#chroniquefd - Pour un art urbain qui foisonne

La question a résonné dans les couloirs des réseaux sociaux la semaine dernière : Pourquoi Montréal, ville créative qui a donné naissance à l’artiste de rue Peter Gibson - Roadsworth pour les intimes - semble un terrain si peu propice à la prolifération de l’art de rue, le street art, comme on dit du côté de Londres, Berlin, Paris, Barcelone, où ce genre d’interventions artistiques en milieu urbain trouve un écho favorable ? Et bien sûr, cela en soulève une autre : Comment faire pour favoriser un renversement de situation et surtout faire foisonner avec intelligence et respect ce type d’art qui aime surprendre ?


Étonnant, mais souvent dérangeant, le street art, en transformant un passage piétonnier en empreinte de pied géant, en installant des fermetures éclairs sur des lignes jaunes, en détournant une fissure dans un mur pour en faire un fil de téléphérique dessiné sur ledit mur ou en transformant des escaliers publics en touches de piano multicolores, ne laisse jamais indifférent, hélas pas toujours pour les bonnes raisons.


Geste créatif improbable, spontané qui trouve forcément sa cohérence hors des cadres, ces oeuvres éphémères, qui remettent en question la trame urbaine en en jouant, sont souvent perçues comme des actes de vandalisme condamnables, surtout dans les sociétés et villes vieillissantes où le conservatisme tend à s’épanouir à la faveur de préoccupations sécuritaires.


Peter Gibson a mis le phénomène en lumière en 2001 en se faisant arrêter puis juger par un tribunal municipal pour les oeuvres débordantes de poésie qu’il avait semées un peu partout dans la ville. Sans autorisation, mais au grand bonheur des citadins qui ont la chance d’y être exposés.


Les adeptes du yarn bombing, l’art par le tricot qui consiste à habiller de laine un abribus, un lampadaire, une statue…, connaissent également la chanson, eux qui voient leur travail généralement retiré manu militari par des gardiens de sécurité, des cols bleus, des citadins psychorigides, à peine la dernière maille - à l’endroit ou à l’envers - posée. On est bien loin des années soixante, où la Place Ville-Marie à Montréal avait dû annuler une exposition de sculptures monumentales sur son parvis en raison de protestations de passants et de bien-pensants qui jugeaient les oeuvres trop peu figuratives. Mais finalement, tout ça en est encore très proche.


Pourtant, dans d’autres métropoles, l’art urbain ne semble pas devoir composer avec les mêmes contraintes, comme en témoignent les nombreuses preuves photographiques qui s’exposent chaque semaine sur les réseaux sociaux. De manière épidémique. Ici en dévoilant une paire de lunettes géante dessinée sur le sol s’appuyant sur un lampadaire pour faire apparaître une de ses branches, là en transformant des caméras de sécurité en têtes d’autruches, ou encore en donnant des expressions humaines à des boîtes électriques, des bornes d’incendie, des vélos posés contre un mur, le tout par le dessin et surtout une ingéniosité narrative qu’il est bon d’exposer, aujourd’hui, pour une métropole et ses habitants, surtout à la face du monde.


Encadrer pour faire émerger l’art urbain, l’idée donne parfois de bons résultats et créé des festivals voués au street art, délimite des espaces à conquérir dans la ville ou encore fait apparaître des chaises géantes devant une entrée de métro. Mais c’est surtout d’une tolérance, d’une ouverture sociale, d’un environnement propice que cette forme d’art a besoin, ce qui, à Montréal, pourrait s’incarner dans un répertoire public et participatif, de type blogue ou wiki, des lieux de la ville sur lesquels les artistes pourraient venir poser leur marque, avec l’assentiment des propriétaires des lieux.


C’est une idée. L’espace en ligne ne ferait que dresser la liste des bouts de murs aveugles, des fissures dans la chaussée, des arbres, des rambardes, des oeuvres monumentales au pied des sièges sociaux du centre-ville, des places publiques, des boîtes électriques pouvant servir de toile aux adeptes du street art. Autant sur la voie publique que privée.


En s’inscrivant là, le propriétaire des lieux - qui gagnerait à être la ville - accepterait de voir sa propriété agrémentée d’une création d’art urbain, sans pouvoir en décider de la forme, ni du fond, ni du moment où cela va se faire. L’art urbain est surtout né pour surprendre, pas pour plaire. L’artiste, lui, aurait l’assurance de voir sa création respectée, à condition, toutefois, qu’elle réponde à quelques critères fondamentaux : l’oeuvre devrait être éphémère, ne pas détruire la propriété, ne pas être porteuse d’un message haineux et, surtout, entrer en symbiose avec intelligence avec la trame urbaine, un peu comme ces billots de bois au bord d’un chantier transformés en crayons de couleur géants ou ce faux-semblant faisant sortir une main, un arc-en-ciel ou un fossoyeur de sous la chaussée. Un répertoire de lieux à conquérir par l’art, qui pourrait remettre Montréal en position sur l’échiquier international du street art, prouver par l’exemple qu’elle est créative et, qui sait, mettre un chandail de laine en hiver à la statue de Félix Leclerc dans le parc La Fontaine.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 17 juillet 2012 09 h 09

    Ville grise

    Le matériau traditionnel à Montréal est la triste pierre grise, et de novembre à la fin d'avril elle est sale, et ses trottoirs sont trop étroits pour en faire une ville de piétons, sauf en quelques endroits désignés (place des festivals). Même la tant vantée ville souterraine est souvent tristounette à l'image des couloirs du métro.

  • Denis Paquette - Abonné 17 juillet 2012 09 h 09

    Que dire de plus une civilisation c'est long et ardue

    Parce que nous ne sommes pas encore une ville internationale parce que les mentalités sont encore petits bourgeois, Il ne faut pas oublier qu'il n'y n'y a pas si lontemps que les terrasses sont permises a Montreal, la vente de nourriture sur la rue n'y est pas encore permise. Bon vous insistez sur les arts de la rue,vous voyer la pagaille en période électoral. Ce printemps les jeunes ont seulement utilisés les casseroles et le carré rouge, vous avez vu la réaction, S'il fallait que des fresque soient peintes sur la rue, ce serait l'histérie collective, Il y a quelques année il y avait un graphiste qui utilisait les symboles publiques, comme moyens d'expressions, il fut envoyé quelque part a un concours, nous ne l'avons jamais revu.

  • Michel Pépin - Abonné 17 juillet 2012 14 h 13

    Murs à vendre

    Notre métro comportait des éléments intéressants à son origine. Les énormes publicités nous cachent tout!!! Ville à vendre, comme le reste.

  • France Marcotte - Inscrite 18 juillet 2012 08 h 35

    Dans la rue il y a toi

    «L’espace en ligne ne ferait que dresser la liste des bouts de murs aveugles, des fissures dans la chaussée, des arbres, des rambardes, des oeuvres monumentales au pied des sièges sociaux du centre-ville, des places publiques, des boîtes électriques pouvant servir de toile aux adeptes du street art.»

    Je crois que c'est une excellente idée.

    Mais qui seraient les artistes urbains «autorisés» à s'y exprimer?

    Que l'art prenne l'air et sorte des musées implique aussi il me semble que la frontière entre artistes officiels et génie créatif tende à être abolie, le génie créatif étant un trait humain assez naturel aux Québécois.