Les urbanistes québécois veulent faire maison nette

L'aménagement du territoire des villes aurait été perverti dans les dernières années par des intérêts privés. Et pour faire le ménage dans la maison, l'Ordre des urbanistes du Québec a réclamé hier au gouvernement des changements législatifs profonds. Au nom du bien commun.

Appel à une réforme majeure. L'Ordre des urbanistes du Québec a demandé hier au gouvernement Charest de resserrer les règles autour de l'aménagement du territoire dans les villes, et ce, en amorçant une transformation «fondamentale et véritable» de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.

L'objectif? Lutter contre les développements incohérents dans les villes, les prises de décision à la pièce derrière des portes closes qui répondent à des intérêts particuliers plutôt qu'au bien collectif, et également enrayer les micromouvements de contestations aujourd'hui capables de défaire des «projets grandioses» allant pourtant dans l'intérêt commun.

«Les aberrations ont assez duré et elles imposent un changement de cap important», a lancé hier Robert Chicoine, président de l'Ordre, en marge d'une conférence sur la réforme du cadre législatif en matière d'urbanisme. La rencontre s'est tenue à Montréal. «Il est temps de se donner une véritable vision d'ensemble de l'aménagement du territoire au Québec et surtout de se doter d'outils efficaces et contraignants pour suivre cette vision.»

L'Ordre est critique. Dans les dernières années, les plans d'aménagement et d'urbanisme — Montréal en a un depuis 1992 — ont été, selon lui, passablement dévalorisés par la gestion à court terme des administrations municipales, qui s'appuient surtout sur les règlements de zonage pour orchestrer leur développement. «Il faut désormais rééquilibrer les forces, dit M. Chicoine. Le règlement de zonage n'est pas un outil de planification. On ne doit pas le substituer à un plan d'urbanisme, sans quoi c'est toute la logique du développement urbain qui s'en retrouve pervertie».

Le regroupement professionnel dénonce la gestion de projets de construction au cas par cas, tout comme les incohérences qui viennent avec. «Aujourd'hui, c'est trop facile de faire un changement de zonage, dit M. Chicoine. Qui plus est, ces changements sont soumis à des mécanismes d'approbation par référendum qui se font en fonction de cartes plus ou moins arbitraires qui déterminent quels sont les citoyens qui ont le droit de regard sur ce projet et ceux qui ne l'ont pas. C'est inacceptable d'un point de vue démocratique, et cela permet à des intérêts particuliers de l'emporter sur l'intérêt commun.»

Dans cette optique, les urbanistes demandent à Québec de «remettre à sa place» le règlement de zonage et surtout de redonner sa vocation à la planification de l'aménagement comme «contrat social déterminant entre les élus locaux et la population», dit le président. Le groupe estime aussi que la quinzaine de lois et décrets qui encadrent les principes d'aménagement au Québec devrait être réunis dans un seul «plan national» donnant une vision d'ensemble capable de guider les urbanistes, les élus, les promoteurs, et surtout les citoyens en matière d'aménagement du territoire.

«Il faut oser cette réforme, a indiqué hier au Devoir Gérard Beaudet, directeur de l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal. Une partie de la dérive actuelle, en matière de développement, est imputable à l'absence de cadre et à la dévalorisation des outils de planification. Quand tout est négociable et que l'on ne sait pas sur quelle base négocier, ça ouvre la porte à toutes sortes de magouilles. Les projets se négocient en cachette dans le bureau du maire, ça devient un jeu d'acteurs qui se passe entre le politique et les promoteurs. C'est très malsain.»

Dans le contexte actuel, Québec, qu a amorcé depuis quelques mois des consultations en vue d'une réforme de sa loi, ne peut donc pas se contenter d'y apporter «de simples changements techniques et accessoires», prévient l'ordre professionnel. Un avis partagé d'ailleurs par l'ancien maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, présent hier à la rencontre. «Cette réforme ne doit pas que corriger les irritants des 25 dernières années, a-t-il indiqué. Elle doit aussi nous permettre, collectivement, de faire face aux 25 prochaines années.»
1 commentaire
  • Gilles Gamache - Abonné 14 novembre 2009 13 h 05

    Accord et recherche d'informations pour contrer cette situation dans nos villes respectives

    Nous vivons constamment avec ces menaces, étant à la merci des magouilles entre les développeurs et le pouvoir occulte des municipalités. La cupidité et la recherche de toujours plus d'entrées de taxes font souvent prendre des décisions qui ne respectent pas le bien commun des citoyens vivant dans la ville. Qui plus est, les multiples dérogations dites mineures changent les orientations prises par les planificateurs antérieurs et changent le tissu social établi.

    Oui, il est temps que les municipalités et les firmes d'ingénieurs-conseils soient mieux encadrés afin de respecter ceux qui en bout de ligne doivent faire les frais de telles décisions, prises le plus souvent pour des intérêts privés au lieu d'être soucieuses du bien commun.
    De plus, si la municipalité est bien encadrée et qu'elle se soucie du bien commun, lorsqu'elle a un beau projet pourquoi ne pas le présenter aux citoyens et s'en faire des alliés plutôt que de loes mettre constemment devant des faits accomplis et les forcer à s'opposer à un projet mal connu ouencore à mettre la chicane entre voisins, lors d'une demande de dérogation mineure, plutot que de faire respecter un règlement en place.

    gamache.gilles@videotron.ca