Transport - En France, 10 000 vies ont été sauvées en 5 ans...

Les routes du Québec font plus de 50 000 victimes chaque année.
Photo: Jacques Nadeau Les routes du Québec font plus de 50 000 victimes chaque année.

Des dizaines d'experts se réuniront à l'université Laval, les 8 et 9 octobre, pour partager leurs savoirs dans le cadre du Colloque international en sécurité routière, qui aura pour thème «Modernisation de l'État, sécurité routière et nouvelles logiques de décision en transport». Deux acteurs de premier plan nous en parlent.

Les grands thèmes dont il sera question lors du colloque international en sécurité routière organisé à l'occasion de la tenue des 21es Entretiens Jacques-Cartier toucheront des enjeux aussi importants que la gouvernance, les infrastructures, la sécurité routière et les substances illicites (nouveaux outils de travail et contraintes juridiques), ainsi que la reconnaissance des métiers de la sécurité routière. Évidemment, on garde le meilleur pour la fin, puisque la table ronde de clôture aura pour matière à réflexion la question existentielle suivante: «Le coût de la sécurité routière; qui doit payer?».

Ce colloque vise une meilleure compréhension des liens entre les principales composantes du système de gouvernance de sécurité routière, à savoir l'État, les forces de l'ordre, les systèmes d'assurance, les diverses associations de victimes de la route, le corps médical et les médias (qui contribuent fortement à la diffusion — ou non — des messages de sécurité ou d'insécurité, et donc à la façon dont le sujet est traité dans l'espace public).

En clair, explique-t-on, «les relations entre ces différentes catégories d'acteurs font système — au sens où elles sont interdépendantes — et doivent donc être considérées comme une configuration d'ensemble».

En entrevue téléphonique, François Bellavance, directeur du Laboratoire sur la sécurité des transports au Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d'entreprise, la logistique et le transport (CIRRELT) et l'un des responsables scientifiques du colloque, précise que «ce colloque, qui sera multidisciplinaire, tentera de voir notamment à ce que l'État n'ait pas à travailler en solo».

M. Bellavance, chercheur et statisticien de formation, rappelle dans cette logique que, à la fin de 2005, le ministère québécois des Transports, alors sous la responsabilité du ministre Michel Després, avait fait un pas dans la bonne direction en mettant sur pied la Table québécoise de la sécurité routière, réunissant une quarantaine de partenaires dont les corps policiers, l'industrie du camionnage et du taxi, les commissions scolaires, les municipalités, les chercheurs et divers ministères, dont celui de la Santé.

Joint en France, Guy Bourgeois, directeur de l'Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS) et président du colloque, note de son côté que l'idée maîtresse de cette rencontre, «c'est d'abord et avant tout une façon d'ouvrir les milieux spécialisés, experts et chercheurs, vers les décideurs, donc de réunir en un seul lieu les praticiens et les décideurs».

Contexte québécois

De retour au contexte québécois, François Bellavance tient à rappeler que les travaux et les recommandations de la Table québécoise de la sécurité routière ont mené à l'adoption, à la fin de 2007, du projet de loi 42 (loi modifiant le code de la sécurité routière et les règlements sur les points d'inaptitude).

«La Table abordait, dit-il, à travers ses recommandations, des questions aussi importantes que l'interdiction du téléphone cellulaire au volant, la réintroduction des cours de conduite obligatoires, des mesures plus sévères contre l'alcool au volant, l'obligation de mettre des pneus d'hiver et ainsi de suite. On parle peut-être peu de la sécurité routière, mais c'est la première cause de décès chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans.»

M. Bellavance présente d'autres constats tout aussi probants: soit que le comportement humain est en cause dans 80 % des accidents de la route et que 30 % des personnes décédées sur nos routes ne portaient pas la ceinture de sécurité. «On ne le répétera jamais assez, ajoute-t-il, le port de la ceinture de sécurité sauve des vies». Notons également que les routes du Québec font plus de 50 000 victimes chaque année, dont 717 décès en 2006 et 608 l'an dernier.

Malgré les campagnes de sensibilisation qui portent leurs fruits, il reste beaucoup de pain sur la planche, souligne-t-il. «Je vous dirais que les perceptions ont changé, particulièrement en ce qui concerne l'alcool au volant. Socialement, il n'est plus accepté de conduire en état d'ébriété, alors que, il y a 20 ou 25 ans, il était socialement accepté de voir quelqu'un conduire avec une bière entre les deux jambes. Quant à la vitesse au volant, il est triste de constater, aujourd'hui encore, que des gens se targuent d'avoir fait le trajet entre Montréal et Québec à l'intérieur de deux heures. Vous voyez qu'il reste encore beaucoup de travail à faire.»

Le contexte français

Depuis l'instauration du grand chantier présidentiel en matière de sécurité routière en France, sous Jacques Chirac en 2002, les gains effectués en matière d'amélioration du bilan routier sont notables. En cinq ans, ce sont 10 000 vies qui ont été sauvées, fait remarquer Guy Bourgeois. «Vous savez, en l'an 2000, la France était classée parmi les derniers de la classe sur le plan du bilan routier, et en 2008 on est parmi les premiers. Bon, il y a encore plusieurs pays qui font mieux, tels le Danemark, la Suède et la Norvège. Mais j'ajouterais qu'on est le pays qui a le plus progressé.»

Comment y est-on arrivé? «Il y a eu le couplage d'un dispositif technique avec une volonté politique extrêmement forte. Et le bon exemple est venu d'en haut! On sait aussi que le comportement des individus est un élément-clé; donc, agir sur les comportements relève des stratégies d'action qui concernent l'État, bien sûr, mais aussi les acteurs publics et privés ainsi que les médias. Je pense aussi aux constructeurs automobiles et aux associations de défense des victimes de la violence routière.»

Et à force de «marteler, marteler et marteler encore les messages, eh bien, ils finissent par être reçus et entendus par la population, qui se rend compte, au final, que c'est complètement idiot de se tuer en voiture». Bien dit...

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Collaborateur du Devoir

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Modernisation de l'État, sécurité routière et nouvelles logiques de décision en transport, les 8 et 9 octobre, au Pavillon Alphone-Desjardins de l'Université Laval à Québec.

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