Pharmacor - La lutte contre le sida

Une jeune entreprise de Laval, Pharmacor inc., propose ni plus ni moins que des médicaments qui combattront de manière différente le virus du sida. Selon sa présidente, Brigitte Lebreton, cette biotech prévoit proposer trois nouveaux médicaments au cours des trois prochaines années — une performance remarquable si elle est réalisée.

En affaires depuis 1998, Pharmacor se spécialise dans la découverte et le développement de médicaments antiviraux. «Le principe est simple chez Pharmacor, explique Mme Lebreton, présidente de l'entreprise. Nous avons en place deux types de chercheurs: un groupe de chimie médicinale et un groupe de biologie. Nos chimistes conçoivent des molécules qui sont ensuite testées en biologie. Notre intention est d'emmener une nouvelle molécule en phase d'essais précliniques chaque année au cours des trois prochaines années. Nous nous proposons donc de faire trois nouveaux médicaments en autant d'années!»

Le Dr Lebreton précise que, pour développer un nouveau médicament qui s'attaque au sida, il est nécessaire de «viser une cible située sur le virus». Pharmacor a par conséquent repéré deux cibles: l'une qui permet au virus de se multiplier et l'autre qui lui fait profiter des cellules de l'organisme qu'il infecte.

Pour se multiplier, explique-t-elle, le virus du sida utilise une protéase servant à assembler les protéines qui constitueront un nouveau virus. «Alors nous, nous faisons des antiprotéases, c'est-à-dire que nous avons trouvé une molécule qui rend inactive cette protéase et empêche ainsi le virus de se reconstituer.»

Protéase et intégrase

Le programme protéase de Pharmacor devrait éventuellement donner lieu à plusieurs familles de composés, dont certains ont déjà été brevetés. Des médicaments inhibant les protéases sont déjà très utilisés, note la spécialiste, «mais 75 % des sidéens actuels sont devenus résistants soit à un ou à plusieurs de ces médicaments. Ils n'ont donc plus de chance de traitement parce qu'ils sont résistants. Nous développons donc pour eux des médicaments de deuxième génération, offrant une nouvelle antiprotéase qui a le pouvoir de permettre à 75 % des patients qui sont traités actuellement d'avoir au moins un espoir de traitement».

Elle souligne cependant que la découverte d'une nouvelle molécule jusqu'à la mise en marché d'un médicament peut coûter quelques 750 millions de dollars et peut prendre 15 ans de recherches et d'essais. «La molécule que nous avons actuellement correspond déjà à cinq années de recherches, dit-elle, et on prévoit que le nouveau médicament pourrait être sur le marché aux alentours de 2007-2008.» Ce médicament ne sera pas mis en marché par Pharmacor, mais par une compagnie pharmaceutique. L'entreprise lavalloise aura entre-temps signé un contrat de licence avec cette firme qui lui procurera des redevances sur chaque médicament vendu.

Comme deuxième approche pour lutter contre la sida, l'entreprise a ciblé une protéine dite intégrase. «Le virus est opportuniste, relate le Dr Lebreton. Il entre dans une cellule et y insère tout son bagage génétique. Or, pour s'insérer, il lui faut une intégrase pour intégrer son matériel génétique dans la cellule. Nous, nous avons donc un projet anti-intégrase.»

Aux dires de la présidente, il s'agit d'une nouvelle arme pour combattre le sida. «C'est un type de molécule tout à fait nouveau, affirme-t-elle, car il n'y a pas d'intégrase sur le marché. Voilà qui montre bien, ajoute-t-elle avec enthousiasme, que nous sommes une compagnie novatrice. Nous proposons enfin un nouveau type de médicament!»