L’urbaniste, un intégrateur en matière de développement durable

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Un des rôles de l’urbaniste est de s’assurer que les projets de développement sur l’ensemble du territoire dans un secteur particulier soient intégrés et respectent les règles de l’art.
Photo: Olivier Zuida - Le Devoir Un des rôles de l’urbaniste est de s’assurer que les projets de développement sur l’ensemble du territoire dans un secteur particulier soient intégrés et respectent les règles de l’art.

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine des professionnels 2013

Ils sont quelque 800 urbanistes à être membres d’un ordre professionnel au Québec, dont le vaste mandat se rapporte à la planification et à la gestion du développement rural, urbain et régional. Ils sont des guides qui utilisent leurs compétences pour éclairer les élus et les citoyens dans leur prise de décisions affectant les territoires et leurs habitants. À l’occasion des 50 ans d’existence de l’Ordre des urbanistes du Québec, son président, Robert Cooke, jette un éclairage sur cette profession.

Qu’en est-il au juste des interventions de l’urbaniste ? « Son rôle, c’est de s’assurer que les projets de développement sur l’ensemble du territoire dans un secteur particulier soient intégrés et respectent les règles de l’art en ce qui concerne, bien sûr, le développement durable : on parle d’intégration sur les plans social et écologique, tout en tenant compte de l’aspect économique. » Il fournit cette explication : « Souvent, la problématique économique se pose du fait que le promoteur immobilier s’en tient uniquement à une rentabilité financière, alors que l’urbaniste se doit de sensibiliser les différents intervenants qui œuvrent dans le domaine de l’aménagement du territoire ; il lui revient de s’assurer justement de l’intégration de l’ensemble des activités qui s’y déroulent. »

Interdisciplinarité

L’interdisciplinarité compte pour beaucoup dans l’exercice d’une profession qui s’intéresse notamment au développement immobilier et à l’aménagement du territoire : « Effectivement. Un urbaniste ne peut exercer dans son milieu sans considérer la capacité portante des lieux et celle des réseaux existants ; on se doit de faire affaire avec un ingénieur en structure pour les lieux et de recourir à un ingénieur civil pour les réseaux d’aqueduc et d’égout. Si on se tourne vers un projet dans un secteur dense qui va concerner 1000 ou 2000 logements additionnels, il va y avoir une conséquence sur la circulation. Si on parle de mettre en valeur un site, cette opération exige que le volet écologique entre en ligne de compte, parce que c’est un milieu naturel qui sera urbanisé : est-ce qu’on détruit des milieux qui sont sensibles ou est-ce qu’on les met en valeur dans un tel cas ? »

Dans toutes ces situations, plusieurs professions sont en cause : « Il y a des choix à faire à l’intérieur de tout cela. Donc, biologistes, ingénieurs et architectes sont mis à contribution sur le type de bâtiment qui doit être construit, sur son style architectural et sur son intégration dans son environnement. Quand on pense à mettre en valeur un secteur d’une municipalité, tous ces éléments font partie des enjeux et on doit travailler en étroite collaboration avec les différents professionnels qui sont concernés. »

Questionné sur l’existence d’une harmonisation dans le travail de ces gens issus de divers horizons, Robert Cooke signale que la profession a beaucoup évolué : « Il y a quelques années, on considérait souvent les urbanistes comme des penseurs et des rêveurs. Aujourd’hui, on n’a pas d’autre choix que de s’asseoir avec tous les intervenants, et il est devenu impossible de ne pas accorder une importance majeure au rôle de l’urbaniste dans une perspective de développement durable ; il a un rôle d’intégrateur des diverses activités professionnelles et il doit s’assurer que les différents professionnels se parlent, ce qui est devenu extrêmement important. »

La valeur ajoutée à l’urbaniste

Au chapitre de la transparence et de la crédibilité inhérentes aux décisions prises en urbanisme, l’urbaniste lui-même est tributaire en quelque sorte du politique : « Cela passe par le rôle direct qu’il a à jouer, dès la base, avec le milieu municipal et avec le niveau gouvernemental. » Il existe de grandes orientations gouvernementales qui sont intégrées dans les divers documents de planification que sont les schémas d’aménagement dans les régions et les plans d’aménagement dans les communautés métropolitaines ; il en découle des plans d’urbanisme pour les municipalités constituantes et des règlements applicables auprès de la population.

Au point de départ, il appartient à la profession de guider les élus : « On intervient pour les aider à déterminer des orientations. Je crois que le rôle de l’urbanisme au Québec, c’est de s’assurer que les personnes qui conseillent les décideurs élus dans tous les ordres de gouvernement soient compétentes et respectent les règles de l’art ; l’importance de la profession ici, c’est de s’assurer que les urbanistes répondent à des critères très précis en matière de formation et d’acquis professionnels. »

Le temps étant venu d’aborder l’aspect de la protection du public par l’ordre, le président se prononce de la sorte : « Cette protection relève de la formation des membres, parce que c’est un titre réservé et qu’il n’y a pas d’actes qui soient réservés en urbanisme, contrairement à certaines autres professions, notamment en santé. Certaines personnes qui n’ont pas nécessairement les compétences pour œuvrer comme urbaniste le font en émettant des recommandations, sans que le citoyen puisse profiter des recours pour se protéger dans un tel cas. Je considère donc que, dans un premier temps, l’acte doit être réservé. »

Il lui est difficile d’indiquer des points précis sur lesquels pourraient porter des plaintes de citoyens, en raison de la nature même de la profession : « Ce sont les élus qui finalement prennent les décisions. De notre côté, on doit s’assurer que l’analyse a été bien menée, que l’information est complète et qu’on présente toutes les options susceptibles d’éclairer les décisions ; on passe par le volet politique. »

Congrès anniversaire

« Civiliser le changement », tel est le thème du congrès du 50e anniversaire de l’Ordre, qui se tiendra du 23 au 25 octobre. Robert Cooke explique de quoi il en retourne : « Ça veut dire s’ajuster à l’évolution de ce qui se passe ; c’est intervenir pour faire du développement durable en considérant l’ensemble du développement et la complexité de l’aménagement du territoire. C’est une mise à niveau en fonction de l’évolution de la civilisation. »

Ce type de développement a eu un impact majeur sur la profession : « Il a forcé à intégrer les intérêts divergents vers un consensus, qu’il s’agisse des économistes, des promoteurs, des écologistes ou des ingénieurs. On veut que ce congrès serve à sensibiliser l’ensemble des professionnels et les nôtres à la réalité d’aujourd’hui. »


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