines afin de faciliter l'étalement urbain. La plus récente est le prolongement de l'autoroute 19, annoncé à tour de rôle par les Libéraux et les Péquistes. Ces infrastructures excessivement dispendieuses sont un désastre à tous les niveaux. Nous avons déjà trop d'autoroute. Vite, un moratoire sur les autoroutes, qu'on mette de l'argent plutôt à créer des transports en commun rapides présents toute la journée et reliant toutes les banlieues. Nous sauverons des milliards à terme.

      Et si on peut, profitons-en pour se débarrasser d'une couple d'autoroute. Je vois Laval et je me dis que la 440, la 13 et la 19 ne méritent pas d'exister. Les autoroutes sont là pour les déplacements longue distance, d'une ville à une autre, et non pour se déplacer dans une aire urbaine. Des boulevards urbains ou des routes régionales seraient plus appropriées.