Québec - De la nécessité de désenclaver la capitale

Le Centre des congrès de Québec
Photo: Le Centre des congrès de Québec

L'accessibilité de la ville de Québec par voie aérienne est le maillon faible de sa filière du tourisme d'affaires et de congrès qui, du reste, se porte relativement bien malgré une baisse de ses activités en 2006.

«Nous avons à Québec le défi d'être une destination accessible, par voie aérienne particulièrement et aussi par train, à la clientèle internationale, américaine et canadienne. Car pour ce qui est du réseau routier, on est bien desservi. Mais cette voie d'accès ne concerne que le tourisme d'affaires intra-québécois», illustre Pierre Labrie, directeur de l'Office du tourisme de Québec (OTQ).

Frustration

Et le mot «accessibilité», M. Labrie le martèlera tout au long de l'entrevue. Il va sans dire que l'accessibilité d'une destination touristique, où qu'elle soit, rime avec entrée de capitaux. Et à Québec, cet enjeu n'est pas pris à la légère par l'OTQ, surtout quand il est question de perte de capitaux à la faveur d'autres destinations canadiennes mieux pourvues que la capitale québécoise.

«On perd beaucoup de dossiers, tant à l'échelle internationale que nord-américaine, du simple fait que le transport aérien est trop dispendieux ou encore insuffisant. Et on ne jouera pas à l'autruche dans ce dossier. On en est conscient, on le dit sur la place publique, c'est une frustration que nous avons! Vous savez, on martèle ce dossier depuis cinq ans.»

D'autant plus frustrant, poursuit le directeur de l'OTQ, que les clients potentiels choisiraient Québec si seulement «on était capable de leur offrir des transports aériens réguliers en volume suffisant. Écoutez, sur le plan du produit, Québec est une ville exceptionnelle, avec nombre d'infrastructures d'accueil de grande qualité».

Infrastructures d'accueil de qualité

En effet, la région de Québec est constituée d'un vaste réseau hôtelier (Château Frontenac, Château Laurier, Clarendon, Hilton, etc.) et d'hébergement de toute taille qui totalise plus de 12 000 chambres. À ces infrastructures, il faut ajouter notamment le Centre des congrès — consacré en 2006 meilleur palais des congrès au monde par l'Association internationale des palais des congrès — et le Centre des foires, qui profitera dans un proche avenir de travaux d'agrandissement majeurs estimés à près de 20 millions de dollars, souligne Pierre Labrie. «Mais, tient-il à préciser, l'accès par avion à notre territoire est le seul aspect négatif qui ressort des sondages conduits auprès des clients.»

Si la filière du tourisme d'affaires, de réunion et de congrès de la Vieille Capitale défend bien sa part de marché à l'échelle québécoise, à l'échelle canadienne, par contre, c'est une autre histoire. «Maintenant, quand on se retrouve sur le marché hors Québec, l'organisateur d'une association nationale, par exemple, qui a des gens à faire voyager de la Colombie-Britannique, de Calgary ou encore d'Halifax vers Québec, eh bien il finit par choisir Ottawa. Il constate que ses clients y sont mieux desservis et que ça leur coûte moins cher. L'organisateur en question voulait bien prendre en compte Québec, sauf que...»

Est-ce que la situation est à ce point inquiétante? «Il y a tout de même eu de l'amélioration qui s'est faite progressivement et qui découle d'une prise de conscience des acteurs intéressés, à force d'en parler. Aujourd'hui, nous avons trois vols par jour vers New York; on a aussi Boston et Detroit. Du côté de l'Europe, nous n'avions que des vols durant l'été, maintenant nous en avons l'hiver. À quoi s'est ajouté récemment [le voyagiste] Maestro.»

Un marché de 300 millions de dollars

Les données compilées à ce jour par l'OTQ sur le marché du tourisme d'affaires pour l'année 2006 laissent entrevoir une baisse de 16 % du nombre de congrès. Toutefois, les prévisions laissent croire à une hausse de 12,5 % du nombre total de nuitées par rapport à 2005. Cette hausse serait attribuable à 18,3 % de nuitées sur le marché américain et à 5,4 % sur le marché d'outre-mer. En 2006, Québec a été l'hôte de 368 congrès.

Quant à la répartition des congrès selon leur origine, les statistiques démontrent que la part du marché québécois est passée de 46 % en 2004 à 52 % en 2006. Celle du reste Canada est passée de 30 % à 29 %. Le marché américain, quant à lui, a connu une chute, passant de 15 % à 10,8 %, tandis que celui d'outre-mer est passé de 9 % à 8,2 %. Les pronostics pour l'année en cours prévoient toutefois une hausse du marché américain ainsi que de celui de l'étranger.

Un horaire chargé en 2008

Et 2008, l'année des célébrations du 400e anniversaire de la ville, s'annonce exceptionnelle, estime M. Labrie, avec ses quelque 160 réunions de tous ordres et 32 congrès qui sont déjà prévus à l'horaire. Ce secteur d'activité génère des revenus annuels totaux de plus de 300 millions de dollars, ce qui représente 25 % des revenus générés par l'ensemble de l'industrie touristique de la région.

Enfin, le développement de la voie ferrée serait aussi une solution pour désenclaver Québec, ajoute M. Labrie. «Le train serait, dans une perspective à long terme, une solution de développement. En fait, si on avait un lien ferroviaire rapide entre l'aéroport de Dorval à Montréal et le centre-ville de Québec, histoire de faire le trajet en deux heures, on serait en affaires.»

Collaborateur du Devoir

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