Clonage - De héros national à professeur maudit

La commission d’enquête se penchera maintenant sur des travaux effectués en 2004, portant sur le clonage des premiers embryons humains pour la recherche et sur le premier chien cloné, un lévrier afghan baptisé Snuppy.
Photo: Agence Reuters La commission d’enquête se penchera maintenant sur des travaux effectués en 2004, portant sur le clonage des premiers embryons humains pour la recherche et sur le premier chien cloné, un lévrier afghan baptisé Snuppy.

Séoul — La commission d'enquête de l'Université nationale de Séoul a définitivement discrédité hier le biologiste sud-coréen Hwang Woo-suk en déclarant qu'il ne disposait d'aucune preuve sur lesquelles fonder ses prétendus travaux sur la fabrication de cellules souches «sur mesure».

La même commission avait conclu la semaine dernière que les résultats des recherches du biologiste, passé du statut de héros national à celui de professeur maudit, avaient été délibérément falsifiés. Mais les enquêteurs ne s'étaient pas prononcés sur la validité des principales conclusions des travaux.

Elle va désormais se pencher sur des travaux effectués en 2004, portant sur le clonage des premiers embryons humains pour la recherche et sur le premier chien cloné, un lévrier afghan baptisé Snuppy.

Seule consolation pour Hwang, après analyse de l'ADN de Snuppy, un laboratoire de Séoul, dont les travaux n'entrent pas dans le cadre de l'enquête, a conclu qu'il s'agissait bel et bien d'un clone.

«Le panel juge que l'équipe du professeur Hwang ne dispose pas des données scientifiques pour prouver que [des cellules souches sur mesure] ont été créées», a déclaré Roe Jung-hye, le chef du bureau de recherche de l'université.

Le savant avait affirmé le 16 décembre pouvoir fabriquer des cellules souches produites spécifiquement pour des patients.

Vendredi dernier, la commission avait découvert qu'il n'existait que deux lignées de cellules souches dans les travaux publiés en mai 2005 dans la revue scientifique américaine Science, et non pas onze comme les auteurs l'affirmaient.

Enquête criminelle

Or, Roe a déclaré hier que ces deux lignées de cellules, qui auraient pu prouver la véracité des découvertes du professeur, n'étaient pas le fruit de son travail, mais avaient été fournies par un hôpital de Séoul.

«Les conclusions de trois laboratoires montrent que les lignées de cellules numéro deux et trois, qui avaient besoin d'une confirmation par rapport à l'article de [mai] 2005 ne correspondent pas à des cellules de patients mais sont des cellules d'ovules fécondés [provenant] de l'hôpital MizMedi», a déclaré Roe à la presse.

Des procureurs ont annoncé que Hwang pourrait faire l'objet d'une enquête criminelle pour détournement de fonds publics si le caractère frauduleux de son travail est avéré.

Hwang a démissionné de son poste de professeur à l'université la semaine dernière et a présenté ses excuses pour avoir provoqué ce scandale, qui a mis la communauté scientifique en émoi.

«Nous pensions que, même si la thèse pouvait avoir été fabriquée, il y avait toujours l'espoir d'une nouvelle technologie coréenne. Mais l'annonce d'aujourd'hui balaie tous ces espoirs et m'épuise nerveusement», a déclaré Oh Il-hwan, professeur à l'université de médecine catholique de Séoul.

«Il semble qu'il s'agisse d'une pure invention depuis le début», a renchéri Laurie Zoloth, professeure de bioéthique à la Northwestern University, près de Chicago. «C'est un jour triste pour la science», a-t-elle insisté, estimant que l'affaire laisserait une trace durable dans l'histoire de la recherche scientifique.