Le transport urbain est devenu une préoccupation planétaire

À Lyon, la ligne de tramway Leslys desservira toutes les 15 minutes l'aéroport Lyon-Saint-Exupéry depuis la gare de la Part-Dieu, à compter de 2010. Du côté d'Aéroports de Montréal, il est devenu impérieux d'améliorer l'accès routier au centre aéroportuaire Pierre-Elliott-Trudeau en reconfigurant le rond-point Dorval. Pour sa part, la Société de transport de Montréal (STM) courtise les usagers en multipliant et en améliorant son offre de services de plusieurs façons. Le transport urbain a la cote en ces jours de réchauffement planétaire et de surchauffe des prix du pétrole.

Directeur général des Aéroports de Lyon, Philippe Bernand prend la mesure de l'importance des enjeux rattachés au transport collectif: «Ils sont clairement identifiés par l'ensemble des parties prenantes, des pouvoirs publics, que ce soit la préfecture, le Grand Lyon, la Chambre de commerce, le département, la région, comme un outil de développement économique de la région Rhône-Alpes.» Il en convient d'autant plus quand il énonce ce qui caractérise son établissement: «C'est un aéroport qui est extrêmement tourné vers l'international, puisque 60 % de notre trafic est de cette nature. C'est donc un outil dont nos entreprises se servent pour exporter leur savoir-faire et développer leurs activités hors des frontières de Lyon; la preuve en est que 50 % de notre trafic relève des affaires.»

L'aéroport forme un grand ensemble structurel du transport, à la fois parce qu'il abrite une gare TGV et qu'il est situé favorablement sur un noeud autoroutier bien desservi en direction de Genève et de Grenoble: «En plus, le chantier de la ligne de tramway Leslys démarre et entre dans une phase de construction qui conduira à la livraison de ce moyen de transport dans le premier semestre de 2010, ce qui est tout proche.» Lyon possédera alors le seul aéroport français avec une liaison directe par tramway avec son centre-ville.

Outre cette réalisation, la croissance est au rendez-vous, aux dires de M. Bernand: «L'année dernière, le trafic a augmenté de 8,5 %, ce qui représente une hausse significative pour un pays d'Europe de l'Ouest.» Cette tendance se maintient et l'aéroport est en train de consolider sa vocation multispécialisée sur plusieurs plans.

Les cieux montréalais

Il est de notoriété publique que l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal est privé de la présence d'un réseau d'accès routiers adéquat et efficace. Président et directeur général de la société Aéroports de Montréal, James Cherry situe le problème: «Depuis mon arrivée en poste il y a sept ans, on dit que l'un des problèmes majeurs que nous avons, parmi plusieurs autres, est celui de l'accès terrestre. Sur le site lui-même, plusieurs difficultés ont été aplanies sur le plan des services aéroportuaires, de la capacité de l'aéroport et de tout ce genre de choses.»

James Cherry rappelle toutefois que la situation du réseau routier continue d'être problématique: «En fait, il y a deux problèmes. Outre la navette ferroviaire, on s'attarde au rond-point Dorval, pour lequel des projets sont développés depuis le début des années 1980 pour remplacer cette structure-là, et il est clair qu'elle ne répond pas non seulement aux besoins de l'aéroport, mais encore à ceux de l'infrastructure routière de l'ouest de Montréal.» Dans ce secteur, le trafic routier ne cesse de croître rapidement dans les deux sens depuis un bon moment.

La société conduit des sondages auprès d'environ 8000 personnes pour mesurer le taux de satisfaction des utilisateurs, depuis plusieurs années déjà; les résultats sont toujours les mêmes: «On leur demande une évaluation de notre performance, et nos passagers sont préoccupés prioritairement par l'accès, au cours des dernières années.»

Il se montre tout de même optimiste et le vent semble tourner du bon bord: «Nous avons aujourd'hui un projet dont le design a été réalisé. Il a passé l'étape du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, nous avons reçu le décret du gouvernement du Québec et le financement est largement en place. Déjà, des appels d'offres ont été lancés et la construction doit débuter cet automne.»

Il dégage un élément important dans la phase des travaux: «Pour nous, c'est l'accès à l'aéroport qui est important. Le rond-point Dorval sera évité et, en priorité, on va avoir deux bretelles pour accéder aux installations aéroportuaires et les quitter directement par la 20, ce qui représentera un net avantage pour les passagers et pour les travailleurs.» Les travaux complets devraient être terminés en 2011-2012 et les bretelles seraient empruntables à compter de 2010. Quant au projet de navette ferroviaire express reliant l'aéroport, il suit son cours, tout en nécessitant des délais plus longs avant de voir le jour en raison de la complexité de sa réalisation.

La STM et ses usagers

Sur l'île, la STM a effectué un sérieux rapprochement avec ses usagers pour bien connaître leurs besoins réels et prendre les moyens de les satisfaire. Yves Devin, directeur général de la STM, décrit le processus suivi: «Au fond, la première chose qu'on a faite, c'est qu'on a pris le réseau actuel pour procéder à un diagnostic sommaire de la situation. On a regardé vraiment la segmentation de chacun des types de clients que nous avions, on s'est penché sur leurs vrais besoins et on s'est assuré de bien connaître leurs attentes pour chacun des axes que nous voulions développer.»

Il pose ce constat: «Ça coûte beaucoup plus cher d'aller chercher des nouveaux clients que de satisfaire ceux qui sont déjà là. À partir de ce constat, on s'est dit qu'il fallait absolument faire un virage clientèle et bâtir un plan pour y arriver.»

Par la suite, tous les circuits d'autobus et les lignes de métro ont été analysés: «On s'est alors aperçu que le réseau d'autobus n'avait plus aucune capacité résiduelle en période de pointe. On ne manque pas de véhicules: on a besoin de 1250 de ceux-ci et on en sort autant, mais c'est fragile et on est rendu à pleine capacité.» Il énumère et commente par la suite tout le train de mesures qui ont été prises pour satisfaire davantage les différents types d'usagers dans divers points du réseau. Il souligne notamment que la STM s'apprête à renouveler en grande partie sa flotte d'autobus et que les wagons du métro seront remplacés d'ici quelques années.

Yves Devin est satisfait du virage qui a été pris et dont les résultats témoignent du bien-fondé: «Le gouvernement nous avait demandé d'augmenter de 8 % l'achalandage en cinq ans. Avec l'apport du plan mis en place il y a un an, on l'a augmenté de 4 % en six mois.»

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Collaborateur du Devoir

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La Complexe Gouvernance des grands projets de transport urbain, le 7 octobre, à la Biosphère de l'île Sainte-Hélène à Montréal.

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