Il faut régénérer la richesse des paysages de la métropole

Quelle orientation devrait prendre dans l’avenir au Québec le développement de l’urbanisme ? Considérant que le développement durable doit en constituer l’assise, plusieurs voies s’ouvrent, mais une, en particulier, s’impose : l’aménagement approprié et réfléchi des espaces urbains. Même si l’on convient que l’urbanisme a toujours été concerné par l’espace, les objectifs à poursuivre doivent désormais se distinguer du type de planification spatiale qui fut propre à la ville moderne. Ce dernier était avant tout concerné par le temps, à savoir par le genre de développement à privilégier pour répondre aux défis économiques et démographiques pointant à l’horizon.

 

Dans le cas de la ville postmoderne qui, à l’exemple de Montréal, se refait maintenant largement sur elle-même, il s’agit davantage de répondre à la diversité des situations et des modes de vie.

 

Le défi du réaménagement urbain

 

Le cadre urbain reste cependant nécessaire à l’échelle métropolitaine. La Communauté métropolitaine de Montréal en a proposé un plutôt satisfaisant en 2012 avec son Plan métropolitain d’aménagement et de développement du territoire métropolitain. Ce PMAD définit des orientations, des objectifs et des critères aux fins d’assurer la compétitivité et l’attractivité du Grand Montréal.

 

À cette échelle, il s’agit principalement de délimiter ce territoire d’urbanisation pour favoriser un développement durable. Cela implique de consolider les pôles économiques, d’augmenter la superficie des terres cultivées et de développer des quartiers de type TOD (Transit Oriented Development) en dirigeant au moins « 40 % de l’urbanisation projetée dans un rayon d’un kilomètre autour des stations, actuelles et projetées, de métro, de trains de banlieue, de service léger sur rail (SLR) et de services rapides par autobus ». C’est précisément dans ce besoin de densification et de réaménagement de la ville existante par le recours à l’urbanisme de projet que réside le grand défi de l’urbanisme à venir à Montréal.

 

L’urbanisme de projet s’est développé au cours des dernières décennies à Montréal comme en témoignent le Vieux-Port, la Cité du multimédia, le Quartier international, le projet Angus et la place Simon-Valois. La Ville a adopté en septembre 2005 « une stratégie de soutien à la réalisation des grands projets, en désignant quelque 60 projets majeurs à mettre en oeuvre sur une période de 20 ans réunis dans le document Imaginer – Réaliser Montréal 2025, qui tient lieu de portefeuille de projets majeurs ».

 

Ces projets nécessitent des études poussées pour assurer un aménagement cohérent et appropriable en fonction d’un développement durable inscrit dans l’esprit des lieux. Lorsque l’on considère certains projets réalisés ou à venir, comme la Cité du commerce électronique et les tours de condos projetées dans son voisinage ou, encore, le projet du Groupe Devinco à Griffintown et d’autres en développement ou prévus dans ce secteur, il est à craindre que la Ville et les arrondissements n’aient pas tous les outils et les compétences pour intervenir d’une façon satisfaisante dans une telle variété de projets de réhabilitation, d’insertion et de réaménagement.

 

La présence universitaire est un atout majeur

 

Montréal a l’avantage de posséder quatre universités. Ces institutions offrent des programmes d’urbanisme, de design urbain, d’architecture, d’architecture de paysage. Une partie de la formation des étudiants consiste à documenter et à étudier des lieux et des sites de façon à concevoir des projets d’aménagement. Un bon projet urbain surgit de l’esprit et de la culture des lieux : il nécessite un concept d’aménagement original et appropriable qui s’inspire de l’évolution de la trame urbaine, du patrimoine architectural et des modes de vie en présence ou à prévoir.

 

De concert avec des professeurs, la Ville pourrait recenser parmi les projets majeurs choisis pour être mis en oeuvre ceux qui profiteraient le plus des recherches et des réflexions de professeurs et d’étudiants. Pour ne prendre qu’un seul cas, on peut penser au projet de redéveloppement du site de l’Hippodrome dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce dont les modalités d’accès et d’insertion dans ce secteur particulièrement éclaté sont loin d’être évidentes. Cela permettrait d’approfondir les connaissances des lieux concernés et de tester différentes approches de réhabilitation et d’aménagement. Comme des expériences du genre se font déjà à la faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal et à l’École de l’urbanisme de l’Université McGill, il s’agirait d’élargir la participation des institutions à ces exercices et d’assurer un cadre approprié de gestion au niveau tant de la Ville que des institutions universitaires.

 

Un des problèmes concernant les projets d’aménagement à Montréal, c’est que l’Office de consultation publique est souvent amené à intervenir d’une façon trop tardive, alors que le choix des fonctions et des propositions d’aménagement est arrêté ou que la réalisation est trop avancée pour qu’on puisse envisager des approches différentes ou des changements en profondeur, comme ce fut le cas, par exemple, pour le projet de réaménagement de l’autoroute Bonaventure dans Griffintown. Avec l’apport soutenu des universités, l’Office pourrait travailler davantage en amont, à savoir prendre connaissance des orientations possibles et en informer les citoyens de façon à mieux cibler les interventions souhaitables.

 

Plusieurs paysages urbains montréalais sont uniques au Canada parce qu’ils ont été façonnés par l’apport de deux cultures majeures, la française et l’anglo-saxonne. Les universités montréalaises reflètent également cet héritage culturel. Pourquoi ne pas profiter de leurs apports dans les professions reliées à l’aménagement urbain pour régénérer la richesse des paysages de la métropole ?

3 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 26 novembre 2013 09 h 10

    Hé ho !!! AAPQ !!! Y-a quelqu'un là-dedans ???

    J'ai récemment apprécié et dévoré le livre du groupe dirigé par Marie-France Bazzo et intitulé : De quoi le territoire du Québec a t-il besoin ?

    Suite à cette lecture, je me suis demandé pourquoi aucun architecte-paysagiste n'avait été interviewé pour apporter une contribution à ce document dont la pertinence ne fait pas de doute. Où est l'Association des Architectes paysagistes du Québec (AAPQ) ?

    Le présent article vient me rappeler encore une fois que les professions d'urbaniste et d'architecte s'expriment souvent sur la question paysagère et c'est bien ainsi. Est-ce parce qu'elles veillent au grain ou parce que les médias les consultent ?

    Il m'apparaît que l'AAPQ devrait se réveiller de sa torpeur et s'exprimer ?
    Son absence dans le débat me dérange et m'inquiète.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 26 novembre 2013 11 h 24

      C'est bien ce que je pensais.