Aménagement urbain - Le Plateau modèle

Pour sauver la planète ou son coin de ville, il faut modifier les façons de faire. Mais que de résistances quand il s'agit de changer pour vrai! À Montréal, les élus du Plateau-Mont-Royal le mesurent à répétition depuis près d'un an. Pourtant, que cela passe par des écoquartiers tout neufs ou le réaménagement de quartiers existants, il faut cesser d'être frileux: changer la ville est un des incontournables de notre siècle.

Depuis son élection en novembre dernier, critiques et quolibets pleuvent sur chacun des gestes de l'administration de Luc Ferrandez, issue du parti écologiste Projet Montréal et qui dirige l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

Le dernier tollé en date s'en prend à la décision des élus, la semaine dernière, de bannir du Plateau les panneaux publicitaires géants. Quelques jours plus tôt, c'était la réglementation plus sévère sur le bruit qui a amené son lot de réactions. Au printemps, on a eu droit aux hauts cris parce que l'arrondissement a entrepris de limiter l'envahissement automobile en détournant la circulation et en réduisant les espaces de stationnement.

Il vaut la peine de noter ici que l'équipe Ferrandez ne fait qu'appliquer ses promesses électorales, pour lesquelles elle a été élue avec force et qu'elle avait martelées tout au long de la campagne électorale municipale de l'automne dernier. À l'heure où l'on voit à Québec un gouvernement se lancer sans mandat dans l'aventure du gaz de schiste, à une époque où la politique se confond avec grands discours et immobilisme, il faut croire que le culot de nos jours, c'est de faire exactement et sans tarder ce pour quoi on a été élu!

En fait, les critiques adressées aux politiciens non orthodoxes du Plateau viennent beaucoup de l'extérieur du quartier. En soi, ce n'est pas nouveau: depuis qu'il est devenu le repaire des branchés, le Plateau attire son lot de moqueurs, revers commun à tout ce qui se veut à la mode. Mais, cette fois, la critique est trop systématique pour ne pas devenir suspecte. On y lit un concentré de toutes les résistances qui s'élèveront dans les années à venir devant la nécessité de modifier nos modes de vie fondés sur la consommation effrénée des ressources.

L'administration du Plateau n'a rien inventé: elle ne fait qu'imiter les villes les plus progressistes du monde qui cherchent à retrouver le sens même de l'urbanité — qui est d'abord, rappelle le dictionnaire, la politesse du vivre ensemble. La quintessence de la vie en ville, c'est ce savoureux mélange à échelle humaine de résidants — de familles! — et de petits commerces, de rues conviviales et de coins secrets, d'arbres et de trottoirs emmêlés. On peut se contenter d'en rêver, évoquer avec nostalgie les beaux quartiers d'autrefois, ou travailler à retrouver ce voisinage de qualité, ce qui implique de secouer des habitudes et de déranger.

Le Devoir présentait la semaine dernière tout un dossier sur les fabuleux projets d'écoquartiers envisagés par la ville de Québec, à l'image de ceux sortis de terre ces dernières années en Suède ou en Allemagne, où la qualité de vie est indissociable de l'écologie. Dans d'autres grandes villes européennes ou américaines, on tente par ailleurs, de manière moins globale mais avec la même philosophie, de redonner les quartiers centraux aux citadins, par des rues piétonnières ou des mesures de limitation de circulation par exemple. Car plusieurs comprennent maintenant l'erreur énorme qu'ont été les aménagements urbains des cinquante dernières années, pensés uniquement en fonction de l'automobile.

Mais on comprend aussi que se détourner, ne serait-ce qu'un peu, de cette obsession de l'auto s'avère une énorme provocation pour notre civilisation! Dans notre dossier sur les écoquartiers, on pouvait lire que les gens étaient prêts à recueillir l'eau de pluie, à avoir des douches à débit réduit, à limiter leur consommation d'énergie et à récupérer de toutes les manières. Mais réduire le recours à la voiture, ouch! On l'a constaté en Suède, dans les écoquartiers déjà construits, on le mesure déjà à Québec où des acheteurs intéressés par le projet de Cité verte, dans la haute-ville, sont surtout inquiets d'une chose: le manque de places de stationnement...

L'intérêt de ces expériences est donc manifeste: comment, en restant pragmatique, arriver à nous déprendre de notre culture de pollution visuelle, sonore, automobile? Et qu'est-ce qui pourra, sur la foi de projets somme toute limités, être appliqué à plus large échelle? Certains sont prêts à relever le défi parce qu'ils en ont les moyens, comme les résidants des coûteux écoquartiers, d'autres parce qu'ils font confiance à des élus prêts à tout bousculer — au risque de décevoir ou de mécontenter, donc de ne pas être réélus. Dans ce cas, cela s'appelle la démocratie, et c'est ce que l'on voit sur le Plateau.

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jboileau@ledevoir.ca

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7 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 13 septembre 2010 08 h 04

    Parlant de pollution sonore.

    La pire pollution sonore nous vient de la police, des pompiers et des ambulanciers.

    C'est insupportable. Pourquoi faut-il qu'ils nous rendent presque fous à cause de l'intensité de leurs sirènes pour obtenir le passage?

    D'ailleurs, je me demande même si les ambulanciers sont toujours justifiés de nous écoeurer, le jour comme la nuit, avec leur sirènes.

    Y a-t-il toujours vraiment urgence comme ils nous le laissent croire? Ne cherchent-ils pas plutôt à imposr leur autorité?

    N'y a-t-il pas quelque chose à faire là avant que nous devenions tous sourds?

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 septembre 2010 09 h 20

    Pour éliminer les sirènes

    Il serait sans doute possible de transformer les feux de circulation de façon à ce qu'ils donnent toujours la priorité aux véhicules d'urgence. La technologie se rapproche de celle des télécommandes de porte de garage. Ce serait plus rapide et moins bruyant.

  • Jean Richard - Abonné 13 septembre 2010 10 h 18

    Modèle le Plateau ?

    Le Plateau est devenu bourgeois, et l'étape suivante sera de l'aseptiser, comme Saint-Lambert, Boucherville ou Saint-Bruno.

    Révolutionnaire le quartier ? Écolo ? Urbain ? Du vernis de surface, qui ne résiste guère si on le gratte.

    J'ai dû manquer quelque chose car je n'ai pas vu grand tollé pour s'opposer à la présence des panneaux publicitaires géants. Par contre, je sais qu'on a osé remettre en question l'approche de l'arrondissement en ce qui concerne le bruit. Le problème du bruit, c'est qu'on croit tout résoudre à coups de réglementation, et surtout, qu'on choisit ses cibles. Visiblement, on veut sortir du Plateau ces endroits de rencontre que sont les bars ou les brasseries. Il faut pouvoir rouler les trottoirs le soir, comme en banlieue. N'y a-t-il pas d'autres bruits qui jouiront de la clémence des gardiens du silence et qui pourtant enterrent facilement les conversations des gens à la sortie d'un bar ? Êtes-vous certains qu'il soit impossible de diminuer le niveau sonore des camions à ordures ou même des autobus urbains (qui enterrent facilement les vingt ou trente voitures qu'ils remplacent) ?

    Quant aux tentatives de limiter la place faite à l'automobile, c'est de la poudre aux yeux. C'est plutôt une tentative de repousser dans les quartiers voisins cette circulation qui embarrasse les plateausards. L'agglomération montréalaise regroupe plus de trois millions de gens dont une majorité doit se déplacer quotidiennement. Le problème du transport métropolitain concerne ces trois millions de personnes et que les plateausards ne veulent pas partager le territoire pour la gestion de ce transport relève non pas d'un sens de l'urbanité développé ou révolutionnaire, mais de l'égocentrisme aussi appelé pas dans ma cour.

    Il n'y a rien d'écologique, rien d'urbain et rien de révolutionnaire à vouloir enclaver par réglementation un quartier situé en plein cœur de la ville. C'est tout le contraire.

    Jean Richard
    Montréal hors

  • Jean-Laurent Auger - Inscrit 13 septembre 2010 10 h 41

    Oui, M. Ferrandez

    Précisons tout de suite que je n'habite pas sur le Plateau. Par contre, j'envie ceux qui l'habitent par le simple fait qu'ils ont le privilège d'être administré par un maire qui privilégie l'action au discours. Faites le bilan des réalisations des arrondissements de Montréal depuis la dernière élection et vous serez à même de constater que l'arrondissement Plateau Mont-Royal se mérite probablement la première position quant à ses réalisations depuis l'arrivée de la nouvelle équipe d'administrateurs.
    Les résidents de Montréal, réclament à grands cris des améliorations quant à la qualité de vie dans les quartiers, un plus grand respect de l'environnement, une plus grande transparence au niveau de l'administration etc. D'un autre côté, on dispute si les consultations publiques retardent légèrement l'adoption d'un projet, on hurle si nous devons changer certaines habitudes dans nos déplacements en auto, etc. Bref, tout devrait s'améliorer, mais rien ne devrait bouger. La quadrature du cercle, quoi! Quelle aberration.
    Gens du Plateau, vous avez fait un choix que je crois très judicieux lors des dernières élections. Ce n'est pas toujours rose de jouer aux pionniers, mais remarquez que dans 15-20 ans, vous ferez encore la manchette à propos de votre différence, votre affirmation et votre détermination à combattre l'immobilisme si répandu dans nos administrations gouvernementales. Vous osez le changement, l'innovation intelligente, ce qui vous attirera encore une fois, des commentaires d'envieux. Par contre, vous ferez l'envie d'une grande majorité.
    Les progrès des uns en ont toujours dérangé d'autres. Ça, ça ne changera pas.

    Jean-L Auger
    Montréal

  • DanielDesjardins - Abonné 13 septembre 2010 10 h 49

    Merci de remettre les pendules à l'heure!

    Merci Josée Boileau de remettre les pendules à l'heure! Les citoyens du Plateau Mont-Royal ont en effet élu avec une forte majorité l'équipe de Projet Montréal et ce parti ne fait que respecter ses promesses électorales. J'espère de tout coeur qu'ils persisteront contre vents et marées! Peut-être que ça donnera l'exemple et, on peut rêver, que le Québec sortira enfin de son immobilisme?