Le coeur s'enflamme, le corps désire

Photo: Agence Reuters

L'amour et le sexe font parfois chambre à part. Des images du cerveau de jeunes tourtereaux nous le confirment bel et bien. Deux régions du cerveau s'activent indépendamment quand le coeur s'enflamme et que le corps désire.

On savait déjà que les hommes peuvent désirer sexuellement une personne dont ils ne sont pas amoureux. Bien que plus rare, l'inverse est aussi possible, certaines personnes vivant yeux dans les yeux un amour romantique sans pour autant éprouver le besoin de brûlantes étreintes, rappelle le psychologue Arthur Aron, de l'université de l'État de New York - Stony Brook, qui a participé à une étude dont les «passionnants» résultats seront publiés le mois prochain dans le Journal of Neurophysiology, publié par la Société américaine de physiologie.

Les chercheurs ont en fait observé, au moyen de la technique d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, le cerveau de 17 jeunes hommes et femmes qui se décrivaient comme étant éperdument amoureux d'une personne récemment rencontrée. Au moment où une photo de l'être aimé était présentée aux sujets, les chercheurs ont détecté une activation spécifique du noyau caudé et de l'aire tegmentale ventrale, deux régions situées au coeur du cerveau et formant le circuit de la récompense, une structure associée à la motivation visant à obtenir une récompense comme la richesse, l'amour, voire le plaisir que procurent certaines drogues.

«Le circuit de la récompense produit un médiateur chimique, appelé dopamine, qui est l'acteur clé dans cet intense désir qui foudroie les victimes du choc amoureux», précise Arthur Aron.

Le circuit permettant au désir sexuel de s'exprimer prend quant à lui racine dans une tout autre région du cerveau, l'hypothalamus, qui gère les fonctions de base que sont la faim, la soif et la régulation de la température corporelle.

Ce désir qui dévore les nouveaux amants conduit à des émotions les plus diverses qui s'apparentent parfois à la folie. «Si vous êtes follement amoureux de quelqu'un et que vous êtes persuadé que cette personne vibre aussi intensément que vous, vous éprouverez une joie incommensurable, précise Arthur Aron. Mais si vous n'êtes pas certain de cette réciprocité, vous vivrez une terrible anxiété. Également, si vous pressentez que la personne aimée vous rejettera, vous serez alors envahi par une immense tristesse ou une violente colère. Chaque situation est singulière et active des régions cérébrales différentes selon les émotions ressenties. Par contre, chez toutes les personnes sous l'emprise de la passion, le circuit de la récompense et de la motivation est en pleine ébullition», ce qui expliquerait pourquoi le soupirant pourchasse son âme soeur avec autant de fougue.

Toutes ces observations confirment clairement que l'intense romantisme qui caractérise les prémices de l'amour ont peu à voir avec les émotions et le sexe, résument les auteurs de l'étude. Elles soulignent plutôt le rôle central de la motivation et du puissant désir de récompense dans l'amour humain.

Comme chez bon nombre d'animaux, dont les mammifères et quelques espèces d'oiseaux, l'amour passionnel semble avoir pour fonction de concentrer l'énergie sexuelle sur un individu spécifique, avance M. Aron. «Le désir sexuel peut être assouvi avec n'importe qui alors que l'amour passionnel tend à se concentrer sur un seul être. L'avantage évolutif d'avoir deux systèmes distincts — pour le sexe et pour l'amour — est qu'il permet de conserver davantage d'énergie pour la reproduction. Votre progéniture sera plus nombreuse si vous conservez toujours le même partenaire au lieu d'être volage.»

La passion amoureuse est l'une des expériences humaines les plus foudroyantes, affirment les chercheurs. Il ne fait aucun doute qu'elle est nettement plus puissante que le désir sexuel. Personne ne se suicidera si on oppose un refus à ses avances sexuelles, explique Arthur Aron. Par contre, de nombreuses personnes commettent des actes d'une rare violence si elles ont été repoussées par l'être aimé. En fait, des études indiquent que près de 40 % des amoureux abandonnés sombrent dans la dépression.

Les personnes dont l'amour survit au coup de foudre voient néanmoins leur cerveau changer, souligne Helen Fisher, anthropologue à l'université Rutgers, au New Jersey, coauteur de l'étude. L'intensité de l'activité du circuit de la récompense s'estompe au profit d'une nouvelle région du cerveau, le globus pallidus, associée quant à elle au sentiment d'attachement.
1 commentaire
  • lucie dumouchel - Inscrite 13 juin 2005 07 h 48

    Passion amoureuse versus désir corporel

    J'ai bien aimé ce texte de PAULINE GRAVEL, et je dirais que 'plus on est passionément amoureux' et moins le désir corporel est important ou nécessaire.... Aussi voit-on souvent, hélas, la passion amoureuse s'estomper aux premiers ébats charnels. C'est que l'autre est souvent bien en deça de ce que l'on pressentait. Maladresses, atomes crochus nous ayant joué le tour?? Que sais-je, toujours est-il pour qu'une passion amoureuse survive - il me faudra plus que l'expérience sur le matelat. Comment définir cette passion amoureuse qui vous prend à ce point le coeur à n'en plus pouvoir manger, dormir, réfléchir?? Seul m'importe la façon d'atteindre à cette personne, de toucher à son âme, m'en faire l'âme soeur. Cette passion est sublime pour peu qu'on sache la reconnaître comme telle et ne point la laisser nous dévorer tout entier et c'est bien là justement ou le bât blesse...