Je me souviens...du 29 août 1907

Lors d’une cérémonie particulièrement émouvante dans le parc qui voisine le pont, de jeunes écoliers sont allés planter dans le sol des drapeaux représentant les victimes, tandis que l’animatrice Renée Hudon lisait leurs noms à haute voix, a
Photo: Yan Doublet Lors d’une cérémonie particulièrement émouvante dans le parc qui voisine le pont, de jeunes écoliers sont allés planter dans le sol des drapeaux représentant les victimes, tandis que l’animatrice Renée Hudon lisait leurs noms à haute voix, a

Québec — La capitale soulignait hier les 100 ans d'une des plus terribles catastrophes de son histoire: l'effondrement du pont de Québec, qui avait entraîné la mort de 76 travailleurs. Avec le débat en cours sur l'état de nos infrastructures, les cérémonies commémorant cette tragédie prenaient une allure bien particulière.

«Nous ne sommes pas à l'abri des catastrophes. Deux événements récents nous l'ont douloureusement rappelé», a déclaré à cette occasion le président de l'Ordre des ingénieurs, Zaki Ghavitian, à propos de l'effondrement du viaduc de la Concorde et de celui de l'autoroute 35 à Minneapolis. «Au-delà du drame, du recueillement et du souvenir, il faut trouver les causes de ces tragédies», a-t-il poursuivi avant de détailler les revendications présentées par son organisation devant la commission Johnson.

Dans le cas de l'effondrement du pont de Québec, une commission royale d'enquête avait établi à l'époque que la catastrophe aurait pu être évitée. En juillet 1907, la compagnie américaine en charge de son érection, Phoenix Bridge Co., n'avait pas pris au sérieux des avis concernant la faiblesse de la structure. L'effondrement de la portion sud, le 29 août à 17h37, leur a donné tort.

Mais pour Thomas Daibo, un Mohawk dont l'arrière-grand-père est décédé dans la catastrophe, les temps ont bien changé. «Il y a beaucoup plus de mesures de sécurité aujourd'hui qu'à l'époque», note cet homme qui, comme son ancêtre, travaille sur des chantiers métalliques vertigineux. «La preuve, c'est que nous sommes toujours ici!» Âgé de 76 ans, le père de Thomas était même du chantier des tours du World Trade Center. «Ç'a pris deux ans à les construire et 15 minutes à s'effondrer», lance-t-il l'air fataliste.

Sur les 76 hommes décédés sur le chantier du pont de Québec, 33 étaient des Mohawks de Kahnawake (anciennement Caughnawaga), 26 étaient des Québécois et 17 étaient des Américains. Les ouvriers morts dans l'accident étaient pour la plupart dans la vingtaine et le plus jeune d'entre eux avait à peine 14 ans. De nombreux descendants des victimes étaient présents à l'événement, piloté par la Communauté métropolitaine de Québec, lequel a débuté en matinée par une messe à l'église de Saint-Romuald.

Plus tard, lors d'une cérémonie particulièrement émouvante dans le parc qui voisine le pont, de jeunes écoliers sont allés planter dans le sol des drapeaux représentant les victimes, tandis que l'animatrice Renée Hudon lisait leurs noms à haute voix, avec le soutien d'un ensemble de cordes.

Un pont en piteux état

Seule fausse note dans cette cérémonie: le pont lui-même, dont tous convenaient qu'il avait bien mauvaise mine avec toute la rouille qui le recouvre. En raison d'un conflit opposant son propriétaire, le Canadien National (CN), et les deux ordres de gouvernement, les travaux se font toujours attendre. Ce que feue la mairesse ne s'était pas privée de déplorer dans la brochure conçue pour la cérémonie. «Le pont de Québec n'a pas toujours eu droit, et n'a pas encore droit d'ailleurs, à tous les égards qu'il mérite, d'où son allure négligée actuelle», écrivait-elle avant d'ajouter que le moment était venu de «redorer le blason du pont de Québec et de consentir les investissements nécessaires à sa remise en état».

Il y a dix ans, Québec, Ottawa et le CN avaient convenu d'investir 60 millions de dollars dans sa restauration, mais le CN plaide depuis que ces fonds sont insuffisants, ce qui a amené les gouvernements à traîner l'organisme devant les tribunaux pour le forcer à compléter les travaux. On estime que ces derniers nécessiteraient des investissements supplémentaires oscillant autour de 70 millions de dollars.

Interpellé à ce propos par le vice-président du comité exécutif de la Ville, Ralph Mercier, le député conservateur Steven Blaney (Lévis-Bellechasse) a dit espérer que le conflit se règle «le plus rapidement possible», sans fournir plus de détails. «Je suis ici pour commémorer les vies perdues dans le cadre de la construction du pont. Il y a des démarches qui sont en cours, il y a un processus judiciaire qui est engagé, donc je ne peux pas aller plus loin que ça dans mes commentaires.»

Considéré aujourd'hui comme un modèle international en matière de génie civil, le pont de Québec demeure le plus long pont de type «cantilever» au monde. Inauguré en 1919, il s'est effondré à deux reprises, soit le 29 août 1907 et le 11 septembre 1916, quand l'effondrement de sa travée centrale a fait 13 morts.