Québec - Questions sur un étrange nouveau credo architectural

La séance de consultation publique tenue le mardi 18 juin 2013 à Québec en lien avec un amendement au règlement municipal qui permettrait une construction de six étages à l’angle des rues Cartier et René-Lévesque a permis de soulever plusieurs questions. En voici quelques-unes.


Le règlement d’urbanisme actuel de la Ville de Québec pour le secteur environnant la rue Cartier (zone 14 050 Mb) prévoit des constructions n’excédant pas quatre étages. Un promoteur demande aujourd’hui une dérogation pour six étages. Ce choix éclairé de quatre étages fait dans le passé par des gens avisés ne vaudrait plus aujourd’hui, en 2013 ? Autre époque, autre vérité ? Que nous réservent les choix d’intégration de demain ?


Dans les dernières années, les nouvelles insertions sur ou à proximité de la rue Cartier n’ont pas dépassé quatre étages et ont, pour la plupart, utilisé la brique en totalité ou en partie pour rappeler la « texture » des alignements construits de Montcalm. Les auteurs de ces projets ont fait preuve de respect en se conformant ainsi aux règlements municipaux. Que va-t-on leur dire aujourd’hui ? Qu’ils avaient tort ? Est-ce là la manière pour une ville de respecter les citoyens ayant fait preuve de responsabilité par rapport aux règlements de leur ville ?


Les citoyens du secteur, auxquels on impose maintenant de conserver les éléments architecturaux extérieurs en bois de leurs maisons, soit en réparant ces éléments, soit en les reproduisant à l’identique s’ils nécessitent un remplacement, portent une lourde responsabilité financière sur leurs épaules individuelles. Les coûts rattachés sont très élevés. Mais un promoteur demande qu’un règlement prévoyant une hauteur maximale de 13 mètres soit changé pour 21 mètres, en plus d’ignorer complètement les matériaux traditionnels du milieu, et on va accepter ? Où est la logique de nos décideurs publics ? Est-ce la bonne façon pour ces décideurs d’obtenir le « respect » et la confiance de leurs concitoyens ?

 

À quoi sert l’urbanisme?


Si un tel amendement est autorisé par la Ville, quel message envoie-t-on aux propriétaires avoisinants, dont les propriétés commerciales ou mixtes ont 2 ou 3 étages ? Allez, construisez et gagnez de l’espace en hauteur… la voie est libre. D’ailleurs, le bal est déjà commencé. On a rapporté dès le 19 juin, dans un journal, la volonté d’un propriétaire avoisinant de demander lui aussi un amendement au règlement municipal. Finalement, à quoi sert le plan d’urbanisme si on le modifie au gré des demandes particulières ? Tant qu’à y être, à quoi servent les responsables de l’aménagement de la Ville de Québec ? Ce service est-il vraiment nécessaire ?


La « densité » est le nouveau credo et la nouvelle religion qui, semble-t-il, doit s’appliquer inconsidérément chaque fois qu’il est question d’une reconstruction dans le quartier Montcalm (et ailleurs…). Mais le quartier Montcalm n’est-il pas l’un des plus denses de toute la nouvelle ville de Québec ? Si l’on suit ce raisonnement, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique et démolir des édifices patrimoniaux, vieux, pour laisser place à des tours, comme l’a suggéré un intervenant lors de la consultation publique du mardi 18 juin ?


Le nouvel édifice doit, selon les critères avancés par la Ville de Québec, faire écho au nouveau pavillon à construire du Musée national des beaux-arts du Québec, faire contraste tout en présentant des proportions, une implantation et des matériaux qui s’harmonisent au milieu d’insertion. Est-ce le cas ici ? Non. Ni les proportions ni les matériaux n’évoquent le milieu d’insertion. Et, d’autre part, est-il judicieux de se référer à un projet qui ne fait pas encore l’unanimité parmi les professionnels de l’architecture ?


Dans ce nouvel édifice, des condominiums pour des jeunes en début de carrière, avance-t-on ? Mais à quel prix ? 225 000 $ pour une petite unité ? Derrière ce leurre, a-t-on fait le cumul des frais communs et de la réserve à payer mensuellement en sus des versements d’intérêt et de capital ? C’est ça, la nouvelle façon d’introduire de nouveaux jeunes résidants dans le secteur ? Lesquels ? Les plus nantis ?


Il n’y a aucun espace de stationnement intérieur prévu pour les occupants, nombreux, de ce nouvel édifice. La solution ? Les vignettes. Mais qui n’a pas constaté la difficulté de stationner dans le secteur de la rue Cartier ? On va donc surcharger un espace déjà lourdement hypothéqué ?


La rue Cartier ne va pas si bien. Des commerces ferment. Pour quelle raison ? Plusieurs motifs, sans doute, mais notamment, la difficulté de s’y rendre et de stationner pour faire ses achats. Nombreux sont ceux qui écartent maintenant cette rue du trajet de leurs courses. Beaucoup trop difficile d’y stationner. Les commerces peuvent-ils survivre uniquement avec la clientèle de proximité ? Et, dans un tel contexte, on va rendre le stationnement plus difficile, avec l’appui des commerçants ? Faut-il y voir une volonté de se suicider commercialement chez certains acteurs de la rue ?


Toutes ces considérations nous ramènent à une question fondamentale, celle de l’identité. Quelle identité voulons-nous pour Québec, laquelle nous est propre, nous convient et nous permet de nous distinguer, avec toutes les conséquences économiques et sociales que cela suppose ? Tenant compte de la reconnaissance internationale que connaît Québec comme site reconnu du patrimoine mondial et de la fierté que ses citoyens en retirent, nous devrions réfléchir deux fois avant de diluer inconsidérément notre héritage. D’autres solutions existent.

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