Postes Canada appelle au calme

Postes Canada mettra fin à la distribution à domicile du courrier en milieu urbain au cours des cinq prochaines années.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Postes Canada mettra fin à la distribution à domicile du courrier en milieu urbain au cours des cinq prochaines années.

Les dirigeants de Postes Canada invitent les grandes villes à rester calmes. La catastrophe urbanistique annoncée, avec une prolifération encombrante de boîtes postales communautaires sur les trottoirs, n’est pas sur le point de survenir.

 

Pour la première fois mercredi, la haute direction de la société de la Couronne a dû expliquer publiquement sa décision de cesser la livraison à la porte du courrier et de hausser le prix du timbre à 1 $.

 

Convoqué en comité parlementaire, le grand patron de Postes Canada, Deepak Chopra, a reconnu qu’il s’agissait d’une décision difficile. « Un changement d’une telle magnitude n’est pas décidé à la légère ou pensé à la dernière minute, a-t-il expliqué aux élus revenus de congé de Noël pour l’entendre. Il y aura des changements difficiles à faire […] il y a toujours des besoins contradictoires des Canadiens qu’on essaye d’équilibrer. »

 

M. Chopra a répété inlassablement que la quantité d’enveloppes livrées était en chute libre, mais que les colis se multipliaient dans un contexte où les citoyens ne sont pas chez eux le jour pour les recevoir. Les boîtes communautaires permettent de laisser des colis en sécurité. « Si la dimension du courrier et la forme du courrier changent, n’est-il pas temps que les boîtes aux lettres changent aussi ? », a-t-il demandé.

 

Mobilité réduite

 

Or, ces boîtes communautaires n’enchantent pas les aînés et les personnes à mobilité réduite. Car pour eux, se déplacer au bout de la rue peut être tout un aria, surtout sur des trottoirs enneigés, et les boîtes rassemblent parfois des centaines d’adresses. Si la leur se trouve en hauteur, comment l’atteindront-ils, a demandé Bob Brown, du Conseil des Canadiens avec déficiences. Ce n’est pas tout le monde qui habite près d’un parent ou d’un ami qui peut récupérer pour eux leur courrier, a-t-il déploré.

 

Les personnes à mobilité réduite font aussi souvent partie de la classe moins fortunée, ayant parfois recours à l’assurance sociale, a souligné son collègue Roy Haynes au comité. Elles n’ont pas toutes Internet à domicile pour recevoir et payer leurs factures en ligne.

 

À ces préoccupations, M. Chopra avait une réponse toute préparée : « Les deux tiers des Canadiens reçoivent leur courrier par un système centralisé, que ce soit par les boîtes communautaires ou les boîtes dans les halls des immeubles à appartements. Et ces deux tiers comprennent des aînés et des personnes handicapées. »

 

Urbanisme

 

Son collègue Jacques Côté, responsable des livraisons, a par ailleurs soutenu devant les journalistes que Postes Canada ne défigurera pas les grandes villes. « On va commencer dans les régions qui ressemblent aux endroits où les boîtes communautaires sont déjà bien localisées, donc les banlieues et les endroits peu densément peuplés. Lorsqu’on arrivera dans les grands centres urbains, notre objectif est d’avoir de l’équipement qui va bien s’intégrer et qui sera sécuritaire. Peut-être qu’on travaillera avec des petits commerçants souhaitant avoir des boîtes dans leur magasin pour créer de l’achalandage. »

 

Alors, y aura-t-il des boîtes partout à Montréal ? « Ce n’est pas nécessairement la solution, a répondu M. Côté. On a encore beaucoup de travail à faire avec les municipalités pour comprendre leurs besoins. On sait qu’on ne peut pas obtenir de succès en se battant avec tout le monde. On va trouver des solutions […] Il est trop tôt encore pour monter aux barricades. »

 

Par ailleurs, M. Chopra a avoué, après de multiples questions, que le gouvernement conservateur a su lundi dernier que Postes Canada annoncerait sa décision le mercredi. Or le Parlement a inopinément fermé boutique mardi soir pour le congé de Noël.

 

Le président de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes, Daniel Kelly, a enfin noté que ses membres ont besoin de recevoir leur courrier par la poste car l’Agence du revenu du Canada les oblige à conserver des copies papier de leurs factures. La FCEI a été consultée par la société d’État.

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