Réinventer l'urbanisme - Un modèle difficile d’application

À Bogotá, les vélos sont rois.
Photo: Fernando Vergara - Associated Press À Bogotá, les vélos sont rois.

Québec — Les idées de l’architecte da nois Jan Gehl sont applicables partout, selon le président de l’Ordre des urbanistes, Claude Beaulac, mais il y aura des embûches.

La première ? Le grand nombre de professionnels concernés par l’aménagement des lieux publics. « Il y a un besoin énorme de coordination et de compréhension mutuelles, dit-il. Il faut penser aux usagers à pied, aux usagers à bicyclette, en voiture. Vous avez des commerçants, des fournisseurs de services de communications, les égouts, l’aqueduc, l’électricité, le gaz, les services d’urgence, la sécurité publique, la signalisation, l’éclairage, l’animation des lieux… Ça fait beaucoup de monde. »


Il ajoute que le pouvoir des villes est « limité » par rapport aux compagnies de télécommunication qui « ont des pouvoirs au niveau fédéral » et des « exigences techniques » pour l’emplacement des fils. Pour contrer ces problèmes, tous ces acteurs ont signé en juin une déclaration « en faveur d’une gestion concertée et d’un développement harmonieux des espaces publics ».


Pour l’urbaniste Jayne Engle-Warnick, qui signe la postface du livre Cities for People, il faut agir en priorité sur l’aménagement des rues. « La rue constitue l’espace public le plus important d’une ville, écrit-elle. À Montréal, la configuration de bon nombre de rues montre que le bien-être des citadins n’y est pas une priorité. »


Quand même, ajoute-t-elle, Montréal a déjà de « bons points de départ ». « Des quartiers qu’on peut parcourir à pied, une culture cycliste en plein essor, des places publiques et des parcs où s’attarder, une agriculture urbaine qui gagne en popularité et la possibilité de vivre sans voiture. »


Et qu’en est-il des petites villes ? Les idées de Jan Gehl valent-elles seulement pour les grosses ? Non, dit M.Beaulac, mais partout, il « faut faire évoluer les mentalités ».


Mais dans le milieu des urbanistes, les propositions de Gehl sont très populaires. « Le livre est un franc succès auprès des urbanistes et des designers urbains », dit-il. L’Ordre a d’ailleurs participé au montage financier de la traduction au Québec.


***

Des idées pour le Québec venues d’ailleurs

Véritable guide pratique de l’aménagement, l’ouvrage de Jan Gehl Cities for People présente toutes sortes de solutions pour rendre les villes plus animées et agréables. En voici quelques-unes.
 

Rome, Italie : les escaliers comme dernier recours


Les escaliers sont des barrières psychologiques pour les piétons, note Gehl. « Là où c’est possible, on les évite », écrit-il. Toutefois, on peut les « maquiller » pour que le parcours semble plus facile avec des paliers et un aménagement invitant, comme l’escalier de la Trinité-des-Monts à Rome. Quand même, mieux vaut miser sur les rampes d’accès qui permettent aux personnes à mobilité réduite et aux enfants de poursuivre leur chemin plus facilement.


San Francisco, États-Unis: plus de soleil et moins de vent

En 1985, San Francisco s’est dotée d’une politique climatique pour contrer les corridors de vent dans le centre-ville. Elle impose aux immeubles des constructions en escaliers et des limites aux hauteurs qui permettent au soleil d’atteindre les rues. Les promoteurs doivent en plus mener des tests pour s’assurer que leurs projets ne créent pas de problèmes éoliens.

Bogotá, Colombie : tous les dimanches sans voiture

À Bogotá, on réserve des rues aux cyclistes, les « ciclovias », tous les dimanches. Créée pour encourager la pratique du vélo, cette pratique a été imitée un peu partout en Amérique centrale et du Sud. Gehl note que le dimanche convient tout particulièrement à ce genre d’activité parce que la circulation automobile est limitée et que les gens ont plus de temps pour faire de l’exercice.

Danemark : le virage à droite mauvais pour les vélos

Le virage à droite au feu rouge n’a pas la cote au Danemark. Cette pratique « serait inconcevable dans les villes se voulant propices à la marche et au vélo », écrit Gehl. « Une bonne visibilité aux intersections est cruciale. » C’est pourquoi le Danemark interdit aux voitures de se stationner à moins de 10 mètres d’un carrefour.

Copenhague, Danemark : déneiger pour les piétons et les vélos

À Copenhague, les zones piétonnes et pistes cyclables sont dégagées avant les voies réservées aux voitures. « Autant que possible, une ville doit être propice à la marche à longueur d’année, à toute heure du jour et de la nuit. »
1 commentaire
  • Christian Nadeau - Abonnée 13 octobre 2012 10 h 39

    Une ville sans trafic, sans bouchon et sans voiture!

    Le lien suivant présente une excellente vidéo sur ce qui se fait à Copenhague au Danemark: http://socioeconomie.wordpress.com/2012/09/22/incr

    À voir! Vraiment étonnant!!