La Chaire Mobilité - Poly part à la recherche d'indicateurs en transport urbain

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La Chaire Mobilité de l'École Polytechnique a pour objectif de développer des outils afin de procéder à l'évaluation des impacts des projets et des stratégies de transport, tels que Bixi à Montréal. <br />
Photo: La Chaire Mobilité de l'École Polytechnique a pour objectif de développer des outils afin de procéder à l'évaluation des impacts des projets et des stratégies de transport, tels que Bixi à Montréal.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Plusieurs partenaires sont réunis autour de la Chaire Mobilité de l'École polytechnique. Ils conjuguent leurs compétences et apportent un soutien financier pour mieux connaître et assurer la durabilité du transport sous tous ses modes, dans le grand centre urbain montréalais.

La Chaire Mobilité de l'École polytechnique a été mise sur pied dans le sillage du vaste Plan de transport de Montréal adopté en 2008: «À la suite de son élaboration, l'administration municipale fait face à de nouvelles obligations qui consistent à évaluer les impacts des choix et des politiques prévus dans ce plan; elle doit se doter d'une série d'indicateurs pour mesurer quelles sont les répercussions des différents chantiers prévus à l'intérieur de ce dernier», laisse savoir Catherine Morency, titulaire de cette chaire et professeure adjointe au Département des génies civil, géologique et des mines de l'École polytechnique.

En plus, ce groupe de recherche trouve sa raison d'être dans l'existence de la loi sur le développement durable du gouvernement du Québec: «En vertu de celle-ci, on doit rendre des comptes et s'assurer que les projets s'inscrivent dans ce sens-là.» Elle fournit cet éclairage supplémentaire: «Évidemment, il existe déjà des outils de modélisation, mais les indicateurs qui sont utilisés pour évaluer les performances des projets sont actuellement limités aux aspects surtout de la mobilité; on parle notamment des impacts sur les temps de parcours qui sont très importants, mais on oublie certains autres facteurs. Quand on regarde la notion de développement durable et tous les autres travaux qui sont conduits dans le domaine du transport en relation avec celui-ci, on voit qu'il y a d'autres volets que la limitation ou la réduction des temps de parcours.»

Présentation de la chaire

«La chaire a pour objectif de développer des outils afin de procéder à l'évaluation des impacts des projets, des politiques et des stratégies de transport», résume Mme Morency en parlant des objectifs de celle-ci. Elle ajoute: «On veut utiliser un certain nombre d'indicateurs, comme l'apport modal, la distance de déplacement, les effets sur la santé, le niveau d'accessibilité, etc. Ceux-ci vont couvrir les trois sphères du développement durable que sont la société, l'environnement et l'économie. Le but, c'est vraiment d'outiller, ce qui exige, entre autres, de faire état des bases de données qui sont disponibles parce qu'on fait beaucoup d'évaluations méthodologiques. On veut donc développer des outils, des méthodes et des modèles pour assister la prise de décisions, pour rendre son processus plus objectif. On souhaite vraiment donner une série d'indicateurs pour couvrir un éventail plus grand des enjeux quand on prend une décision en transport.»

En parallèle à la phase de défrichage actuelle qui marque l'existence de la chaire, la professeure conduit déjà des travaux qui donnent du coffre à celle-ci: «Je suis quand même dans le domaine depuis un certain temps et j'ai déjà des projets actifs en lien avec cette dernière: il y a un contrat avec le ministère des Transports du Québec, qui prendra fin en décembre, en vertu duquel on cherche une méthode pour évaluer la fiabilité des temps de parcours sur le circuit autoroutier; aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est compliqué de savoir si le niveau de congestion évolue, même si tout usager peut l'observer; à ce sujet, on est très engagé dans la partie du processus de collecte des données et de traitement des bases de données depuis deux ans et demi.»

La professeure ne cache pas son petit penchant pour les modes de transport alternatifs: «Je collabore à un projet de recherche avec Communauto depuis plusieurs années et j'en conduis un avec Bixi depuis quelques mois; j'ai aussi des petits contrats avec Vélo-Québec pour les assister dans l'état de la production du vélo au Québec. On essaie d'intégrer dans les modèles classiques ces modes alternatifs, qui actuellement sont presque totalement absents.» La chaire se nourrit de l'ensemble de ces projets et il existe toute une équipe de chercheurs — professeurs et étudiants — autour d'elle qui aborde différentes autres thématiques spécifiques.

Partenariat, financement et transport

Il y a quatre partenaires qui gravitent autour du noyau de chercheurs: le ministère des Transports du Québec, la Ville de Montréal, l'Agence métropolitaine de transport et la Société de transport de Montréal (STM). Trois d'entre eux fournissent 50 000 dollars par année et l'autre, la STM, verse 25 000 dollars. À quoi sert cet argent? «À payer des étudiants, ce qui fait partie du mandat de l'université. Il y a donc deux associés de recherche à temps partiel et une personne fort intéressante, Marie Demers, qui a écrit Pour une ville qui marche et qui a accepté de travailler une journée par semaine pour notre groupe; il y a de plus un autre associé, qui est un ancien étudiant de l'École polytechnique qui donne des cours et qui a été recruté comme assistant de recherche. Pour le reste, ce sont des étudiants.»

Tout ce beau monde est dirigé par la titulaire de la chaire, Catherine Morency, qui connaît bien le transport et qui conduit plusieurs études sur ce sujet; elle se prononce sur les forces et limites de celui-ci dans la région de Montréal à l'heure actuelle: «On a un excellent réseau de transport en commun, et c'est étonnant quand on regarde le niveau de financement dont ces gens disposent; certains articles récents ont confirmé que le métro était très efficace malgré son très vieil âge. Il est toujours déplorable que les fonds versés ne soient pas à la hauteur, parce qu'il est démontré par plusieurs que les régions métropolitaines ont avantage, d'un point de vue économique et sur plusieurs autres aspects, à investir dans le transport en commun.»

Elle présente l'envers de la médaille: «Sur le plan des lacunes, il ne s'agit pas directement du transport qui est impliqué; c'est l'absence d'une vision métropolitaine, notamment en ce qui a trait au développement urbain. On a beaucoup d'impacts négatifs du transport qui sont dus aux choix de localisation résidentielle et, sur ce plan, le fardeau n'est pas porté par la personne qui décide d'aller s'installer ailleurs, mais par le fait qu'on n'a pas de politique qui sert à assurer que ce développement facilite l'offre de transport.»

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Collaborateur du Devoir