L’architecture végétale : utopie ou solution?

Daniel Corbeil travaillant sur sa tour Cité laboratoire
Photo: Alain Laforest Daniel Corbeil travaillant sur sa tour Cité laboratoire

Après les terrasses sur les toits, les jardins verticaux, les poules ramenées en villes, pourquoi pas un gratte-ciel végétal ? L’artiste-sculpteur Daniel Corbeil propose sa propre tour verte et vivante à la Maison de l’architecture du Québec (MAQ), dès jeudi jusqu’au 3 novembre. Clin d’oeil mi-critique, mi-poétique sur les projets d’architecture végétale en vogue dans le monde.


La structure d’une dizaine de pieds de haut, sous forme de maquette géante, trône au milieu de la petite galerie, rue Saint-Antoine Ouest. Une multitude d’étages s’élèvent jusqu’au plafond, abritant des arbres miniatures, les habitacles évoquant des appartements ainsi que des plantes et des poissons - des vrais !

 

La nature en ville


« Dans les livres qui développent l’idée de réintégrer la nature dans la ville, c’est toujours présenté sous forme de modélisations, c’est encore de l’ordre de l’utopie, explique l’artiste. L’idée est donc de confronter l’utopie au réel en construisant une tour à échelle réduite. »


Il tient à la maquette - dont il s’amuse à détourner les échelles -, approche délaissée par les architectes avec l’arrivée des outils informatiques, qui permet un rapport sensoriel à l’objet architectural, dit-il. Et il compte faire évoluer son oeuvre au fil des semaines, en espérant voir ses plantes grandir jusqu’à supporter certaines structures.


Au mur, un plan en coupe de la tour ajoute des détails sur les systèmes d’alimentation en énergies diverses et sur les fonctions multiples de l’édifice, des plus logiques aux plus fantaisistes. L’oeuvre dans son ensemble offre un concentré de tous les possibles - et impossibles ! - de l’architecture verte.


Les projets de tours végétales pullulent ces dernières années chez les architectes, la plupart verticalement couvertes de verdure, abritant ici des serres, là des cascades, des terrasses aquatiques et, pourquoi pas, des vaches et des chevaux. Certains sont en cours de réalisation, comme l’« iconique tour » de Jean Nouvel, à Sydney, ou la Tour de la biodiversité d’Édouard François, mais la plupart restent à l’état d’étude. En écho à l’installation de Daniel Corbeil, l’exposition propose un survol de ces aventures, d’hier à aujourd’hui. Car l’utopie en architecture remonte au siècle passé.


« Avec les nouvelles possibilités informatiques, on revoit des formes qui étaient présentes en sculpture dans les années 1960 », dit le professeur d’art du cégep du Vieux-Montréal, dont les créations évoquent parfois les théories du mouvement Archigram de cette époque, alors en pleine conquête de l’espace. L’obsession du développement durable, de la densification des villes, l’eldorado de l’autarcie énergétique sont propices au retour en force des utopies en architecture, qui prennent souvent la forme du symbole de la modernité en architecture : le gratte-ciel.

 

Plans et maquettes


Daniel Corbeil rêvait de devenir architecte. Son travail d’artiste prend d’ailleurs souvent la forme de maquettes et de plans détaillés. Le paysage, surtout industriel, donc touché par l’humain, s’est toujours inscrit au coeur de sa démarche de ce natif de Val-d’Or, qui a grandi avec des sites de résidus miniers comme terrain de jeu. D’étranges « déserts de Gobi », comme il les décrit, qui l’ont peut-être mis sur la piste de l’architecture futuriste, où, cette fois, le paysage s’insère dans la construction humaine.


Car ces architectures utopistes, tout en les critiquant, il les admire aussi forcément. « Faire rêver, c’est important. »