Québec et Denver dans la même équipe

Québec — Les villes de Québec et de Denver (Colorado) n'ont pas seulement une équipe de hockey en commun, mais apparemment la même vision du développement urbain, tramway compris. D'où la visite, la semaine prochaine, du directeur de l'urbanisme de cette ville à l'occasion d'un important colloque sur l'architecture et la densification.

Lors de ce colloque au Palais Montcalm, le directeur du Service de l'urbanisme de Denver, Peter Park, fera une présentation sur «l'exemple de Denver». Considéré comme un «visionnaire», M. Park a hérité de tout un mandat en 2003, quand le maire de Denver, John Hickenlooper, l'a «volé» à la Ville de Milwaukee afin de piloter la refonte urbanistique de sa ville.

Depuis, M. Park n'a pas chômé. Une fois en poste, il a jeté à la poubelle la balance des règlements de zonage de la ville (qui dataient des années 1950) pour les remplacer par un nouveau code très ambitieux.

Ce code divise le territoire en «zones de stabilité» et en «zones de changement», expliquait-on l'été dernier dans le Colorado Independent. «Les urbanistes maintiennent tels quels certains quartiers résidentiels tout en transformant d'autres secteurs en zones à usages mixtes dans le but d'attirer plus de résidants, d'entreprises et d'investissements.» M. Park parle d'un modèle «intégré» s'opposant au «vieux modèle» suivant lequel «on vivait à un endroit et on travaillait et consommait dans un autre».

Il va sans dire que cette approche a une parenté avec celle défendue par le maire Labeaume dans son Plan de mobilité durable. Or, Denver étant plus avancée, elle a beaucoup à montrer à Québec. «Les gens de Denver vont nous parler de leurs projets en rapport avec la densification urbaine. Ils ont aussi réaménagé beaucoup de rues pour favoriser les piétons», a précisé hier une porte-parole de la Ville.

Clayton Lane

Québec s'intéresse tout particulièrement au quartier de Clayton Lane, un stationnement converti en 2004 en quartier attractif combinant commerces de prestige (hôtel Mariot, magasin d'alimentation Whole Foods) et tours à condos.

Surtout, Denver souhaite, comme Québec, ramener le tramway sur son territoire et se servir des nouvelles lignes pour favoriser le développement immobilier, ce que M. Labeaume propose de faire notamment sur le boulevard Charest.

Mais au Colorado comme ici, la chose en est encore à l'étape du projet. Une étude de faisabilité a été produite, mais là-bas aussi les coûts d'une ligne de tramway (estimés à 70 millions $US minimum) font jaser. Pis encore, le projet n'a pas pris forme à temps pour obtenir les fonds spéciaux de l'administration Obama — contrairement à St. Louis, Cincinnati, Charlotte et Fort Worth, qui ont toutes obtenu de l'argent pour investir dans des tramways.

Considérée comme une des villes les plus agréables des États-Unis, Denver est à la fois réputée pour son grand nombre de voitures par habitant et pour ses innovations vertes (elle recourt même à des chèvres pour entretenir certains de ses parcs...). La ville d'adoption des anciens Nordiques compte aussi parmi ses attraits la «16st Street Mall», une voie piétonne du centre-ville dont les trottoirs sont décorés de magnifiques pavés multicolores. On y a même fait installer des pianos décorés par des artistes sur lesquels passants et itinérants peuvent tenter quelques notes au passage.

Organisé pour la deuxième fois, le Colloque sur l'innovation de la ville de Québec aura lieu jeudi de la semaine prochaine. Rappelons que c'est lors de cet événement en 2009 que le maire Régis Labeaume avait dévoilé pour la première fois ses projets d'éco-quartiers. On nous promet d'ailleurs cette fois-ci une «mise à jour» de ces projets. À la suite de cela, la Ville prévoit lancer des appels d'offres auprès des promoteurs afin d'amorcer la construction du premier éco-quartier à d'Estimauville en 2011.