L'échangeur Turcot doit rester un ouvrage en hauteur, selon des experts

Photo: Pascal Ratthé

Québec doit mettre au panier son projet de réaménagement de l'échangeur Turcot. Le concept horripile des experts en urbanisme qui reprochent au ministère des Transports de l'avoir élaboré selon les normes des années 60.

L'idée d'aménager l'échangeur Turcot sur des talus au niveau du sol constitue la pire solution imaginable. Ce jugement lapidaire émane d'un groupe d'urbanistes, d'architectes et d'écologistes qui ont fait parvenir lundi une lettre au maire, Gérald Tremblay, et à plusieurs ministres du gouvernement de Jean Charest, leur ordonnant de revoir le projet de fond en comble.

La reconstruction de l'échangeur Turcot est bien davantage qu'un simple chantier d'infrastructure routière. Son ampleur et ses impacts sur le tissu urbain en font un projet d'urbanisme qui devrait être pris en charge par la Ville de Montréal, croit l'urbaniste Jean Décarie, l'un des signataires de la lettre adressée au maire Tremblay et aux ministres Julie Boulet (Transports), Nathalie Normandeau (Affaires municipales) et Line Beauchamp (Environnement). «Le ministère des Transports joue dans ce dossier comme un plombier. Il passe ses tuyaux à travers la ville comme si celle-ci n'existait pas», déplore M. Décarie.

Les membres de la Table de travail Turcot reprochent au ministère des Transports du Québec (MTQ) de vouloir augmenter la capacité routière de l'échangeur sans tenir compte du plan de transport de la Ville. Ils dénoncent également l'abaissement des structures sur des talus qui occuperont trois plus d'espace au sol et enclaveront les secteurs environnants en plus d'augmenter les nuisances liées au bruit et à la pollution pour la population du quartier. «Faire des talus en milieu urbain, c'est une catastrophe et une horreur», tranche M. Décarie.

Plutôt que de ramener l'échangeur près du sol, le groupe suggère de renforcer les structures actuelles avec des arches métalliques. «On pourrait créer des oeuvres d'art comme on l'a fait pour le viaduc Millau, en France. Quand on investit un milliard et demi de dollars, on essaie de faire ça beau. Montréal se veut une ville de design après tout», ajoute M. Décarie.

L'écologiste Daniel Breton s'étonne que le MTQ n'ait prévu aucun investissement dans le transport collectif. «Pour nous, c'est inacceptable, dit-il. Je considère que la vision qui nous est présentée est celle des années 60, complètement dépassée.»

Le groupe soutient qu'une vaste réflexion axée sur l'aménagement urbain et sur le réseau de transport de la région métropolitaine s'impose. Pourquoi ne pas en profiter pour remplacer l'autoroute 720 par un boulevard urbain, demande-t-on?

En novembre dernier, la Ville avait signifié au MTQ son insatisfaction profonde à l'égard du concept proposé et le maire Tremblay avait réclamé une révision complète du projet. Les membres de la Table de travail Turcot appuient cette position. Ils croient même que la Ville devrait devenir le maître d'oeuvre de ce projet pourtant financé par Québec et créer une table de concertation avec des citoyens et des représentants de divers horizons.

Le projet du futur échangeur Turcot sera examiné par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement à compter du 24 mars prochain.

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