Un parc-plage métropolitain

Montréal est entourée d’eau, comme peu de villes au pays. Pourquoi ne pourrait-elle pas être dotée d’une très grande plage?
Photo: - Le Devoir Montréal est entourée d’eau, comme peu de villes au pays. Pourquoi ne pourrait-elle pas être dotée d’une très grande plage?

Nous avons connu la première canicule de l'été. Il y en aura d'autres cet été, comme au cours des étés qui suivront. Hélas, bon nombre de citoyens de l'agglomération en souffrent, contraints de passer la saison estivale dans les parcs de quartier ou sur les balcons.

Il y a des piscines publiques, bien sûr, mais s'étendre sur le béton après un saut dans l'eau, ce n'est pas ce qui est le plus agréable. Il y a aussi quelques plages accueillantes, comme celle du parc-nature du Cap-Saint-Jacques ou du maire Doré au parc Jean-Drapeau. Mais en regard des besoins collectifs, elles ont la dimension d'un timbre! Pourtant, Montréal est entourée d'eau, comme peu de villes au pays. Pourquoi ne pourrait-elle pas être dotée d'une très grande plage, lieu de détente par excellence comme le sont, à New York, Orchard Beach et la plage de Coney Island?

Ce besoin n'est pas fictif. Lors des élections municipales de 2009, dans le cadre d'un projet d'opinion intitulé «Rêver Montréal», le quotidien La Presse a demandé aux citoyens de suggérer des idées pour améliorer l'image de la ville et la qualité de vie. Le projet d'aménager une plage s'est classé au premier rang, de nombreuses personnes citant le cas de Paris en exemple. Sauf qu'à Montréal, on ne serait pas obligé de répandre des charges de sable sur des quais du port pour se donner l'illusion de la nature. Cette nature, nous la possédons en abondance, au même titre que Toronto avec ses magnifiques plages de Beaches Park et que Vancouver avec les siennes à English Bay et à Stanley Park.

Le site pouvant accueillir un parc-plage existe au coeur même de cet archipel unique au pays, dans la seule partie du fleuve où l'eau est peu polluée, là où le Saint-Laurent est le plus impressionnant pour sa largeur, là où l'on peut jouir d'un panorama majestueux de l'île montréalaise, dominé par le mont Royal et ponctué par les gratte-ciel du centre-ville. Il s'agit du lieu créé par la longue digue érigée pour délimiter le canal de la Rive-Sud lors de l'aménagement de la voie maritime dans les années 1950. Permettant aux navires de longer le bassin de La Prairie, cette digue s'étend du parc Jean-Drapeau jusqu'à l'écluse de Côte-Sainte-Catherine, soit sur une distance de quelque 15 kilomètres. Des études réalisées en 1986 dans le cadre de l'étude de faisabilité du projet Archipel ont montré qu'un parc-plage était réalisable à cet endroit, moyennant certaines conditions.

Un site unique

On pourrait y aménager un grand et magnifique parc-plage identifiable à la métropole, baigné par les eaux et l'esprit du fleuve, tant pour le plaisir des jeunes, la détente des familles que le contentement des bons nageurs, des amateurs de kayak et de planche à voile. Un vaste parc-plage pouvant s'étendre sur plusieurs kilomètres, capable d'accueillir des milliers d'usagers en même temps et doté d'équipements ludiques créant une atmosphère de station balnéaire avec, en prime, le spectacle des grands navires transitant dans la voie maritime. Ce parc-plage serait relié à la station métro de l'île Sainte-Hélène par des navettes, et serait accessible aux cyclistes par l'estacade parallèle au pont Champlain.

Grâce à son site très particulier, ce parc-plage fournirait l'occasion de réaliser un aménagement inédit, emballant, capable de donner à Montréal un projet qui la signale à l'attention du monde. À son échelle, la ville de Québec nous en fournit un excellent exemple avec sa promenade Samuel-De Champlain. Si Québec a réussi à se démarquer en donnant ainsi accès au Saint-Laurent à ses citoyens, pourquoi Montréal ne serait-elle pas capable d'en faire autant?

Projet idéal


Le défi de respecter les écosystèmes du fleuve en minimisant les remblayages pourrait fournir des pistes d'exploration d'un concept d'aménagement inédit. Il ne s'agirait pas d'aménager là une longue plage linéaire de plusieurs kilomètres à l'image de celle de Coney Island à New York, mais pour retenir le sable en place, une succession de plages de dimensions moyennes, insérées en demi-lune entre des remblais de roches comme on en trouve dans les Antilles. Ces remblais pourraient donner accès à des quais flottants sur lesquels seraient installés les abris pour la location d'équipements et autres services. Signalé symboliquement par une succession de grands mâts, ce parc-plage métropolitain se marierait bien à la Voie maritime. Un tel aménagement, combinant originalité, utilité et convivialité, symbole contemporain de la réalité métropolitaine, serait ainsi le projet idéal sans être trop coûteux pour célébrer le 375e anniversaire de Montréal en 2017.

Le Grand Montréal, de concert avec le gouvernement fédéral, est capable de mettre de l'avant un tel concept innovateur et réaliser un parc-plage mettant en valeur l'environnement et contribuant d'une façon significative à la qualité de vie des citadins. Pour le prix de quelques billets de métro, les familles pourraient tirer profit de la canicule et des vacances au lieu de suffoquer dans leur logement. Tout ce qu'il faut, c'est du leadership, de la détermination et des créateurs de lieux de rêve.

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Jean-Claude Marsan - Architecte, urbaniste et professeur émérite à l'Université de Montréal

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