Aménagement du territoire - Enfin, un premier effort d'harmonisation pour le Grand Montréal !

Martine Letarte Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Grand Montréal

Le Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) est une première pour la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Analyse du volet d'aménagement.

Orienter au moins 40 % des nouveaux ménages dans des quartiers de type TOD (Transit-Oriented Development) localisés aux points d'accès du réseau de transport en commun. Augmenter la superficie des terres en culture. Voici quelques éléments du PMAD qui pourraient donner un nouveau virage au développement du Grand Montréal. Est-ce un bon plan?

«Il faut se réjouir du fait qu'on essaye de se donner une vision globale et cohérente à l'échelle de la région métropolitaine. C'est un bon premier pas», croit Gérard Beaudet, professeur en urbanisme à la Faculté d'aménagement de l'Université de Montréal (UdeM).

Le PMAD concerne effectivement tout le territoire du Grand Montréal avec ses 82 municipalités, de Mirabel à Richelieu en passant par Montréal. On y retrouve 3,7 millions d'habitants. La CMM souhaite que le PMAD soit adopté d'ici le 31 décembre. Celui-ci devra d'abord passer à travers les consultations publiques. Près de 400 citoyens et organisations ont manifesté l'intention d'y participer. Un record.

Le PMAD a aussi la particularité de proposer une démarche intersectorielle. «On n'est pas par silo, comme on le fait habituellement. On y intègre l'axe de l'aménagement, du transport et de l'environnement», remarque Florence Junca-Adenot, professeure au Département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM.

Les zones agricoles

L'un des éléments majeurs du PMAD est le moratoire de cinq ans sur le dézonage agricole. «C'est pour se donner le temps d'arriver à mettre en place les premières propositions du plan», affirme Mme Junca-Adenot.

Aux yeux de M. Beaudet, le dézonage est très difficilement justifiable en ce moment. «Il y a des friches partout. De plus, ce n'est pas comme si on prévoyait une explosion démographique dans les prochaines années. Il faut arrêter de faire comme si le dézonage n'était pas un problème et redévelopper le territoire existant, plutôt que de toujours aller sur du neuf», affirme-t-il.

Florence Junca-Adenot est du même avis. «Par exemple, le centre de Montréal a encore plein de grands stationnements. Développons-les! Il y a également beaucoup de friches industrielles, comme Blue Bonnets et plusieurs entreprises fermées dans Hochelaga-Maisonneuve, à Laval, partout», indique-t-elle.

Le PMAD propose aussi une augmentation de 6 % de la superficie des terres de culture d'ici 2021, soit un retour à la situation en 2001.

«Pour y arriver, on propose de ne pas toucher aux boisés, mais d'aller vers les nombreuses terres en friche. C'est bon, d'autant plus que cela rapprocherait les produits des bassins de consommation. Avec l'augmentation du prix du pétrole et l'enjeu des gaz à effet de serre, on a intérêt à aller dans ce sens», affirme Florence Junca-Adenot.

Développer autour des pôles de transport

L'autre proposition particulièrement importante, d'après les professeurs, est celle consistant à concentrer le développement autour des points de transport en commun. «Avec les quartiers TOD, au lieu d'amener les services de transport à chaque habitation, on développe les habitations autour des pôles de transport. C'est un concept excellent», affirme Mme Junca-Adenot.

«Le principe, c'est qu'une densité minimale de population est nécessaire. Sinon, le développement a un coût collectif trop élevé», ajoute M. Beaudet.

Le PMAD propose d'orienter au moins 40 % des nouveaux ménages dans des quartiers de type TOD. «Certains diront qu'on aurait pu être plus audacieux, mais il faut se rappeler qu'on part d'une situation où tout est permis. Il serait difficile d'aller plus loin, surtout qu'il y a une crainte obsessive de tout ce qui est appelé "densité". Les gens ont peur de voir pousser des gratte-ciels partout», remarque M. Beaudet.

Florence Junca-Adenot est de ceux qui déplorent le manque d'audace. «Cela signifie que 60 % se fera ailleurs que près des pôles de transport! On aurait très bien pu cibler 60 ou 70 %», affirme-t-elle.

À ses yeux, c'est aussi une question de qualité de vie. «Avec les TOD, on a tout à proximité. On peut marcher et prendre son vélo. On est moins obligé d'avoir une voiture. Ces quartiers sont plus durables, mais aussi beaucoup plus agréables à vivre», affirme Mme Junca-Adenot.

Elle évalue que pratiquement la moitié des stations de métro à Montréal pourraient être développées. «Plusieurs sont toutes seules dans leur coin. Même chose pour les gares de train. On a mis des stationnements autour, mais on pourrait les enfouir et développer par-dessus», remarque-t-elle.

Gérard Beaudet croit d'ailleurs que le PMAD aurait dû être plus dirigiste. «Ce ne sont pas tous les pôles de transport qui peuvent être développés en même temps. Il aurait fallu prioriser ceux qui auront le plus d'effets d'entraînement», affirme celui qui est également directeur de l'Observatoire de la mobilité durable de l'UdeM.

La suite des choses

Il reste maintenant à savoir si le PMAD sera adopté. «On sait déjà par exemple qu'il y a certaines oppositions dans la banlieue nord par rapport au moratoire de cinq ans sur le dézonage agricole», affirme Mme Junca-Adenot.

Si le PMAD est adopté, il faudra aussi voir comment il sera mis en oeuvre par les municipalités. «Ce n'est pas très clair en ce moment», ajoute-t-elle.

À ses yeux, le PMAD concorde tout de même avec la nouvelle façon de faire de l'aménagement, qui a fait ses preuves ailleurs, comme à Portland et Vancouver. «Par contre, un aménagement comme celui-là est possible seulement si on améliore la mobilité. Ça ne peut pas fonctionner au milieu de la congestion», précise-t-elle.

«La mobilité et l'urbanisme sont très liés, renchérit Gérard Beaudet. En ce moment, la désorganisation des transports en commun dans la région métropolitaine est un problème sérieux. Il y a presque 20 sociétés qui offrent des services de transport collectif. C'est aberrant.»

«Le PMAD demeure tout de même une très bonne base pour une planification cohérente de la région, affirme Mme Junca-Adenot. C'est un rendez-vous à ne pas rater. On pourrait aussi aller plus loin en montrant des images des TOD. Pour avoir envie de les réaliser et d'y vivre, les gens doivent les voir, ces quartiers verts!»

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Collaboratrice du Devoir