Taxi: rouler vert à Montréal comme à New York

Les chauffeurs de taxi de Montréal rouleront-ils bientôt en hybride, à l’instar de leurs collègues new-yorkais?
Photo: Agence Reuters Les chauffeurs de taxi de Montréal rouleront-ils bientôt en hybride, à l’instar de leurs collègues new-yorkais?

Après le coup de barre majeur donné par New York pour transformer cette semaine ses légendaires taxis jaunes en hybrides moins dommageables pour le climat, Montréal pourrait accélérer lui aussi la transformation de sa flotte de taxis grâce à une subvention méconnue de 4000 $ à 5000 $ dont peuvent bénéficier les titulaires de permis.

En effet, a précisé au Devoir Dave Leclerc, le porte-parole de la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, les 2000 $ à 3000 $ attribués aux acheteurs de voitures hybrides de première ou de deuxième génération (rechargeables) dans le récent budget s'ajoutent — au lieu de le remplacer — au programme d'aide à l'industrie du taxi qui offre déjà, lui aussi, une subvention de 2000 $ à un chauffeur qui veut passer au mode hybride. Cela remplace presque dans les faits l'abolition de la subvention de 2000 $ à l'achat d'une voiture hybride, décrétée par le gouvernement Harper l'an dernier.

Mais le plus surprenant de l'histoire, c'est que ni la Ville de Montréal, ni les membres de l'association qui regroupe les propriétaires de flottes de taxis n'étaient au courant de cette double subvention, dont les chauffeurs pourront bénéficier jusqu'en 2011 à tout le moins, date à laquelle prendra fin — s'il n'est pas renouvelé — le programme spécial du ministère des Transports qui accorde depuis 2007 une subvention de 2000 $.

Selon Claude Martin, directeur des transports terrestres au ministère du même nom, seulement 11 détenteurs de permis de taxis se sont prévalus de cette subvention en deux ans, un indice de la difficulté de changer les valeurs et les attitudes.

Mais pour André Lavallée, responsable des transports au comité exécutif de la Ville de Montréal, et pour le directeur de la Coop de taxis de Montréal, Dory Saliba, la possibilité nouvelle de pouvoir cumuler les deux subventions va certainement inciter un plus grand nombre de propriétaires de taxis à regarder de près le passage à l'hybride.

À New York, où la Ville a lancé un ambitieux programme, on a évalué que les chauffeurs économisent de 20 à 25 $ d'essence par jour dans une hybride. Dans cette ville où les voitures appartiennent généralement au propriétaire de la flotte, les voitures sont souvent louées pour trois périodes d'affilée de huit heures, ce qui en multiplie les bénéfices environnementaux.

New York a modifié son règlement sur le taxi pour autoriser les propriétaires à exiger 3 $ de plus par période de location pour les hybrides, ce que les chauffeurs ont accepté facilement en raison des gains réalisés grâce aux économies sur l'essence.

À Montréal et au Québec, en général, les chauffeurs sont plutôt propriétaires de leurs voitures, ce qui ramène la décision d'achat au niveau individuel. C'est d'ailleurs ce qui incite André Lavallée à penser qu'en cette période de restrictions économiques, même une aide gouvernementale qui couvrira presque entièrement la différence de coûts entre une voiture conventionnelle et une hybride pourrait néanmoins placer un tel achat hors de portée de la plupart des bourses.

Mais pour Dory Saliba, le passage à l'hybride se discute déjà dans l'industrie, dit-il. Sa coopérative, qui regroupe 330 détenteurs de permis, songe à introduire un règlement qui obligerait le passage à l'hybride lorsque les propriétaires doivent changer de voiture. Si les subventions de Québec couvrent pratiquement la différence de coûts, précise M. Saliba, il est évident que les propriétaires auront intérêt à profiter des économies de carburant pour augmenter leurs revenus sur plusieurs années. La transition sera d'autant plus facile que la Camry de Toyota, qui a la faveur d'un grand nombre de propriétaires actuellement, est maintenant offerte en version hybride tout en conservant la fiabilité qu'apprécient les chauffeurs.

André Lavallée ajoute que la Ville et les propriétaires discutent déjà d'un projet de certification verte de l'industrie du taxi qui pourrait, par exemple, déboucher sur l'installation de chauffages et de climatiseurs d'appoint, plus économiques et moins polluants que les moteurs qu'on laisse généralement tourner au ralenti.

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